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"La
venue à Lyon de Deborah Hay, nous dit Guy
Walter, est liée à une semaine
française que nous avons organisée à
Houston, au Texas, début 2005. On a pu montrer le
travail du Turak Théâtre, de Jean-Baptiste
André, Martine Pisani, et il a toujours été
entendu que l'on présenterait des artistes texans,
en France. On m'a parlé de Deborah Hay, avec son
langage unique et j'ai été très vite
impressionné par son travail, l'irréductibilité
de son travail, une sorte d'investigation psychique sur
le corps, quelque chose d'un peu tribal. Les corps sont
à la fois archaïques, humoristiques, et très
chorégraphiés, historiques, qui portent l'histoire
de la danse en eux. Sa danse n'est pas "thématisable",
le corps est mu par des forces intérieures, autres
que celles du mouvement et de l'enchaînement appris,
on est devant un corps physique et mental avec la libération
d'une énergie à la fois physique et psychique.
Sa danse est aussi faite de situations, de micro événements,
les danseurs racontent des histoires que l'on ne connaît
pas, il y a beaucoup de jeux, du ludique. C'est ce que j'ai
pu voir d'elle jusqu'à présent et je pense
que comme dans Match, sa dernière création
américaine présentée au Festival d'Automne,
on retrouvera dans O'O, son travail sur l'interaction,
sur le 1 pluriel, comment le groupe se forme à partir
des singularités, comment les singularités
interagissent, créent des moments collectifs, comment
ça se sépare et comment dans le collectif,
il y a la résistance du 1".
O,O est une création de Deborah Hay dansée,
comme elle le fait souvent, par des chorégraphes
ou des danseurs qui ont une profonde mémoire de la
danse. Ainsi Laurent Pichaud, Jennifer Lacey, Nuno Bizarro,
Corinne Garcia, Catherine Legrand, Sylvain Prunenec en seront
les interprètes. Cette pièce trouve son origine
dans son solo Room (place, espace) dont il s'agit ici d'en
faire une version française, avec une culture et
des corps différents. Deborah Hay a transmis ce solo
aux danseurs, non pas par le mouvement, mais sous forme
de préceptes - aller à, s'imaginer comme une
sorcière, tomber dans le trou -, elle a transmis
une structure qui décrit des états, des temps,
des directions, une partition
Les danseurs ont eu
cette tache, depuis le mois de février, de travailler
ce solo 5 jours / 7, seul, chacun dans son coin, sans aucun
regard extérieur, afin justement de se le réapproprier.
L'autre étape étant le travail au sein du
groupe, où il s'agit de pratiquer le solo, soit seul,
soit en groupe, avec le regard extérieur de Deborah
Hay qui prend des notes, qui construit en écrivant
sans jamais rien montrer.
"Ce qui est intéressant pour moi d'abord
dans le fait de travailler avec elle, dit Emmanuelle
Huynh, c'est déjà de se remettre aux mains
d'une chorégraphe. En fait, elle demande à
ses interprètes d'être chorégraphes
avec elle, cela me permet de maîtriser mes décisions
de corps qui participent de l'ensemble et c'est très
précieux pour moi. L'intérêt de son
travail vient aussi du fait que cette pratique quotidienne
qu'elle nous demande devient une démarche artistique,
le choix chorégraphique se fait dedans, en même
temps et non pas avant. Ce n'est pas facile, on met du temps
à comprendre, à s'adapter. Cette démarche
artistique est le cur de son travail. Elle dit souvent
: on pratique, on fait tous les jours la performance comme
si on la faisait nouvelle tous les jours. Depuis le début,
elle n'a rien montré, ce qu'on fait c'est ce qu'on
fait, elle ne propose pas de modèles, elle travaille
avec des phrases, sans références, sans pré
choix et ainsi notre imaginaire est élargi, on est
dans un travail où il n'y a pas de normes établies,
le travail se structure par ce qu'elle transmet à
l'oral, par la manière dont elle nous renvoie les
choses". Pour l'autre pièce créée
avec les élèves du CNDC d'Angers, le processus
de travail est inversé. La chorégraphe leur
a transmis une pièce de groupe, à partir de
laquelle chacun décline un solo, qui ajouté
aux autres solos, constituera une pièce de groupe.
Une expérience fondamentale pour Emmanuelle Huynh,
dans son travail pédagogique au CNDC, "parce
qu'il y a transmission à une autre génération
et surtout parce que les élèves sont amenés
à être un interprète/auteur et qu'au
sein de cette question cruciale dans la danse aujourd'hui,
il est important de rencontrer quelqu'un qui est justement
dans ce travail-là".
Festival
Les Intranquilles, O, O les 9, 10 et 11 juin
et My Country music, les 10 ou 11 juin aux Subsistances,
04 78 39 10 02
Martine
Pullara
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