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Elle fait partie de ces jeunes artistes en devenir, celles à surveiller d'un peu plus près. Parce qu'il y a quelque chose de vrai et authentique chez cette fille-là. Parce que Émily Loizeau vous attrape par mégarde et finit par vous captiver avec ses drôles de chansons au piano. Un peu chanson, un peu folk et un peu swing avec beaucoup d'arpèges et de mélodies au piano. "C'est de la chanson avec des influences folk. Il y a aussi quelque chose qui s'approche du cabaret avec en même temps l'omniprésence du classique, puisque je viens de là. Oui, je suis très inspirée par Dylan, Rickie Lee Jones… Et oui, j'ai un oncle au Canada qui écrit des chansons en élevant des chevaux au fin fond des Rocheuses. Et tout ça fait partie de ma culture et se ressent dans ma manière de chanter." Un profil atypique, certes, pour la demoiselle, entre des années collège à potasser le piano envers et contre tout et un environnement familial ouvert et culturellement métissé (père un peu poète, mère peintre, grand-mère comédienne). Là-dessus elle plaque tout, s'évade à Londres pour apprendre le théâtre, s'essaie même à la mise en scène (avec Georges Aperghis).
Avant de tomber dans la marmite chanson en 2001. Révélation et passion immédiate. La suite ne sera finalement qu'un long fleuve tranquille ! Bars, concerts, 1ers succès et prix (révélation Fair, prix Adami) et point d'orgue, une signature chez Fargo (la seule Française au catalogue), label d'excellence s'il en est, avec L'Autre Bout du monde, album délicat entre arpèges malicieux et chanson absurde, entre mélancolie et folie. Textes en français ou anglais, invités de tous bords (de Tryo à Franck Monnet en passant par Andrew Bird), rengaines loufoques, mélodies tristes pour cauchemars d'adultes (I'm alive) ou historiettes naïves avec monstres gentils (Voilà pourquoi), l'univers d'Émily Loizeau est habité. "[…] Quelque chose de l'ordre du conte. Très onirique. Ça parle du deuil, d'amour, puis tout simplement de beaucoup de choses liées à l'enfance. Je suis vraiment inspirée par cette littérature qui s'adresse faussement aux enfants et qui, de manière sous-jacente, avec un langage léger et limite faussement naïf, raconte des choses très dures. Dans l'esprit, Lewis Carroll c'est le genre de littérature qui me touche. Il y a, chez moi, des chansons plus brutes parfois, un peu lourdes à recevoir. Mais il y a toujours finalement cette espèce de joie, de légèreté et de part d'enfance." Étonnant album, c'est vrai, qui finalement ne ressemble à rien. Mais qui s'accroche irrésistiblement à vous. Entre Jalouse, Je ne sais pas choisir, Jasseron et son humour noir, London Town ou I'm alive, Émily virevolte dans les genres, déroute car elle n'est jamais là où on l'attend. Ajoutons à tout ça une simplicité de mise dans les arrangements musicaux ("J'y tenais absolument pour ce 1er album. Le piano est mon instrument depuis que j'ai 5 ans et il fallait que ce rapport entre lui et moi s'entende") et une voix un peu voilée, un rien acidulée, qui parfois peut irriter mais qui, paradoxalement, contribue au charme ; l'univers d'Émily Loizeau est en place.
Sur scène, c'est plutôt calme. Avec une déco un peu surannée, quelques jeux de lumière et effets de scène. Le piano, objet de tous les délits. "Il y a des objets et des images qui apparaissent, un peu comme un fil rouge, une espèce d'histoire en images qui se raconte. Et tout peut arriver à l'intérieur." Place ensuite au jeu. À trois, en version acoustique, seule au piano. "Juste l'envie de se surprendre. Puis que les gens vivent quelque chose qui n'est pas d'habitude."
Le 15 décembre au Ninkasi Kao, 04 72 76 89 00
Anne Huguet |