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Bonjour chez vous et bienvenue en dédécembre. Mais avant de s’interroger sur ce que nous mijote l’hiver dans notre dos, Dada espère simplement que vous avez pleinement profité de ce mois de novembre meurtrier tant les concerts étaient légion dans les salles et sous les chapiteaux de toute la région... Si ce n’est pas le cas, dommage pour vous parce qu’avec la trêve des confiseurs, les atmosphères chaudes et enfumées se feront plus que rares si ce n’est pour les sempiternelles dindomarrons. Reste alors l’option feu de cheminée, peau de bête et… bon bouquin. Et dans ce cas de figure, après vous avoir conseillé à la rentrée la lecture de Please kill me qui relatait façon nihilisme - sexe - loose - drugs & punk’n’roll, l’explosion du rock underground new-yorkais dans les seventies, voici son remarquable pendant en version hip-hop : Can’t stop won’t stop. Une histoire de la génération hip-hop, le pavé de Jeff Chang aux éditions Allia (25 € pour 632 pages). Un livre incroyablement documenté, écrit par un monsieur qui connaît son affaire pour l’avoir vécue de très près, tant en qualité de journaliste spécialisé que de cofondateur du label SolesSides (qui sortira Dj Shadow entre autres). Can’t stop won’t stop (d’après la devise du gang des Crips de Los Angeles) est ainsi la passionnante histoire du mouvement hip-hop américain englobant la pratique du rap des MC’s (masters of ceremony), du graff, de la break dance et de l’art du dejaying. Les quatre composantes et modes d’expression du hip-hop, intimement liés depuis sa lointaine genèse dans les ghettos de West Kingston en Jamaïque jusqu’à son avènement dans l’enfer urbain du South Bronx à New York. Ou comment les revendications puis le discours de rupture de la communauté afro-américaine, délaissent progressivement le terrain du politique pour conquérir celui de la culture à la jonction des années ’70 et ‘80. Et engendrer une véritable contre-culture, spécifique aux blacks à ses débuts, héritée quant à ses formes musicales de locution des incantations de certains prêtres baptistes lors du sermon durant la longue période de conquête des “droits civiques”, comme de la façon d’haranguer la foule qui caractérisait les toasters jamaïcains embarqués sur leurs sound-systems mobiles. Ainsi, en reprenant d’emblée à son compte les théories sécessionnistes et afro-centristes (depuis Marcus Garvey) comme les manifestes du Black Power (voir entre autres le by any means necessary de Malcom X), le rap est donc à l’origine synonyme de combat politique et de regain de fierté pour les noirs américains, bien avant qu’il ne devienne une véritable poule aux œufs d’or pour les compagnies de disques. De la Zulu Nation d’Afrika Bambaataa au Fear of a black planet de Public Enemy, Jeff Chang analyse sans complaisance dans la 1ère partie de son livre le "message" inhérent au hip-hop sans jamais mésestimer les racines socio-économiques, artistiques et politiques du phénomène. La 2ème partie du livre est consacrée au versant côte ouest de l’Histoire… incluant l’apparition du “gangsta rap” représenté par des groupes (voir Niggers With Attitude et consorts) nettement moins impliqués quant à l’état de conscience politique de la communauté afro-américaine et nettement plus inspirés par les grosses bagnoles et bagouzes… assorties de la panoplie de flingues en vogue et en vigueur dans les banlieues interminables du “grand nulle part” (Hell A). Mais c’est ici résumer un peu vite cette Bible de la saga du hip-hop qui a complètement bouleversé lors des 20 dernières années du 20ème siècle et le paysage musical et le paysage sociopolitique aux USA avec les répercutions que l’on sait dans le monde entier et principalement en France. Alors si jamais vous aviez prévu d’investir dans une Bible à Noël… Pensez au top du hip-hop. Et puisque l’objectif de départ de cette chronique était de vous causer de concerts, sachez que de dignes représentants actuels du hip-hop cool en version gymnastes de la bouche et du rythme, The Roots, seront le lundi 4 décembre au Transbordeur. The Roots justement, parce qu’il est toujours salutaire de connaître les origines sociohistoriques d’un phénomène avant d’en apprécier les effets. Et quel que soit le sujet que l’on aborde. À bon entendeur… et surtout Happy New Yea(h)r !
Laurent Zine |