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Paroles
et Musiques a 15 ans. Déjà 15 ans. Festival
entièrement dédié à la chanson
française qui perdure envers et contre tout ! "C'est
un sentiment de fierté qui prédomine au regard
du chemin parcouru. Le festival est parti de rien en 1992
et a su, patiemment, se construire au fil des années" se remémore Simon Javelle, son programmateur passionné. "Le but, maintenant, est de créer un vrai
esprit festival dans le centre ville, nous y travaillons
depuis deux ans avec Les Apéros Crescendo et Paroles
sans Musique. Nous effectuons aussi un gros travail en direction
des publics dits "empêchés",
comme nous le faisons à la Maison d'Arrêt
de St-Etienne avec Paroles et Musiques en liberté et la sortie du livre-cd Puzzle."
15ème édition et 8 jours consacrés
à la découverte de la chanson française
sous toutes ses coutures. Panel enthousiasmant de têtes
d'affiche, de nouveaux talents et d'artistes émergents.
"Outre les grosses têtes d'affiches Têtes
Raides, Benabar, je mettrais, par exemple, l'accent
sur la soirée rap (18/05 à 19h) : rap au féminin
avec Bams, Dgiz le Luky Luke de la tchatche, La
Caution bien connu de tous et enfin RedBong accompagné
pour l'occasion de musiciens live. Comment ne pas parler
ensuite de toutes les découvertes que nous proposons
: Renan Luce, Emily Loizeau, Lola Lafon ou David Walters..."
Toujours même principe de soirées à
tiroirs (Salle Jeanne d'Arc / Magic Mirrors) dopé
de quelques incursions au Palais des Spectacles; une expo
des Chats Pelés (ils signent chaque année
l'affiche du festival), une grande kermesse dans les rues,
un hommage à Léo Ferré, parrain historique
du festival, puis Puzzle, projet inédit, mené
avec des détenus et des artistes. "C'est
en quelque sorte le résultat des ateliers d'écriture
que nous menons, avec l'Ensemble Romana, en Maison d'Arrêt,
depuis deux ans. Ce livre-cd regroupe des textes de détenus
mis en image et en musique par de nombreux artistes (musiciens,
photographes, illustrateur...). On peut citer pêle-mêle
Têtes Raides, Alyson B, Mano Solo, La Petite Cuisine,
Loïc Lantoine, Voé... Ce livre est un moyen
de porter la parole des détenus vers le monde extérieur,
et c'est une grande fierté."
En attendant d'y aller faire un tour, gros plan sur un jeune
artiste français Joseph d'Anvers qui partagera
l'affiche avec Dominique A (15 mai, 20h30).
Un nom de scène un peu mystérieux, en référence
à ce quartier parisien coincé entre Pigalle
et Barbès, et des chansons qui sentent le bois et
les cordes. Joseph d'Anvers est un nouveau venu atypique "10 ans que je fais du rock (
) En 98, j'ai
monté un projet un peu sérieux qui s'appelait
Polagirl
" dans la chanson française
(mais ex-assistant opérateur, il sort aussi de la
Fémis et a été boxeur semi-pro); le
gars de Nevers, dorénavant installé à Paris, a pris son temps pour ciseler ses textes et sa musique
nostalgique. Avec Les Choses d'en face (491, fév),
il prouve qu'il a eu raison. 14 titres frémissants
et élégants, coréalisés avec
Jean-Louis Piérot (celui-là même de
Fantaisie militaire de Bashung), qui oscillent entre paysages
atmosphériques, ambiances cinématographiques
et chansons pop susurrées au creux de l'oreille. "Ce n'est ni du rock, ni de la chanson, ni du jazz".
Artiste attachant, c'est aussi un grand bavard aux idées
plutôt arrêtées et à la sincérité intacte.
Elles naissent comment les histoires de Joseph d'Anvers
?
J'aurais pu écrire des scénarios, faire
des structures en bois
j'ai choisi de faire des chansons;
je n'ai pas de méthode ni d'idée arrêtée
là-dessus. Je sais que j'écris toujours la
nuit. Que cet album est né de mes errances d'une
période en demi-teinte que j'ai vécue entre
25 et 27 ans
Où la vie n'était pas des
plus roses. Je me suis retrouvé à Pigalle,
je rentrais à pas d'heure après des virées
nocturnes. Je vivais une vie à la fois dissolue à
la fois très cadrée parce qu'en même
temps je faisais mes études. C'était une période
de ma vie où j'avais l'impression de ne plus rebondir.
Mon rebond c'était d'exorciser en mettant sur du
papier des mots. De fil en aiguille, je me suis rendu compte
que mes préoccupations, bien que mineures, résonnaient
aussi dans la tête des gens, je n'étais pas
le seul, j'étais plutôt en prise avec une génération,
dans un climat actuel d'une société plutôt
moribonde
Elles racontent quoi ces chansons ?
Il y a 27 ans d'une vie derrière moi donc il y
a forcément une part d'autobiographie puis c'est
un 1er album ! Après, je viens du rock, j'ai grandi
avec les Pixies, Dinosaur Junior, Sonic Youth ou Fugazi.
Il y a chez ces derniers une certaine urgence et des thèmes
qui me touchaient. Alors j'ai essayé en restant dans
un format chanson de garder une unité, de ne pas
tomber dans des travers musicaux actuels. Je me suis imposé
des règles avec une écriture quasi automatique
au niveau des textes. J'écris, ensuite je m'interdis
de le retoucher. Les thèmes récurrents, c'est
l'absence, la fuite du temps, la perte de l'autre.
Etonnant, non, que ta route ait croisé celle de
Miossec (en duo avec le Brestois sur La Vie est une putain)
et Darc ?
Je ne suis pas fataliste, je ne crois pas à ma
bonne étoile
! Avec Daniel Darc, ça
a été fortuit mais dingue. Je suis ressorti
de cette discussion changé. Les mots qu'il a trouvés,
qu'il a choisis, le fait de rencontrer et de croiser la
route de ce mec que j'écoutais depuis mon plus jeune
âge, d'écouter ces mots qui étaient
simples et directs : il faut faire de la musique parce qu'on
aime ça; il ne faut jamais arrêter d'écrire
si on aime, il ne faut pas s'arrêter à l'argent.
Il y a trop de choses aujourd'hui formatées, surtout
en chanson. A la limite je suis fier de cet album qui est
celui que j'avais envie de faire et d'écrire. Et
Miossec, ce fut la cerise sur le gâteau
En fait
c'est lui qui s'est proposé et je ne savais pas comment
faire. Mais ça a été simple, il est
super humble et très talentueux. Il s'est, lui aussi,
fondu dans mon univers tout en apportant un coup de vernis
en plus aux chansons
Ce qui vous motive pour monter sur scène ?
Le plaisir de jouer avant tout. Monter sur scène
c'est un éternel recommencement, une évolution
perpétuelle. On se met systématiquement en
danger. Je ne fais pas de la musique ni pour avoir des filles,
ni pour gagner de la thune ou pour le prestige ! Monter
sur scène c'est conquérir des gens. Et prouver
qu'on le fait avec honnêteté
c'est une
vraie leçon d'humilité. 90 % des morceaux
que l'on joue sur scène sont radicalement différents
de l'album. On a vraiment essayé de trouver des versions
alternatives. Dans l'idée de ne pas s'ennuyer sur
scène et vice versa pour le public !
Festival Paroles & Musiques de St-Etienne - 13 au
20 mai,
04 77 25 01 13 www.paroles-et-musiques.net
Anne
Huguet
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