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2007

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Biennale d’Art Contemporain 07
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OCTOBRE N°130  


Le Bal

La Comédie de Saint-Étienne

Le pays fête ses 60 années de décentralisation théâtrale et, tiens, la Comédie de Saint-Étienne souffle ses 60 bougies. C'est dire que la ville a été un précurseur, grâce à l'un des personnages marquants de l'histoire du théâtre : Jean Dasté, créateur et premier directeur de la Comédie, qui, aujourd'hui, a donné son nom à la salle principale. L'institution est d'ailleurs devenue une colonne vertébrale des politiques culturelles dans la région, car elle se décentralise à son tour pour produire des spectacles dans tout le Stéphanois, et au-delà. Le metteur en scène François Rancillac codirige avec Jean-Claude Berutti ce théâtre qui multiplie les initiatives de rencontre avec tous les publics et qui propose, chaque année, des programmations foisonnantes, sans complexe, ainsi que de nombreuses créations.

François Rancillac, c'est vous qui allez ouvrir la saison du 60e anniversaire ?
Oui, avec 2 pièces de Jean-Luc Lagarce, que d'abord je considère comme l'un des plus grands auteurs du XXe siècle, et dont c'était en outre l'année puisqu'on célébrait en 2007 le cinquantenaire de sa naissance. Retour à la citadelle est un texte que j'avais monté dès 1990, on l'avait très peu joué à l'époque. Dix-sept ans après, il sera possible de le montrer davantage. Dans une colonie fort lointaine, un gouverneur envoyé par l'"État originel" arrive pour prendre possession d'un palais qui, en fait, n'a jamais existé. Il décide de rester, avec sa femme, et de construire ce palais. Trente ans plus tard, la métropole donne enfin de ses nouvelles, en envoyant un remplaçant. Le nouvel arrivé, lui, est né dans cette colonie et en était parti avec des idées de révolution. Après 10 ans d'absence et de mutisme, cet homme que l'on croyait mort revient gouverneur. C'est une grande pièce de Lagarce, il interroge : qu'est-ce qu'on a fait pendant ces 10 dernières années ? Ici, le retour du fils prodigue est amer ; car s'il était parti pour vivre, pourquoi revenir ?
La 2e pièce de Lagarce, Music-Hall, sera jouée dans… des appartements ?
Il s'agit d'une pièce sur le théâtre. Une meneuse de revue et son boy sont reçus dans des lieux de plus en plus minables, et, d'ailleurs, le boy en question est le dernier de ce qui fut une troupe. C'est un spectacle à la fois sur l'impossibilité du spectacle et sur la foi exemplaire de ses personnages en leur métier. C'est du Lagarce, drôle et tendre, avec ce sentiment de ratage… Alors, oui, l'idée était d'offrir cette pièce à des habitués de la Comédie, qui, cette fois, nous accueilleront dans leur salon. On pousse les meubles et nos hôtes s'engagent à inviter des gens qui ne vont jamais au théâtre et à nous offrir le repas. Bien sûr, notre objectif est de lutter contre les a priori sur l'art dramatique, et nous espérons trouver dans cette formule la convivialité qui manque forcément dans les grandes salles. Nous jouerons aussi dans des maisons de quartier en relation avec des amicales, des associations… en pratiquant une politique de très petits tarifs et en offrant des pots à la fin des représentations. La Comédie de Saint-Étienne se donne pour vocation d'aller au-devant du public. Dans cet esprit, nous avons pensé à la Comédie des villes / Comédie des champs, avec le Piccolo Théâtre qui se balade dans les gymnases et les salles des fêtes de la Loire, de la Haute-Loire et de l'Auvergne. Cette année, c'est une commande à Paul Fournel, qui a écrit Les Mains dans le ventre, et c'est un acteur permanent de la Comédie, Louis Bonnet, qui le mettra en scène. L'aventure d'une troupe de marionnettistes imaginée pour le bicentenaire de Guignol, en 2008. Si le Piccolo Théâtre n'existe que depuis 5 ans, il faut savoir que Jean Dasté, dès les débuts et pendant 17 ans, faisait du théâtre itinérant. Il aimait jouer sur les places publiques, dehors ou dans des chapiteaux… Le théâtre ne doit décidément pas être réservé aux agrégés de philosophie ou aux vieux !
Pour les 60 ans, qu'avez-vous prévu de spécial ?
Je reprends un spectacle créé en 2004, intitulé Jean Dasté, et après ? avec les élèves de 3e année de l'École nationale d'art dramatique. C'est le roman de la décentralisation théâtrale. Il n'y avait rien, avant, en province, pas de création. On se contentait de faire passer des pièces parisiennes dans les théâtres, et l'avènement des centres dramatiques fut la possibilité, enfin, de création d'œuvres nouvelles et la naissance d'un public. D'ailleurs, la Comédie de Saint-Étienne ne pense pas que toutes les questions aient trouvé, avec cette si bénéfique décentralisation, des réponses définitives. Nous nous proposons cette année, grâce au projet Les Pieds dans le plat, de poser clairement les questions cruciales comme le rapport avec le public, l'esthétique, avec l'État. D'abord, nous avons prévu des séances à huis clos entre professionnels du spectacle, puis une séance en public dont nous attendons beaucoup.
Et la suite de votre programmation ?
À la manière de Jean Dasté, Jean-Claude Berutti jouera sur une place stéphanoise Baroufe à Chioggia, de Goldoni, l'auteur de Pinocchio. Du vrai théâtre de tréteaux avec des comédiens amateurs mêlés à des professionnels, formés dans des ateliers tout au long de l'année. Ensuite, il y aura ce qu'on appelle "le Grand Chantier". Les élèves en fin d'études travaillent pendant 4 mois sur les textes d'Elfriede Jelinek, ils présenteront en juin des petites formes, des happenings, etc. Puis les secondes années joueront sous la direction de Jean-Claude Berutti un texte de Jules Romains, Cromedeyre-le-Vieil, une pièce en vers très inspirés du patois auvergnat. Nous aurons en outre le plaisir d'accueillir en mai et en juin, au palais des Spectacles de Saint-Étienne et avec l'aide exceptionnelle de la Région, Les Éphémères, l'énorme spectacle du Théâtre du Soleil d'Ariane Mnouchkine. Une sorte de série de carottages dans nos vies quotidiennes, une traversée de la société française sur une cinquantaine d'années. Un événement !

Comédie de Saint-Étienne, 04 77 25 14 14

Étienne Faye