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La 6e édition des Intranquilles s'annonce comme un marathon culturel de lectures et spectacles multiformes (théâtre, cirque et danse) mitonné par la Villa Gillet et les Subsistances du 28 mai au 29 juin. Un festival qui encadre ainsi voluptueusement les Assises internationales du roman (qui courent jusqu'au 3 juin), et dont le programme détaillé est encarté dans ce numéro de …491. De retour de Sarajevo, où la Villa Gillet sera partenaire des Rencontres européennes du livre, puis de New York, où se tient chaque printemps depuis 3 ans le Festival international de littérature World Voices, Guy Walter, directeur artistique du festival, nous éclaire un peu plus sur son état d'esprit Intranquille.
Lyon-New York via Sarajevo…
À New York, nous sommes allés promouvoir la parution de As you were saying, ce recueil de nouvelles coécrites par des duos d'écrivains français et américains que nous publions à l'occasion des 20 ans de la Villa Gillet. Quant à Sarajevo, nous nous associons désormais pleinement à ce festival de rencontres autour du livre, sachant que nous réfléchissons déjà à une collaboration, disons de plus en plus étroite et concrète, pour l'avenir. La raison de cet engagement est finalement très simple et se réfère à des enjeux d'ordre géopolitique, puisque la question de l'Europe se pose aujourd'hui à Sarajevo de manière pour le moins aiguë. Sujette de l'attention du monde entier durant le siège qu'elle a connu, la ville est désormais beaucoup moins sous les feux de l'actualité, alors que la paix y est fragile… Il est donc primordial d'aller là-bas pour réfléchir, par le biais de la littérature ou non, à la construction de l'espace européen de demain.
Deux villes martyres symbolisant la mixité des peuples et des cultures.
Oui, 2 villes dont les traumatismes peuvent se recouper et au final se rejoindre autour de cette question essentielle : qu'est-ce que c'est que le vivre ensemble aujourd'hui ? Symboliquement, ces villes ont sûrement été 2 utopies. Et c'est difficile de revenir à Sarajevo, cette cité sans ghettos où toutes les communautés s'interpénétraient et où cette coexistence magnifique a été pulvérisée par la guerre. Sarajevo vit actuellement sous la contrainte internationale, mais reste incontestablement "à vif". C'est bien ici que se pose le problème du "collectif" en Europe.
C'est dire qu'un jour ou l'autre, vous proposerez à Lyon une réflexion sur ce genre de questions ?
Forcément. Nous avons d'ailleurs prévu en 2008 un grand week-end aux Subsistances consacré à la diversité des langues ; un sujet qui renvoie également aux questions de divisions territoriales et d'affirmation d'identités culturelles distinctes. Et c'est peu de dire que la question de la langue était et est pour le moins fondamentale en ex-Yougoslavie, quand on sait que le serbe, le bosniaque et le croate sont issus au départ de la même langue subissant ensuite des variations. Mais la langue est souvent le seul bagage, voire le seul trésor que l'on garde lorsque l'on quitte son pays… Nous essayerons ainsi, lors de ce week-end, de privilégier des temps de parole dans des langues différentes, et nous inaugurerons à cet effet la "passerelle des langues" (sur la Saône, devant les Subsistances), l'idée de départ étant de commencer la traversée dans une langue pour la finir dans une autre. Il y aura aussi des "yourtes à paroles", où des femmes et des enfants réfugiés seront invités à raconter dans leur langue originelle la façon dont ils sont arrivés à Lyon.
Venons-en au festival… Comment se présentent les Intranquilles ?
Je crois que c'est tout simplement un moment qui reste privilégié pour présenter des spectacles qui, disons, ouvrent des perspectives troublantes sur la réalité ! À ce sujet, le spectacle d'Hélène Mathon sur l'œuvre de Kathy Acker me semble emblématique. De même que la pièce d'Alain Béhar (le Manège) qui met en scène des situations de parole sur la base du conflit entre hommes et femmes, de façon pour le moins Intranquille. Et bien sûr le grand spectacle de cirque [ndlr : Le Fil sous la neige par Les Colporteurs], qui réunira sous chapiteau 7 fildeféristes. Un rendez-vous époustouflant, tant en termes de numéro de cirque que parce qu'il donne matière à s'interroger sur l'échec, la douleur, le handicap, la chute au propre comme au figuré… Nous défendons bien évidemment corps et âmes tous les spectacles que nous présentons. Ce sont essentiellement des créations que l'on espère perçues comme aiguës dans leur propos et généreuses dans leur forme ! Et c'est en général le pari des Subsistances : proposer des langages très contemporains, mais qui parlent aux gens dans leur for intérieur.
Il n'y a visiblement aucun obstacle à être Intranquille et populaire à la fois ?
Absolument pas. Ici comme à la Villa Gillet, il s'agit de remettre l'acte de penser au cœur de la vie. Avec, certes, la recherche constante d'inventions au niveau de la forme, parfois déstabilisantes, mais - je l'espère - réjouissantes, et qui représentent inlassablement des ouvertures sur le monde a priori partageables par tous ! Le dialogue des cultures est notre leitmotiv, et les Assises du roman s'inscrivent complètement dans cette démarche, ne serait-ce parce que l'imaginaire romanesque est l'un des universaux qui permettent aux hommes de se rencontrer et de dialoguer, et, en l'espèce, de la façon le plus conviviale possible. Ces Assises sont en quelque sorte une grande passerelle des langues !
Schématiquement, je dirais que lorsque certains demandent aux hommes de se ressembler pour se rassembler, nous, nous avons envie de rassembler les hommes afin qu'ils puissent se dissembler…
À ce propos… vous organisez une Rencontre autour de Quichotte. Est-ce aussi à dire qu'il reste beaucoup de moulins à vent à attaquer ?
De ce point de vue-là, certainement. Et Don Quichotte est l'un des romans les plus contemporains qui soient, 400 ans après sa parution ! Quant à ce rendez-vous "lecture-concert" du mardi 29 mai aux Subsistances, qui réunira Erri de Luca et Gianmaria Testa autour des bons mots de Cervantès, cela risque, à mon humble avis, d'être un moment très fort du festival.
Festival Les Intranquilles, Lyon, du 28 mai au 29 juin, 04 78 39 10 02. www.lesintranquilles.net
Laurent Zine
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