ARCHIVES
2006

JANVIER N°111
Système rudimentaire
Man

FEVRIER N°112
Melik Ohanian
Galerie Vrais Rêves
Le Compagnonnage
Boris Charmatz
Spade & Archer

MARS N°113
Expérience
Rivages noir
Da Silva
Gilles Chavassieux
Cie La Cordonnerie
Uppercut de femmes
Cie Accrorap
Lucien Attoun au TNP

AVRIL N°114
Killing Joke
Hushpuppies
Théâtre Craie
America, America !

MAI N°115
Paroles et Musiques
Théâtre du Grabuge
Les Intranquilles
Charles Pick
Les Tambours du Bronx
Les Anges mineurs
Robert MC Wilson

JUIN N°116/117
Johann Le Guillerm
Antoine Agoudjian

SEPTEMBRE N°118
Biennale de la danse 06
Serge Dorny
ARFI

OCTOBRE N°119
Party at Grnd Zero
Villa Gillet
La Tropa
La BF 15
Philippe Katerine
Jean-Claude Galotta

NOVEMBRE N°120
Virginie Despentes
The Bellrays
Charles Juliet
Instances
#4
Le Théâtre du Fust
Jean-Baptiste André

DECEMBRE N°121
La Blanche
Coriolan
Puzzle Danse
Pierre-Yves Ginet
Dada Rock & Roll Guérilla
Antoine Hervé
Java et Winston McAnuff
Nieme Cie
Emmanuel Meirieu

Mars 2006 N°113  

Kraemer©

 

Lucien Attoun au TNP

Lucien Attoun, est un homme dont la voix est une figure : puisqu'il anima pendant 36 ans les émissions de France Culture consacrées au théâtre. Aujourd'hui, en compagnie de sa femme Micheline, il dirige le Théâtre Ouvert, une expérience originale que le TNP de Villeurbanne propose à notre curiosité, les quinze derniers jours de mars.


Du 15 au 25 mars le Théâtre Ouvert présente ses Mémoires d'hier et d'aujourd'hui
Je dois d'abord rendre hommage à Christian Schiaretti, le directeur du TNP. C'est le digne successeur de Patrice Chéreau, Roger Planchon… Et par fidélité à notre aventure il a tenu à présenter une vitrine chez lui de Théâtre Ouvert. Alors, par exemple, nous présenterons d'abord Cris mis en scène par Stanislas Nordey. C'est un roman de Laurent Gaudé que j'ai eu en main il y a déjà un moment, et je m’étais fait la réflexion que ah ! Ce serait bien au Théâtre ! Laurent Gaudé, bien avant son Goncourt, a été découvert par Théâtre Ouvert.
Ensuite, en troisième semaine, Christian Schiaretti mettra en espace Ervart ou les derniers jours de Frederic Nietzsche d'Hervé Blutch. C'est toute notre cohérence résumée ici. Un jeune auteur dont la pièce est inconnue est défendu par un grand. En miroir, Marie Rémond, élève de l'Ecole du Théâtre National de Strasbourg, mettra en espace, à Paris, Promenades, un texte de Noëlle Renaude, un auteur reconnu. Comprenez que nous restons fidèles à nos principes de promotion des artistes contemporains : auteurs, metteurs en scène, comédiens… Et dans notre souci de transmission, nous sommes obligés d'avoir de la mémoire. On ne vient pas de nulle part. Jean-Pierre Vincent, qui sera présent le 21 mars à la première rencontre, a inauguré la mise en espace en 1971. Oui, car vous savez que la mise en espace est un concept, une expression que j'ai créée à l'époque et qui a été depuis reprise, sans traduction, dans le monde entier ! Jean-Claude Grumberg, lui, a inauguré ce qu'on appelait alors la "cellule de création" (aujourd'hui le chantier). Il vient me voir un jour et il me dit qu'il n'arrive pas à finir sa pièce. J'ai l'idée de créer autour de lui une équipe de comédiens qui par le jeu, l'improvisation, l'a aidé dans ses recherches. L'auteur, après, a retrouvé sa solitude pour écrire. C'est ainsi qu'est née la pièce intitulée L'Atelier. Le 22 mars au TNP, il y aura Eugène Durif, le Lyonnais, et Jean-Paul Wenzel. Le 23, Alain Françon, directeur de La Colline à Paris et Christiane Cohendy qui représentera le "noyau", un comité de lecture de comédiens. Ils lisent les textes pour, ensuite, les défendre. Ce jour-là il sera donné des lectures de Jean-Luc Lagarce, un auteur né à Théâtre Ouvert, par des lycéens de Lyon. Le 24 mars, ce seront Noëlle Renaude et Philippe Minyana, deux auteurs qui seront présents à la lecture d'extraits de leurs œuvres par d'autre lycéens... Toujours cette envie de transmettre. Et puisque nous sommes en Rhône-Alpes, c'est l'occasion de montrer la vitalité de cette région. C'est pourquoi nous organisons un forum le samedi 25 mars. En Juillet 1971 à Avignon, la presse régionale nous a bien soutenus, nous sommes heureux de la retrouver.
A l'époque, qu'est-ce qui a motivé votre action ?
Dans les années 68-70, on entendait des propos comme "on n'a pas besoin de texte" ou "on est tous des artistes". Le comble du ridicule a été atteint lorsque Grotowski écrivait des dialogues sur un scénario de Calderon. Il fallait remettre les mots au centre du Théâtre. En 1970, j'ai produit une émission sur France Culture où Jean Vilar était invité. Il n'est pas venu. J'ai dû improviser 1 h 30 ! Ensuite je l'ai rencontré, je lui ai dit ce que je pensais du Festival d'Avignon, qu'on n'y trouvait plus rien d'intéressant et que puisque c'était comme ça je ne reviendrais plus. C'est à cet instant que je lui ai parlé du "théâtre de création". Quelques semaines plus tard, Vilar m'a rappelé pour me mettre au défi. J'en avais marre du métier de critique, j'avais besoin d'agir. J'ai donc mis en place, en 1971, le Théâtre Ouvert. Tout de suite j'ai eu l'idée de la mise en espace d'un auteur contemporain, vivant : parce qu'il doit être toujours présent. 12 jours de répétition, puis à la 13ème, le spectateur est invité à faire 50 % du chemin vers l'œuvre qui lui est présenteé. Ensuite on discute avec tous le monde, et on voit si on va jusqu'à la mise en scène. C'est une expérience très riche et cependant très exigeante : on a vu d'excellents comédiens imploser !
Aujourd'hui le Théâtre Ouvert est au Jardin d'Hiver à Paris…
Nous nous sommes réunis une fois par an jusqu'en 1976, puis la structure est devenue permanente et itinérante. Notre installation au Jardin d'Hiver date de 1981 et depuis 1988, Théâtre Ouvert est Centre Dramatique National de Création. Le premier à Paris, et le premier à n'être pas dirigé par un metteur en scène. Nous n'ignorons pas la vidéo, mais ici nous privilégions le jeu, le langage. Nous avons aussi notre histoire, nos auteurs, nos créateurs à défendre. Dans cet esprit nous avons créé les Tapuscrits, une collection de textes contemporains, et dernièrement l'EPAT (Ecole Pratique des Auteurs de Théâtre). La transmission, toujours.

Etienne Faye