|
Vous le savez peut-être, l'occident vit en ce moment, entre autres choses moins importantes, une vague Garage-rock. Les Hives et tout une ribambelle de groupes en tête desquels caracolent fièrement les White Stripes tiennent le haut du pavé. Après des années d'hégémonie electro-techno-bazar-dance, la chose n'est pas déplaisante. Elle fait même très plaisir. Évidemment nous ne sommes qu'en France et cette vague a du mal à envahir nos ondes, ce pays ayant toujours préféré s'engluer dans les produits préfabriqués par les majors, la variété et la musique facile en général. Reste que cette vague garage-rock n'est pas en soi une nouveauté.
Depuis 1976, date à laquelle certains petits blancs ont décidé qu'il était temps d'en finir avec l'entité pachydermique qu'était devenue la musique pop (on ne pouvait plus parler de rock'n'roll depuis longtemps), des types se sont échinés à débarrasser la bête de son gras inutile, de sa prétention et de ses manières de diva hollywoodienne. On s'est mis à tailler, cisailler, racler jusqu'à ce que fatalement certains se disent qu'il n'y avait qu'à faire le chemin à l'envers. Revenir aux racines du truc. Avant que tout le bordel ne se transforme en un ridicule marécage d'auto indulgence et de prétention. Avant 1970 pour simplifier. Des types se sont souvenus qu'à cette époque on bricolait des morceaux de génie dans son garage, qu'on enregistrait en une heure sur quatre pistes des tranches de vie de deux minutes, que n'importe quel outsider pouvait connaître son heure de gloire en contant ses réactions psychotiques ou les 96 larmes qu'il avait pleurées sur une garce de son lycée. Certains ne sont jamais revenus de ce voyage. Les Embrooks par exemple. Que ce soit au sein des Mystreated, Head and The Hares ou Dirty Burds, les trois n'ont jamais dévié de leur trajectoire. Les Embrooks se sont perdus dans l'espace-temps. Mais alors que la grande majorité de leurs compagnons de voyage s'obstinent à piller les 60's américaines, les fameux garage-bands originaux, toute l'alchimie de nos Londoniens se situe au moment où le swinging London commence à se sentir à l'étroit dans la formule pop. En l'instant précis, précieux, où le beat survolté s'apprête à sombrer dans le psychédélisme. Sugarcubes and Purple-hearts ! Freakbeat ! Fragile point d'équilibre ou de rupture qui a donné Making time aux Creation, Psycho daisies aux Yardbirds ou I can see for miles aux Who. Les Embrooks ont élaboré à partir de cet instant suspendu une uvre complète. Des morceaux bien plus sophistiqués que ce qu'ont pu enregistrer tous les Standells, Seeds ou Chocolate Watchband de la terre. Des choses que je qualifierais presque de délicates si elles n'étaient pas servies avec une énergie propre à balayer un bataillon complet de graisseux Suédois. Attention, rassurons tout de suite les mauvais coucheurs, les Embrooks ne se contentent pas de mimer. Rien à voir avec une fanfare pour musée Grévin.
Rien de tout ça. Les Embrooks, tels des diables sortis de leur boîte, arrivent tout droit du Crawdaddy, du Marquee ou de l'Ufo de 1967 et sont décidés à repeindre notre morne quotidien à grands coups d'électricité et de couleurs. Leurs couleurs. Purple with red flashes auraient dit les autres. Ils débarquent avec armes et bagages au CCO le Samedi 12 février et croiseront pour l'occasion d'autres carbonisés au monoxyde : les Playboys, vétérans de la cause Beat et les Purple Lords, jeunes apprentis sourciers lyonnais.
Rendez-vous au Sirius la veille, une bande de tourneurs de disques sélectionnera gratuitement pour vous le meilleur en matière de Soul, garage-punk, rhythm and blues, rocksteady et autre freakbeat S Histoire de se mettre l'eau aux oreilles.
Marc Prempain |