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D'abord merci Geordie de répondre à ces questions
posées dans un anglais peu académique, ou
"franglais"
What ? Say it again !
Ok, rentrons dans le vif du sujet : es-tu aujourd'hui l'homme
et en particulier le guitariste que tu songeais devenir
?
Je dirais que oui, enfin je j'espère
Pour ce
qui est du guitariste, il est bien possible que je sois
devenu celui que je rêvais d'être, dans le sens
où ce que nous vivons est quelque part incroyable,
quasiment du domaine de la chance.
Et justement avec le recul, comment apprécies-tu
l'aventure Killing Joke de ces vingt-cinq dernières
années ?
Surtout je ne regrette rien (!) et le reste n'est que littérature
d'autant que je continue tout simplement à prendre
mon pied.
Comment as-tu réussi à concilier groupe
et vie privée au bout de tant d'années ?
Honnêtement, j'arrive vraiment à séparer
les deux ! De toute façon, j'habite à Prague
dans un superbe endroit avec une créature de rêve;
c'est un vrai sanctuaire, complètement sécurisé
! Avec une immense porte en bois qui nous tient à
l'abri du reste du monde
Alors oui je ne regrette
rien !
On a l'impression que Killing Joke n'est pas simplement
un groupe à proprement parler; plutôt une véritable
communauté d'esprits ?
Oui je crois sans prétention que l'on peut arriver
à cette conclusion. Même si nous ne sommes
pas forcément toujours d'accord, et qu'il peut y
avoir des anicroches de temps en temps entre nous. Quoi
qu'il en soit, nous sommes sur la même longueur d'ondes
et nous allons dans le même sens, spécialement
quand il s'agit du groupe parce que l'on sait ce que l'on
a à faire au moment voulu. Un groupe qui joue ensemble,
se concentre ensemble, prie ensemble, vit ensemble sur la
durée et partage évidemment certaines façons
de voir le monde. Il y a donc bien un état d'esprit
familier à Killing Joke, qui a à voir avec
toute l'histoire du groupe, et auquel notre nouveau batteur
(Benny) a adhéré d'emblée. Au-delà
de sa façon de jouer (impeccable !), il avait ça
en lui et ça facilite les choses.
Un état d'esprit qui transpire de vos paroles;
t'arrive-t-il d'en écrire ? Et quelles sont vos sources
d'inspiration ?
Non honnêtement, ce n'est pas vraiment mon truc. C'est
donc Jaz qui est plus à même d'en parler. Et
considérant les sujets qu'il aborde, il ne s'agit
pas de paroles en l'air, aussi parce que Killing Joke n'est
pas là pour fourguer de la "pop song" !
Jaz est sincère et cela se ressent dans sa manière
de chanter et dans ses performances scéniques; il
lui est impossible de tricher avec de tels propos comme
il m'est difficile de me transposer à lui pour vous
répondre
Il m'est néanmoins arrivé
(une seule fois !) d'accoucher de quelques lignes : "I'm
in love with the coming race" (pour le titre Heighties)
et ça avait un peu estomaqué Jaz à
l'époque, parce qu'il aurait bien aimé les
écrire ! mais à mon niveau, ça s'est
arrêté là. Disons que je suis plus doué
pour écrire des accords
(ndlr : Heighties,
ce titre dont le riff de guitare fut quasiment plagié
par Nirvana avec Come as you are, s'en suivant une bataille
d'avocats d'affaires sans coups férir).
Comment Jaz et toi travaillez-vous ensemble?
