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Les Tambours du Bronx sur une scène relève
de l'expérience fantasmagorique ! Le regard capte
d'abord le scintillement de ces 20 fûts métalliques
alignés, peints aux couleurs sanglantes de la tribu
nivernaise, derrière lesquels se tiennent deux drôles
de machines de guerre "des structures métalliques
qui permettent de déclencher des sons également
par la frappe". Les lumières s'éteignent.
Les hommes en noir débarquent, ils s'installent derrière
leurs instruments recyclés avant de commencer à
les marteler comme des frappadingues. Symphonie apocalyptique,
le regard ne sait où regarder, l'oreille est agressée.
Il faut s'immerger dans cette orgie sonore hypnotique. Peu
à peu la magie opère : corps tatoués
luisants nimbés d'un halo rouge, bras armés
d'une mailloche qui se lèvent en cadence, comme mus
par un même mécanisme, tournoiement des corps
qui changent de place, rythmes lancinants, cris de la horde
quasi en transe et toujours la violence des coups qui enfoncent
inexorablement la tôle des fûts. Hallucination,
oppression, envoûtement, la musique quasi tribale
de ces esprits frappeurs provoque obligatoirement quelque
chose chez le spectateur. Saisissant!
2006 : 19 ans d'existence, plus de 10 000 bidons pliés
(en gros un par concert !), 80 000 mailloches explosées,
plus de 100 musiciens passés dans les mailles du
filet, six albums au compteur (et un DVD avec des images,
enfin, en poche) et des spectacles uniques qui mélangent
sans concession son et lumières, chorégraphie
et performances : Les Tambours du Bronx est un groupe à
part, l'une des références mondiales en percus
indus-instrumentales. Map, bien que louvoyant entre secret
et humour "Parce qu'il faut laisser planer le mystère,
faire naître la magie
", a bien voulu
nous en dire un peu plus !
Rétrospectivement, qu'est-ce qui vous a marqués
au regard de votre parcours ?
Ce qu'on regarde, c'est effectivement le fait d'être
là depuis plus de 19 ans et d'avoir su transformer
un état qui n'était qu'un simple happening
(d'une vingtaine de minutes dans la rue au début
des 80's) en un vrai spectacle sur scène (>1h30)
avec un travail sur le son, la lumière et la gestuelle.
C'est aussi l'idée qu'on peut toujours réussir
à partir de pas grand-chose et de peu de moyens.
On a finalement tenu le pari de vivre d'un spectacle à
22 personnes !
Qu'est-ce qui a changé dans votre musique
?
Il y a beaucoup plus d'électro et d'échantillons
sonores qui se sont rajoutés aux compositions. Il
y a aussi des voix et des chants. Ce qui nous a permis d'avoir
des mélodies bien plus étoffées. Par
contre on tient à garder l'énergie de la grosse
section rythmique, celle qui vient du bidon, qui est la
marque de fabrique des Bronx.
Et dans votre scénographie ?
C'est plutôt une évolution lente, un peu à
la manière d'un groupe de rock. On joue les nouveaux
titres mais aussi les anciens ! Ainsi certains morceaux,
on va dire pur bidon, ont été retravaillés
avec un son plus électro, voire même parfois
les structures rythmiques ont carrément changé.
Qu'évoque pour vous le mot percussion ?
Un langage universel. A force de voyager (Brésil,
Afrique
), on s'est vraiment rendu compte que, malgré
le côté urbain et industriel de notre son et
au-delà de l'effet de surprise, nos spectacles et
notre musique parlent à tous.
Et le côté tribu, quelque chose qui
vous ressemble ?
Parce qu'il y a un certain nombre de codes qui nous lient.
Qui pourraient faire penser qu'on est une tribu. Oui, il
y a un état d'esprit Tambours. L'humour, les goûts;
il y a le spectacle comme envie commune d'aller vers quelque
chose. Au-delà du fait qu'on n'ait ni le même
âge, ni les mêmes intérêts ou influences.
La force des TDB ?
C'est l'aspect très énergique du spectacle.
L'énergie dégagée sur scène
est vraiment motivée par l'échange avec le
public. Il y a un réel engagement physique sur scène
des musiciens (le jeu étant d'écraser son
bidon !).
Alors la transe comme stade ultime ?
Ça peut arriver ! Sur scène, il y a des moments
intenses physiquement qui peuvent ressembler à une
espèce d'état de transe. Comme le sportif
en plein effort physique violent. On se rend compte que
les gens finissent par avoir besoin de se lâcher et
de réagir. Ils en prennent au départ plein
les yeux et les oreilles. Après ils ont envie de
nous suivre.
Epicerie Moderne, 18 mai, 04 72 89 98 74, LaPéniche,
17 juin, 03 85 94 05 78
Anne
Huguet
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