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À la tête depuis 15 ans du département rock de l'École nationale de musique (ENM) de Villeurbanne, Gilles Laval, guitariste virtuose bien qu'il s'en défende, mène de front moult projets musicaux placés sous le signe de l'ouverture d'esprit.
Aujourd'hui paraît un superbe enregistrement improvisé de son quatuor Akuanosti sur le label VMC (www.vmc-production.com). Entre autres…
1,94 mètre au bas mot, une guitare dans la poche et le sourire en coin ; voilà pour vous calibrer rapidos le bonhomme. Nous avions pu apprécier pour la 1re fois le talent du grand Gilles alors qu'il taquinait sur une scène une 6-cordes à l'endroit comme à l'envers au sein de ce groupe précurseur de fusion rock hardcore qu'était Parkinson Square. C'était dans les années 1990 et depuis Gilles Laval aura accumulé les projets singuliers de haut vol, avec Fred Frith dans le cadre de l'ENM, en Solo, en Trio (avec Jean-Charles François et Pascal Pariaud) ou en "Douzaine", avec Chef Menteur ou Dans le décor et avec une multitude de collectifs et groupes nés dans les caves de répétition du Caméléon de Villeurbanne… "L'aventure Chef Menteur nous a conduits du Merlan à Marseille jusqu'à Moscou, elle est toujours d'actualité mais en stand-by pour l'instant parce que le spectacle n'est pas vraiment conventionnel…" Ni concert ni pièce de théâtre, mais mélange volontaire des genres ; nous avions ri aux larmes l'an passé au Théâtre de l'Iris avec leur dernière création : À table ! Une table qu'ils avaient en l'occurrence trafiquée pour en jouer comme d'un instrument ! Adepte du contre-pied qu'il soit joueur ou professeur, c'est peu de dire que le parcours de Gilles Laval est atypique. "J'ai intégré l'École pour faire de l'électroacoustique, et il se trouve que le directeur (Antoine Duhamel) avait voulu faire à Villeurbanne tout ce qui ne se faisait pas dans les conservatoires. Ainsi Louis Chrétiennot (ex-Electric Callas) avait monté un département rock de façon totalement novatrice dans une telle institution ; un secteur dont je m'occupe depuis son départ…" Rock et musiques amplifiées : l'idée à la base de sa conception pédagogique est de rester en phase avec ce qui se fait et de s'ouvrir à toutes les formes de musique en partant de l'énergie propre au rock. "Hip-hop, funk, électro, jazz ou musique contemporaine… Qu'importe l'esthétique, c'est la motivation et la façon de faire qui priment. Les gamins doivent pouvoir apprendre et jouer dans le même temps, ça veut dire qu'il n'est pas question d'attendre de savoir faire ses gammes ou connaître le solfège pour s'approprier un instrument !" Et ça marche (!) puisque l'on ne compte plus toutes les formations non formatées (a.o.c.) qui sont passées par l'ENM version école de la vie : Happy Anger, TomBad, Babylon Circus, Miss Goulash, L'Œuf Raide et même La Tribu Hérisson… Des groupes et des individus qui auront pu travailler (ou plutôt "partager") avec plusieurs artistes avant-gardistes invités par Gilles Laval : Fred Frith (en résidence pendant 2 ans), Noël Akchoté, Joëlle Léandre, René Lussier, Camel Zekri, etc. Même si le rock au sens large est toujours "le parent très pauvre de la culture en France". L'institution serait-elle sclérosée ? "Peut-être, mais c'est à nous de la changer !" Ainsi se démène-t-il, souvent en improvisant, pour que "[ses] gamins" puissent répéter dans des conditions acceptables. L'improvisation, justement… "Un moment pris à vif, une vraie liberté d'action, des sensations incroyables et une ouverture aux autres lors de rencontres in situ sans frontières de genres." Gilles, avec Giacomo Spica et Grégor Hilbe (le trio des 3G), a donc fondé le label VMC et organisé une "rencontre improvisée" sur les planches avec le chanteur-guitariste arabe Camel Zekri. Le disque de la nouvelle bande des 4 rebaptisée Akuanosti vient ainsi de paraître : si musicalement c'est vraiment très fort, les paroles écrites et "slammées" par Giacomo donnent aussi le ton façon rentre-dedans et particulièrement en ce qui concerne la condition féminine. "C'est sa manière pas forcément tendre de dire les choses et ça nous parle. Et ce n'est pas parce que l'on fait de l'impro qu'il faut mettre de côté l'énergie !" Pas question de s'endormir pour le grand Gilles alors que demain se profile déjà à l'horizon : "Une tournée avec Miss Goulash, des soirées VMC dans toute la France autour du slam et de la musique improvisée, avant la tournée Akuanosti au printemps". Mais aussi le projet de reprendre un titre de Narcophonie avec un mini-orchestre symphonique et la rumeur persistante d'un retour de Parkinson Square sur scène avec ses compères de toujours (from "Rillieux de Janeiro") : Laurent Frick, Lucien Mingoia et Richard Nagon. Avec eux et les autres, il s'agira quoi qu'il en soit de "faire le plein d'essentiel !"
Laurent Zine |