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Carine Pauchon
Biennale d’Art Contemporain 07
Laurent Mulot

  FEVRIER 2007 N°123  


Dessins préparatoires au projet "Seven Days Hotel" par Fabien Verschaere - © Fabien Verschaere

 

Le MOCA
de Thierry Raspail

Le musée d’Art contemporain de Lyon s'expose à quelques mètres de la roseraie du parc de la Tête-d’Or. Sa façade blême, reconnaissable, est un relief rutilant de l’ancien Palais de la Foire, enchâssé entre les briques rousses de la Cité internationale. Il est dirigé par Thierry Raspail, un homme passionné d’abord par les œuvres, qu’il expose avec gourmandise, et par les auteurs qu’il veut soutenir dans leur cheminement chaotique vers la renommée. Toutefois sa mission, puisqu’il l’a acceptée, ne s’arrête pas là. Il est le patron d’une institution de la Ville de Lyon, soucieuse de son image internationale, et d’une Biennale qui vit en 2006, à la Sucrière, plus de 170 000 visiteurs. Autant dire que cet homme plaisant et barbichu ne perd pas de temps, même s’il en dépense, pour nous, avec le sourire.

Le MOCA expose sur 3 étages, à partir du 16 février, 3 expositions différentes… La première est Seven Days Hotel, de l’artiste français Fabien Verschaere.
Fabien est un trentenaire qui agit déjà depuis une dizaine d’années… Il appartient à une génération vraiment très intéressante. Il est de ces personnalités marquantes que le Musée désire ardemment soutenir pour la France et pour l’export. Il est dans l’esprit un peu de l’autofiction, très inspiré, donc, de sa vie réelle. Il est resté des années dans un hôpital et c’est pourquoi il a imaginé ce Seven Days Hotel, un long couloir distribuant sur 7 chambres, et dans chacune d’elle il a créé un conte cruel, onirique, dont il est le héros. C’est une habitude qu’il avait enfant. On est aussi dans l’anticipation, dans des univers très simples, à la portée de tous. Fabien Verschaere serait presque un artiste conventionnel s’il n’était dans l’outrance, dans le débordement. C’est un touche-à-tout de grand talent : il couvre les murs de peintures, il fait de la céramique, sculpte, projette des clips vidéo… Cet artiste, il faut le savoir, n’est pas sûr de vivre très longtemps… Enfin… Nous avons tous des rêves absolus, des défaillances radicales, comme Fabien Verschaere.
Au 2e étage, vous allez faire place à une exposition d’artistes suisses intitulée Une Question de génération, dans le cadre d’une opération plus large qui concerne aussi le théâtre : La Belle Voisine.
Au départ, proposition m’a été faite d’ouvrir une focale sur l’art contemporain helvète, en effet vivace. Vous vous êtes peut-être déjà demandé comment les All Blacks, en rugby, pouvaient être toujours aussi forts avec un réservoir de population aussi faible que la Nouvelle-Zélande. Eh bien, toute proportion gardée, c’est le même mystère qui entoure l’art contemporain en Suisse. Le projet a traîné en longueur, au point où j’ai fini par penser que cela ne se ferait pas. J’ai appris cependant que Michel Ritter avait pris la direction du Centre culturel suisse à Paris, et, bien sûr, très vite il a été critiqué pour y avoir exposé un artiste fort critique sur son pays. Je me suis dit que cet homme était toujours aussi mal élevé. Je suis donc allé le voir, je lui ai parlé des artistes qui m’intéressaient, et voilà, ce n’était pas plus compliqué que cela. Michel Ritter a remarqué que les gens que je voulais exposer, pour être très différents, étaient de la même génération (nés entre 1962 et 1967), et c’est donc presque fortuitement que cette exposition s’est appelée Une Question de génération. En outre, à ce moment-là, Christoph Draeger travaillait sur un fameux set des Who : My Generation.
Et, au 3e étage, Yona Friedman proposera une architecture utopique.
C’est un homme plus âgé, il doit avoir 70 ans… Il a toujours pensé que l’architecture était trop banalement orientée vers la destruction des paysages plutôt que vers un “habiter ensemble”. Nous l’avons invité à créer une grande installation qui serait son utopie, et il a imaginé une architecture avec un fil de fer. Yona Friedman est un moment de l’histoire de l’art. C’est ce que nous aimons, au MOCA : collectionner les moments plutôt que les objets.
A propos de collection, celle de l’ELAC (Espace lyonnais d’art contemporain, qui se situait au-dessus de la gare de Perrache) était plus facilement visible, non ?
Ah oui ! L’ELAC ! On ne peut pas se satisfaire de sa fermeture. C’était un centre d’art avant les centres d’art, avant Jack Lang ! C’était un endroit gratuit qui permettait les visites impromptues, rapides, par exemple en sortant du bureau ou de l’école… C’était une belle idée mais qui ne permettait pas les manifestations plus radicales, plus ambitieuses, telles que nous les souhaitions et telles que la municipalité les voulait lorsque, en 1997, elle a créé le nouveau musée d’Art contemporain. Dès lors nous avons décidé d’une politique originale qui devait nous différencier de nos homologues européens. Plutôt que d’acquérir des œuvres qui n’étaient de toute façon pas à notre portée, trop chères, nous avons préféré produire des œuvres ambitieuses. Nous avons voulu pousser les artistes à aller au bout de leurs délires. Pas de consensus. Aujourd’hui, le Musée possède en conséquence une jolie collection de moments, mais nous aurions besoin de beaucoup d’espace pour les exposer de manière permanente.
La Biennale d’art contemporain draine un énorme public. Le MOCA en profite-t-il ?
La Biennale, c’est devenu un monstre, mais le Musée se débrouille pas mal. Avec 30 000 visiteurs à chaque exposition, sachez qu’il fait aussi bien que la MACBA, l’équivalent barcelonais, qui est d’ailleurs beaucoup plus riche. Barcelone, on aime bien cette référence, par ici… Les Lyonnais ne se rendent pas compte à quel point leur ville est dynamique et ouverte, notamment dans l’art contemporain !


Du 16 février au 29 avril au musée d’Art contemporain, 04 72 69 17 19

Etienne Faye