En ce qui concerne ce dernier album par exemple, cela représente
cinq mois de travail en studio avec seulement une petite
semaine pour les prises de guitares
Il est vrai que
j'ai l'habitude d'enregistrer rapidement et que je passe
par contre beaucoup de temps à bosser en amont seul
chez moi avec ma boîte à rythmes. En studio,
je laisse souvent Jaz et l'ingénieur du son monter
la sauce à leur façon et Dieu sait qu'imbriquer
les paroles sur la musique est un long accouchement
Les voir besogner ensemble, c'est comme attendre qu'une
peinture sèche (ndlr : un tableau), alors pour moi
c'est un peu du temps perdu (rires) et au bout d'un moment,
j'ai préféré rester à l'écart,
d'autant que j'était trop occupé à
tomber amoureux à ce moment-là !
En parlant de temps perdu, es-tu susceptible à
l'instar de Jaz de tenir une chronique de pêche dans
un magazine ?
Oui je crois que je pourrais écrire quelque chose
sur le sujet
mais rien ne remplace la pratique et
le fait d'emmener un gamin à la pêche, nous
préparer de bons sandwichs, lui apprendre les basiques
comme arranger l'hameçon pour ne pas perdre le poisson
Finalement c'est simple comme bonjour de taquiner le goujon
!
Ok, revenons donc à ce dernier album : peux-tu
déjà nous éclairer sur le sens de Hosannas
from basements of hell ?
Je te donne mon interprétation de la chose mais pour
être honnête, je pense que Jaz voit ça
différemment
Nous avons répété
pendant des mois dans des sous-sols en dessous du studio;
c'était un lieu étrange où nous avons
également donné quelques concerts, une sorte
de catacombe où régnait une atmosphère
assez incroyable tant au niveau du son que de l'architecture
du lieu, et qui par certains côtés effectivement,
pouvait faire penser à l'enfer (ndlr : il est conseillé
de voir le clip sur le site www.killingjoke.com pour imaginer
ces basements of hell). Ça reste une impression,
mais le son et l'ambiance de ce décor avaient quelque
chose de mystique : ainsi le fracas des batteries et autres
percussions semblait résonner justement comme des
Hosannas (ndlr : acclamations bibliques) sorties de nulle
part
Le son de cet album est plutôt "rugueux",
sombre mais aussi très puissant
s'agit-il d'une
réaction par rapport à l'album d'avant que
tu jugeais a priori trop produit ?
Sûrement mais il y a un petit bémol puisque
personnellement je ne suis pas entièrement convaincu
par la production de ce dernier disque
J'aurais aimé
travailler encore différemment, surtout avec le batteur,
parce que c'était vraiment trop rapide mais bon,
on a été très chanceux de le trouver
! Néanmoins, certaines batteries avaient été
faites avant les guitares, d'autres rajoutées après,
donc ce n'était pas complètement live comme
je l'aurais souhaité
Il y a pourtant une différence
de taille avec les précédents disques : pour
la 1ère fois depuis 1989, j'ai l'impression que nous
avons réalisé un "vrai album". Il
y a eu comme une dynamique naturelle, un processus de composition
et d'enregistrement plus direct, peut-être plus sincère,
et en studio, il y a des gestes et des regards qui ne trompent
pas : nous avons écrit et répété
tous ensemble, joué autant live que possible en se
regardant droit dans les yeux !
Ça me rappelle un peu le rituel des premiers albums
de Killing Joke qui étaient enregistrés tout
d'un bloc, au même moment, pour tenter de délivrer
une certaine énergie brute, créer une sorte
d'alchimie qui à mon sens, a fait un peu la magie
du truc dans la durée
Enregistrer un disque
comme faire un concert ou une performance en direct, et
ça, je crois que ça me manque, même
si nous ne sommes aujourd'hui pas loin du compte. Je suis
par ailleurs vraiment content que le DVD soit sorti ! (ndlr
: XXV Gathering pour les 25 ans du groupe) parce qu'il a
été produit sans remasterisation, effets de
style, ni putain de bidouillages en sus.
Tu as un son de guitare unique qui a vraiment influencé
moult groupes partout dans le monde et tu restes néanmoins
étranger à l'attitude du "guitar hero"
C'est une marque d'humilité ?
