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Jacques Damez, qui gère en compagnie de Catherine Dérioz la galerie croix-roussienne Le Réverbère 2, publie avec le philosophe Jean-Luc Nancy un livre superbe, sombre, irradiant d'impudeur et de délicatesse : Tombée des nues…, chez Marval. Des photographies en noir et blanc, tantôt granuleuses, tantôt floues, très denses, et ce tremblement des corps, perceptible, qu'évoque Jean-Luc Nancy, tremblement "ni de honte, ni de timidité", mais "d'être". Jacques Damez cherche à se situer "au-delà de la peau". Le spectateur ne doit pas s'arrêter à la représentation du corps photographié, mais être immédiatement sensible à ce que l'artiste appelle la "déreprésentation" du sujet, c'est-à-dire à la nudité, à ce mystère du nu. Le sentiment du nu ne s'arrête pas, en effet, à l'absence de vêtements. Car même ainsi, le corps peut s'habiller des codes de l'imagerie conventionnelle : esthétique ou pornographique… Et finalement, selon les mots de Jean-Luc Nancy, devenir "très ordinaire transgression". Le photographe, ici, n'a pas choisi ses modèles et ne leur a pas demandé de pose particulière. C'est que, traquée par l'objectif, la nudité ne se révèle que dans les postures offertes, improvisées par elles. "Dans L'Éloge de l'ombre, de Junichirô Tanizaki, le personnage va aux WC au fond du jardin, en pleine nuit, sans lumière… L'ombre fait alors émerger des formes qu'il ne voyait pas en pleine lumière." Ainsi, l'artiste, persuadé qu'en son art, le blanc est effacement de l'image - puisque le blanc, c'est le papier -, veut écrire son image avec le noir, qui "mange la forme ou la dessine". Dans ce livre, comme dans l'exposition qui se tient à la galerie Le Réverbère 2, l'ombre se veut "au cœur du mystère du nu", et les attributs sexuels de la femme, parfois visibles, sont plus "évoqués qu'invoqués". Quant à leur visage, il n'est pas caché, il se détache en revanche de leur fonction d'individuation pour n'être, sur le papier, qu'un état d'âme. Il est nu.
Tombée des nues…, éd. Marval, 102 p., 39€
Jusqu'au 13 juillet à la galerie Le Réverbère 2, 04 72 00 06 72
Étienne Faye |