|
Arménie.
Orphelines à cause du séisme, Sevan.
1989
|
|
Antoine
Agoudjian
photographe
de la mémoire
Les
photographies d'Antoine Agoudjian ont une charge émotionnelle
rare, que nous soyons devant ces visages photographiés
en Irak dans un camp de réfugiés dans les
faubourgs d'Erbil en 2004 ou bien à Karabagh en 1996
face à ces réfugiés du couloir de Latchine,
on ne peut ensuite oublier ces visages, ces regards liés
à l'histoire de l'Arménie. |
|
Le négationniste a encore frappé. Le 24 avril
était inauguré à Lyon un Mémorial
du génocide arménien. Le lieu : Place Antonin-Poncet.
200 policiers pour sécuriser le lieu suite à
la manifestation que la Préfecture de Lyon avait
autorisée le 18 mars et pendant laquelle une grande
partie des manifestants turcs ne se sont pas gênés
pour vociférer des slogans purement négationnistes
du type "non au mémorial d'un prétendu
génocide" allant jusqu'à nier le
génocide.
On sait que la Turquie s'enlise depuis toujours dans les
voies du mensonge concernant cette partie de son Histoire.
Préambule à l'année de l'Arménie,
la Bibliothèque Municipale de Lyon présente
jusqu'au 1er juillet les photographies d'Antoine Agoudjian
sous le titre Les Yeux brûlants, les Arméniens
1989-2005. Une exposition qui fait le point sur le travail
du photographe. Son parcours "en quête des empreintes
et de la mémoire d'un peuple, de mon peuple
J'ai poursuivi ma quête à Jérusalem,
au Liban, en Syrie, en Anatolie, en Arménie, puis
en Irak et en Iran." Des photographies sur les lieux
et les gens qui font l'Arménie, cette terre et ces
hommes si souvent malmenés. Des images magnifiques
d'un noir et blanc tendu comme une douleur vive. Un livre
Les Yeux brûlants - Mémoire des Arméniens
(collection Photopoche/Actes Sud) vient de sortir en mai.
Vous avez un parcours atypique, en 1988 il y a un tremblement
de terre en Arménie, vous vous rendez là-bas
avec une ONG. Est-ce à partir de cet instant que
votre travail de photographe s'inscrit dans cette quête
communautaire ?
J'ai débuté la danse arménienne
dès l'âge de 5 ans et la quête autour
de mes racines s'est affirmée au contact de troupes
professionnelles d'Arménie, j'ai constitué
en 1988 un dossier que j'ai soumis au Ministère de
la Culture d'Arménie afin d'effectuer un stage à
l'Académie de Danse. J'allais partir comme stagiaire
quand en décembre 1988 il y eu le terrible tremblement
de terre. Je me suis donc rendu en Arménie avec l'aide
humanitaire accompagné de mon matériel photo.
Au cours de cette expérience humaine forte, ma sensibilité
s'est exacerbée et s'est transformée en énergie
créatrice. J'ai débuté comme ça
mes premières photographies.
Pouvez vous nous dire quelques mots sur votre rencontre
avec Robert Doisneau en 1992 ?
Il fait partie de mes maîtres de vie, il lui a suffit
de comprendre ma démarche pour aimer mon travail,
sans aucune arrogance. Si la sagesse est un but pour certains,
Robert Doisneau en est un modèle.
Il y a ce génocide jamais reconnu par la
Turquie, qui est comme une blessure supplémentaire.
En mars nous avons vu à Lyon les Turcs négationnistes
redire "non à la reconnaissance du génocide
Arménien". Que vous inspire de tels comportements
?
Ces comportements peuvent avoir trois visages : Le premier
étant tout simplement que certains sont sincères
car c'est ce qu'on leur a appris en Turquie, d'autres ne
justifient leur vie que par la haine de l'autre et les derniers
connaissent l'Histoire mais pour des raisons politiques
ne veulent pas la reconnaître. Ces derniers sont des
négationnistes.
Votre travail autour de l'Arménie vous amène
dans différentes parties du monde, notamment au Moyen-Orient.
Comment vivez-vous à ce moment-là ce voyage
et peut-on le qualifier d'initiatique ?
Mon travail est sur l'histoire des Arméniens. Un
peu comme un archéologue, un lieu exacerbe mon imaginaire
et développe mon introspection. Ce serait donc initiatique
si je ne maîtrisais pas le sujet mais en réalité
je ne traite pas un sujet de l'extérieur je cherche
une image de ce que tous les grands-parents arméniens
rescapés nous ont raconté.
En regardant l'exposition de vos photographies ont
est frappé par la qualité des tirages, un
noir et blanc rare, très contrasté. C'est
le résultat de votre travail dans votre laboratoire.
Chaque expression artistique, nécessite une base
technique solide afin qu'un jour l'on puisse faire place
à sa créativité si elle existe. C'est
pourquoi j'ai effectué 20 ans de labo, non subis
car en réalité cela a été une
conjugaison de rencontres qui bonnes ou mauvaises m'ont
permis d'avancer dans ma quête.
Il y a comme actualité vous concernant un
nouveau livre qui vient de paraître en mai ayant pour
titre Les Yeux brûlants - Mémoire des Arméniens.
La mémoire comme leitmotiv de votre travail.
Il y a je pense deux façons ou deux écoles
pour construire sa vie. La première étant
de ne pas se préoccuper du passé en considérant
qu'elle peut nuire au présent et au futur. Que sa
construction personnelle et son équilibre propre
a le devoir d'occulter cette mémoire. La deuxième
école, qui est la mienne, considère quant
à elle que c'est en puisant dans la mémoire
et en comprenant les raisons profondes de nos angoisses
et de nos frustrations que l'on peut trouver un apaisement.
Jusqu'au
1er Juillet, Bibliothèque de la Part-Dieu, 04 78
62 18 00
Bruno
Pin
|