Je suis supposé être (!) un guitar-hero
Mais je ne me suis même pas vraiment posé la
question de savoir quelle image les gens avaient de moi.
En fait, je suis simplement très chanceux et comblé
de pouvoir jouer de la musique, et de rencontrer des gens
grâce à la musique.
Le précédent album était très
engagé, ne serait ce par rapport à la guerre
en Irak; on a l'impression que le nouveau semble plus "spirituel"
comme si Killing Joke revenait aujourd'hui de l'enfer pour
célébrer à nouveau la vie ?
Tout à fait. Quand on voit dans quel état
se trouve le monde, c'est certain qu'il y a encore beaucoup
de raisons de l'ouvrir mais il faut faire attention à
ce que l'on dit, argumenter, prendre des exemples précis,
aller sur le terrain
comme Jaz le fait et en ce sens,
il est un leader. Mais il y a aussi un temps pour tout et
personnellement, je préfère parfois rechercher
la beauté dans ce monde plutôt que de me lamenter
sur notre sort. C'est la même chose au niveau du groupe.
Il y a en revanche toujours eu une grande colère
dans les textes (et la musique !) de Killing Joke; penses-tu
que la colère soit une réponse suffisante
?
Je ne sais pas et de toute façon pour être
honnête, je n'ai pas lu toutes les paroles de Jaz
(!) parce que je ne suis pas vraiment un littéraire
Quand les gens me parlent de tel ou tel titre, parfois je
ne sais même à quoi cela correspond ! Je suis
par contre évidemment sensible au contenu émotionnel
des textes mais disons que c'est plutôt le rendu au
niveau du chant qui interpelle l'oreille du musicien que
je suis. Ainsi va la vie. Quant à la colère
qui habite les paroles de Jaz, je sais qu'il ressent ça
intensément compte tenu de ses recherches et de sa
propre réflexion. Il est question de peur et de conflit,
mais c'est un conflit qui caractérise en fait toute
l'histoire du genre humain et sa source remonte à
la nuit des temps. Pour en savoir plus sur ces questions
d'ordre préhistorique, voyez donc avec lui.
Le coût de la vie (et de l'habitat), est-ce
là la raison qui vous a fait quitter Londres pour
la Tchéquie ?
Disons que la motivation n'est pas uniquement économique
parce que c'est sans compter le charme de la Bohème
(!) qui me rappelle un petit coin de pays où j'habitais
étant gamin dans les années '60, et je suis
un peu nostalgique de cette qualité de vie passée
qui caractérisait les villages pittoresques de la
campagne anglaise. Privés progressivement de leurs
pubs, écoles, postes, marchés etc. ces villages
à dimension humaine ont aujourd'hui disparu, à
moins d'aller en Cornouaille ou près de la frontière
écossaise. Il ne reste plus dans leurs rues anonymes
que des magasins d'antiquité et des agences immobilières
Tu y retourneras un jour ?
Je n'en sais rien mais c'est vrai que j'aimerais bien avoir
un endroit cool là-bas pour vivre.
Et comment ça va le temps du côté
de Prague, c'est plutôt grippe aviaire ou bien ?
Mouais
Sûrement encore un sale coup de la CIA
qui aura balancé des germes dans la nature en Asie
! Et depuis c'est parti "out of control". Dommage
que l'on ne soit pas autorisés à flinguer
tous ces putains de bâtards d'oiseaux migrateurs surprotégés;
je sais, c'est pas politiquement correct
Bon ok, je
le concède: c'est tragique, alors je vous conseille
de manger des lapins ! Faites donc comme moi, mangez des
putains de lapins !
En dehors du lapin aux pruneaux
quels sont
donc à court terme les projets de Killing Joke ?
On commence la tournée le 2 avril en Angleterre et
après
ce sera sans doute un long et chaud été
sur la route avec moult festivals à la clé.
So long
Laurent
Zine avec Philippe "Jes" Brun
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