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Rien de tel qu'un bon coup de rouge pour se remettre d'un hiver décidément trop froid.
Après la sortie de son quatrième album (déjà !) Nothing to celebrate (Universal), Red a démarré une tournée qui, avant le transbordeur, s'est arrêtée à Evreux. Ville pas forcément rock & roll et pourtant, alors que Jacques Villeret vient d'y lâcher son dernier souffle, Red et ses acolytes prennent d'assaut L'Abordage (seule salle de France à avoir reçu les Baptist General, sacrée référence
). Et c'est la claque, le groupe n'est pas là pour gentiment rejouer le disque : très rentre-dedans dès le premier morceau, le set de deux heures sans temps morts sera définitivement rock. Même Dylan et I'll be your baby tonight est l'occasion d'une reprise limite punk, quelque chose du Gun Club dans la puissance et le son.
Dylan, la référence qui ne fait jamais deux concerts identiques, même constat réjouissant avec l'homme à la tête de Lénine; au risque de bousculer les pantouflards, Red est imprévisible. Mais le groupe accumule les heures de vol et ça s'entend, ça joue du tonnerre. Guitares au scalpel, loin des bavardages vains du genre - batterie subtile et assurée, à l'écoute (c'est tellement rare) - un clavier enfin, orgue ou piano, qui lie la sauce à merveille, avec discrétion, quelques pincées de folie en prime. Et Red évidemment, que ceux qui espèrent encore y retrouver un clone de Tom Waits ou de Johnny Cash passent leur chemin. Sans renier ses influences, le rouquin suit son chemin droit devant, droit dans l'ampli, avec cette voix unique immédiatement identifiable et pourtant protéiforme, tantôt caverneuse, tantôt lumineuse, la mélodie lâchée d'un souffle, le chant au bord du cri. Il y a quelque chose du clair-obscur dans cette musique, tour à tour roborative et bouleversante, jouissive et dépressive. On exigera beaucoup de rappels, il existe des trésors cachés.
Red et les siens ne plaisantent pas avec la scène, et comme tous les bons crus, avec le temps, ça ne peut que se bonifier.
Vincent Domeyne |