|
Crâne
rasé et guitare en bandoulière, quelques tatouages
souvenirs d'une jeunesse un peu dissolue, et gouaille rentre
dedans, Emmanuel Da Silva ferait plutôt office d'enfant
terrible. A 30 ans, cet écorché rebelle a
déjà pas mal bougé, Nevers, Marseille,
Brest et maintenant Dinan. Éternel prospecteur de
projets musicaux posant rarement ses valises. A l'âge
de 12 ans, là-bas à Nevers, il rejoint les
punks de Mad Coackroches, iroquoise verte et guitare en
guise de passeport. A 15 ans, acoquiné à d'ex-Tambours
du Bronx, il tourne trois ans durant avec Punishment Park.
21 ans, peut-être le début de l'âge de
raison, il calme le jeu. Vénus Coma voit le jour,
puis l'éphémère Mitsu
Tel le
Phénix renaissant de ses cendres, Da Silva n'a jamais
jeté l'éponge, continuant inlassablement et
compulsivement d'écrire des textes. "Tu te
souviens comme t'étais belle si belle les jours d'été." Avec Décembre en été (cf. 491 sept),
il s'offre un joli album, 12 vignettes intimistes entre
chanson, rock et nostalgie. Influence inconsciente de ses
racines portugaises et du fado qui l'a bercé, certainement. "Lorsque tu écoutes Se fendre les joues,
tu retrouves des guitares portugaises et ces ambiances nostalgiques." Style singulier et voix rugueuse pour musique pudique et
bouillonnante. "Ma musique n'est pas minimaliste,
elle est simple. Je recherche la sensation. L'effet physique
immédiat que ça procure. Ça te rend
triste, joyeux
Ça te donne envie de bouger
la tête les épaules, les pieds; ça t'emmène
ailleurs, ça te fait t'allonger pour écouter." Da Silva, finalement, ne s'est guère écarté de sa ligne de conduite initiale. "Oui, j'ai commencé
par le punk-rock. Je crois qu'aujourd'hui dans ma musique
il n'y a pas plus de 3 accords. Mes chansons sont courtes.
Celles des Ramones aussi ! Je parlais déjà
de sentiments, de politique, d'humanisme
et j'en parle
encore. Quinze ans plus tard, j'ai juste acquis une maturité.
Avec Venus Coma, trio dark-folk très dépouillé,
j'étais déjà à la guitare folk.
Tout comme aujourd'hui, tout est acoustique, pratiquement
sans guitares électriques. Pour moi c'est vraiment
dans le prolongement. Chez Mitsu je touchais plus au texte
j'avais trouvé la veine. Avant je ne savais pas aller
droit au but, tout était compliqué, je prenais
des traverses. J'ai réussi à épurer."
De ses années turbulentes, il a gardé quelques
stigmates flagrants : jeune homme excessif, désinvolte
("Parce que je pars un peu dans tous les sens"),
pudique et écorché vif ("
je
ne sais pas dire les choses. Pas dire aux gens que j'aime
que je les aime; quant à ceux que je n'aime pas je
ne les vois pas c'est plus simple !"), primesautier
pour ne pas se dévoiler. Surtout pas. Il souffle
le chaud, le froid. Avec des textes à deux lectures. "J'utilise souvent des métaphores, je passe
par le prisme du couple pour exprimer des idées.
Je parle du temps extérieur pour la politique (Une
Eclaircie), de chance personnelle pour exprimer l'échappée.
Avec La Traversée, j'évoque plus l'histoire
d'un homme qui n'arrive pas à quitter son enfance
que celle d'une séparation." Artiste engagé,
Da Silva ? oui, peut-être. "Je suis un citoyen
engagé. Non, plutôt, un citoyen tout court.
La vie sociale m'intéresse, plus que jamais aujourd'hui.
La défense de la liberté sous toutes ses formes
d'expression de vie; la liberté de chacun; le droit
m'intéresse, le devoir aussi bien évidemment
"
Cet iconoclaste (il revendique des influences qui vont des
Clash aux Ramones en passant par Syd Barret, Daniel Darc,
Miossec et la musique classique) a donc passé l'examen
de sortie d'album avec brio (50 000 exemplaires vendus,
un single L'Indécision en boucle). Da Silva renoue
enfin avec la scène. Il aime la scène, le
contact avec le public, l'idée de partager, d'avoir
une tribune pour parler. Ce qu'il promet ? "Sur
scène, on est quatre. Il y a de longs passages instrumentaux
qui s'intercalent sur mes morceaux. J'ai besoin de réadapter
les titres pour la scène. Alors oui forcément
ce sont les mêmes mélodies, les mêmes
instruments, les mêmes paroles. Mais c'est vraiment
fait pour emmener les gens ailleurs. Des morceaux très
dépouillés, où je suis seul avec ma
guitare, très acoustiques et des parties très
dynamiques."
Anne
Huguet
|