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Lambeaux est “une lettre d’amour à ma mère naturelle”, confiait en novembre Charles Juliet à ...491. C’est entre deux guerres. Lorsqu’une maman, probablement atteinte d’un syndrome bien connu aujourd’hui : la dépression post-natale, tente de se suicider, on l’interne. Le père, paysan de l’Ain, taiseux et bourru comme un paysan de l’Ain, abandonne ses quatre enfants et les confie à des familles d’accueil. Charles Juliet est le petit dernier, il n’a qu’un mois quand il est arraché à sa mère et il ne la reverra plus. Il faut croire qu’il garde mémoire de ce déchirement. Comme s’il y avait une scène primordiale, fondatrice, la seconde naissance de Charles Juliet. Cinquante ans plus tard, le poète écrit enfin la lettre qu’il rêve d’écrire, depuis l’adolescence, alors qu’elle était déjà décédée, et qu’il a toujours voulu appeler Lambeaux. Le décor est une mer émeraude de petites fermes en carton au-dessus de laquelle sont projetées des images dont la géométrie rappelle le paysage rural de l’Ain, les champs et les prés. Sur un frêle esquif, une chaise, émerge au milieu des faîtes de toits le visage maternel d’Anne de Boissy. La comédienne des Trois-Huit incarne, dans un même souffle, la voix interne et tendre de l’auteur et la femme meurtrie. Plus bel hommage ne saurait lui être rendu que celui de Charles Juliet lorsqu’il affirme que “le visage et le corps de ma mère sont aujourd’hui, dans mon imaginaire, ceux d’Anne de Boissy”. C’est dire la justesse, la sensibilité palpable de la comédienne dans le rôle de cette femme valeureuse, émouvante... Ne jamais oublier la violence, l’indignité historique, permanente, faite aux femmes... La mise en scène de Sylvie Mongin-Algan, en toute discrétion, souligne le jeu remué, grave, vivant d’Anne de Boissy, évite les fioritures, les effets. Si bien que le spectateur est invité à l’écoute. Au fond de soi, la poésie de Charles Juliet, toute d’amour et de douleur, tremble.
le 19 janvier au Lycée Saint-Marc à Lyon
le 26 janvier au Neutrino, 04 72 47 11 69
Etienne Faye
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