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©Kasskara / DG

Giuliano Carmignola

"Vivaldi, c'est mon langage,
mon moyen d'expression,
ma musique"

L'un des plus grands interprètes contemporains de Vivaldi, Giuliano Carmignola, est à l'affiche du 25e Festival de musique baroque de Lyon, pour un concert unique le 18 décembre à la chapelle de la Trinité. Celui que l'on surnomme "le prince des violonistes" cultive ses talents avec un naturel déconcertant. La virtuosité est une première nature. Rien ne l'effraye, pas même les derniers concertos composés par Antonio Vivaldi, pourtant réputés difficiles. Au contraire, il y puiserait même l'énergie nécessaire à l'éveil de sa conscience esthétique.

À Lyon, vous allez notamment interpréter des concertos inédits de Vivaldi qualifiés de "redoutables". Est-ce ce type de défi qui vous attire encore et toujours vers ce compositeur ?
Des concertos "redoutables" ? Vous voulez sans doute parler des concertos de la dernière période de Vivaldi - ceux de sa période mature - que j'ai enregistrés avec le Venice Baroque Orchestra chez Sony et ceux enregistrés pour la 1re fois chez Deutsche Grammophon. En réalité, j'ai grandi avec Vivaldi et je l'ai étudié avec un grand interprète vivaldien dans les années 1960, Luigi Ferro, au conservatoire Benedetto-Marcello de Venise. Ensuite, j'ai pris sa place dans le groupe des Virtuoses de Rome, 1er orchestre formé par des solistes italiens et qui a participé à diffuser Vivaldi dans le monde. Ce n'est donc pas un défi : cela fait partie de ma vie, de mes racines musicales et culturelles. Vivaldi est un auteur qui me fascine toujours. C'est mon langage, mon moyen d'expression, ma musique.
Vivaldi a été l'un des compositeurs les plus prolifiques de son temps. Existe-t-il encore des partitions inconnues que vous envisageriez de jouer, voire d'enregistrer ?
Bien que je ne connaisse pas tout le répertoire de la musique instrumentale de Vivaldi, il me semble que tout a été publié dans les années qui ont suivi la seconde guerre mondiale. L'œuvre de Vivaldi est donc tout à fait disponible et il n'y a plus rien de vraiment secret, au moins en ce qui concerne l'œuvre instrumentale. Quant aux enregistrements que j'ai réalisés ces dernières années et qui ont consisté à lire et exécuter des partitions qui n'avaient jamais été enregistrées ou très peu jouées, ils relèvent pour moi, comme de la part d'Andrea Marcon, qui dirige le Venice Baroque Orchestra, d'un élan de curiosité.
Sur quels repères vous basez-vous pour vous rapprocher de ce que l'on imagine être l'interprétation des œuvres de Vivaldi de son vivant ?
On s'y rapproche avec des connaissances philologiques. Nous utilisons des traités sur la façon de jouer de l'époque. À partir de là, j'interprète ces partitions selon mon goût, ma sensibilité et ma propre capacité de lire entre les notes. Il n'y a pas vraiment de méthodologie. On m'a légué ce goût et ce grand amour pour cette musique. Au fil des années, j'ai ressenti le besoin de relire cette musique avec plus de conscience esthétique et stylistique. Mais, en fin de compte, toujours en me laissant guider par mes goûts et ma sensibilité musicale. Cela est valable pour Vivaldi, mais pour toute la musique en général et les auteurs du XVIIIe en particulier.
La fougue, l'émotion qui se dégagent de votre jeu sont-elles intimement liées à la virtuosité ou "travaillées" de manière indépendante ?
Cela tient à ma personnalité. Il est clair que la tâche de l'interprète est de restituer les affects de la musique, c'est-à-dire les différents états d'âme qu'elle véhicule. Il est évident que l'aspect technique, la performance sont également très importants, mais fusionnent aussi avec la restitution des affects. Ce que cherche un musicien est d'interpréter une écriture. Pour ce qui est de la "fougue", là il appartient aux critiques d'en juger. Ce n'est pas mon rôle.
Au regard de votre répertoire, qui s'étend du baroque au XXe, quelles sont les partitions que vous rêvez d'interpréter sans avoir pu le faire ?
Le monde de la musique est si vaste… Je suis convaincu que la tâche des musiciens et l'honnêteté d'un interprète doivent conduire à n'exécuter que la musique qui les touche intimement, qui implique un lien d'amour très profond. Mon répertoire n'est pas si vaste qu'on le dit et j'essaie de ne jouer que la musique à laquelle je crois vraiment. D'autres, par exemple, comme celles de Jean Sibelius ou d'Anton Dvorak, n'appartiennent pas vraiment à ma culture, à mes racines musicales. Donc je ne peux pas les jouer. Le musicien honnête ne joue sur scène que la musique avec laquelle il entretient un lien très fort, comme le disait le chef d'orchestre italien Carlo Maria Giulini. Il ne faut jouer que la musique à laquelle on croit.

18 décembre à la chapelle de la Trinité, 04 78 38 09 09

Propos recueillis par C. Faesch,
traduits par Raffaella Persia (Institut culturel italien)