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Du
15 au 25 mars le Théâtre Ouvert présente
ses Mémoires d'hier et d'aujourd'hui
Je dois d'abord rendre hommage à Christian Schiaretti,
le directeur du TNP. C'est le digne successeur de Patrice
Chéreau, Roger Planchon
Et par fidélité
à notre aventure il a tenu à présenter
une vitrine chez lui de Théâtre Ouvert. Alors,
par exemple, nous présenterons d'abord Cris mis en
scène par Stanislas Nordey. C'est un roman de Laurent
Gaudé que j'ai eu en main il y a déjà
un moment, et je métais fait la réflexion
que ah ! Ce serait bien au Théâtre ! Laurent
Gaudé, bien avant son Goncourt, a été
découvert par Théâtre Ouvert.
Ensuite, en troisième semaine, Christian Schiaretti
mettra en espace Ervart ou les derniers jours de Frederic
Nietzsche d'Hervé Blutch. C'est toute notre cohérence
résumée ici. Un jeune auteur dont la pièce
est inconnue est défendu par un grand. En miroir,
Marie Rémond, élève de l'Ecole du Théâtre
National de Strasbourg, mettra en espace, à Paris,
Promenades, un texte de Noëlle Renaude, un auteur reconnu.
Comprenez que nous restons fidèles à nos principes
de promotion des artistes contemporains : auteurs, metteurs
en scène, comédiens
Et dans notre souci
de transmission, nous sommes obligés d'avoir de la
mémoire. On ne vient pas de nulle part. Jean-Pierre
Vincent, qui sera présent le 21 mars à la
première rencontre, a inauguré la mise en
espace en 1971. Oui, car vous savez que la mise en espace
est un concept, une expression que j'ai créée
à l'époque et qui a été depuis
reprise, sans traduction, dans le monde entier ! Jean-Claude
Grumberg, lui, a inauguré ce qu'on appelait alors
la "cellule de création" (aujourd'hui le
chantier). Il vient me voir un jour et il me dit qu'il n'arrive
pas à finir sa pièce. J'ai l'idée de
créer autour de lui une équipe de comédiens
qui par le jeu, l'improvisation, l'a aidé dans ses
recherches. L'auteur, après, a retrouvé sa
solitude pour écrire. C'est ainsi qu'est née
la pièce intitulée L'Atelier. Le 22 mars au
TNP, il y aura Eugène Durif, le Lyonnais, et Jean-Paul
Wenzel. Le 23, Alain Françon, directeur de La Colline
à Paris et Christiane Cohendy qui représentera
le "noyau", un comité de lecture de comédiens.
Ils lisent les textes pour, ensuite, les défendre.
Ce jour-là il sera donné des lectures de Jean-Luc
Lagarce, un auteur né à Théâtre
Ouvert, par des lycéens de Lyon. Le 24 mars, ce seront
Noëlle Renaude et Philippe Minyana, deux auteurs qui
seront présents à la lecture d'extraits de
leurs uvres par d'autre lycéens... Toujours
cette envie de transmettre. Et puisque nous sommes en Rhône-Alpes,
c'est l'occasion de montrer la vitalité de cette
région. C'est pourquoi nous organisons un forum le
samedi 25 mars. En Juillet 1971 à Avignon, la presse
régionale nous a bien soutenus, nous sommes heureux
de la retrouver.
A l'époque, qu'est-ce qui a motivé
votre action ?
Dans les années 68-70, on entendait des propos comme
"on n'a pas besoin de texte" ou "on est tous
des artistes". Le comble du ridicule a été
atteint lorsque Grotowski écrivait des dialogues
sur un scénario de Calderon. Il fallait remettre
les mots au centre du Théâtre. En 1970, j'ai
produit une émission sur France Culture où
Jean Vilar était invité. Il n'est pas venu.
J'ai dû improviser 1 h 30 ! Ensuite je l'ai rencontré,
je lui ai dit ce que je pensais du Festival d'Avignon, qu'on
n'y trouvait plus rien d'intéressant et que puisque
c'était comme ça je ne reviendrais plus. C'est
à cet instant que je lui ai parlé du "théâtre
de création". Quelques semaines plus tard, Vilar
m'a rappelé pour me mettre au défi. J'en avais
marre du métier de critique, j'avais besoin d'agir.
J'ai donc mis en place, en 1971, le Théâtre
Ouvert. Tout de suite j'ai eu l'idée de la mise en
espace d'un auteur contemporain, vivant : parce qu'il doit
être toujours présent. 12 jours de répétition,
puis à la 13ème, le spectateur est invité
à faire 50 % du chemin vers l'uvre qui lui
est présenteé. Ensuite on discute avec tous
le monde, et on voit si on va jusqu'à la mise en
scène. C'est une expérience très riche
et cependant très exigeante : on a vu d'excellents
comédiens imploser !
Aujourd'hui le Théâtre Ouvert est au
Jardin d'Hiver à Paris
Nous nous sommes réunis une fois par an jusqu'en
1976, puis la structure est devenue permanente et itinérante.
Notre installation au Jardin d'Hiver date de 1981 et depuis
1988, Théâtre Ouvert est Centre Dramatique
National de Création. Le premier à Paris,
et le premier à n'être pas dirigé par
un metteur en scène. Nous n'ignorons pas la vidéo,
mais ici nous privilégions le jeu, le langage. Nous
avons aussi notre histoire, nos auteurs, nos créateurs
à défendre. Dans cet esprit nous avons créé
les Tapuscrits, une collection de textes contemporains,
et dernièrement l'EPAT (Ecole Pratique des Auteurs
de Théâtre). La transmission, toujours.
Etienne
Faye
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