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...Côté spectacles !
De la Turakie en plein air à la Dance floor Berlinoise, le Festival Les Intranquilles, se pose autour d'une réflexion sur l'état de spectateur et la notion de représentation, avec des créations originales. A y regarder de plus près, une chose fondamentale traverse les pièces présentées
et c'est le corps
qu'il soit dans le réel, la poésie ou l'imaginaire !
Démarrer le mois de juin en Turakie, à la belle étoile, dans le Parc de la Villa Gillet et s'inventer un ailleurs, ça donne plutôt envie, non ? C'est avec 17 bis rue d'un dortoir d'îles, que le metteur en scène Michel Laubu nous propose un voyage dans l'imaginaire, fait d'objets et d'espaces réinventés, entre le ciel, la mer, un aéroport, dans les plis d'un drap ou au bord de l'écume. Des lieux, des histoires qui permettent à notre corps de flotter dans une aventure, à la fois de groupe et intime
Autrement intéressante, la pièce Ersatz du chorégraphe Alexandre Roccoli. Directement inspirée par la gestuelle du Dance floor de la scène électro berlinoise, elle nous plonge au cur d'un processus de création qui joue sur le geste instinctif et sa mémorisation réinjectée en simultanée par l'image vidéo, pour inventer et créer la pièce en direct. Pour faire écho à ce travail, une heure avant ce spectacle, l'Allemande et docteur en philosophie, Nanna Heidenreich présente Facing. Réalisée à partir d'une installation vidéo, avec la présence de 4 femmes sur scène, cette création est une réflexion sur comment on crée son propre discours, en utilisant celui de l'autre, en le mémorisant, en sélectionnant ses propres urgences à dire et pour finalement construire sa propre différence. A l'évidence, il s'agit d'une recherche sur l'identité tout court mais certainement aussi, sur l'identité féminine
Autre artiste à découvrir, le chorégraphe Autrichien Philipp Gehmacher, avec Incubator, autour d'une exploration du mouvement qui permet de mettre en espace, des sentiments, des états mentaux par un corps vivant, sur des musiques violentes, mélancoliques ou dramatiques. Egalement le chorégraphe, Rémy Héritier et sa pièce Arnold versus Pablo. On retrouve ici, une approche de la danse qui rappelle celle de Laurent Pichaud lors de son dernier passage aux Subsistances. Dans l'espace d'un gymnase, il interrogeait la danse visible et celle, invisible, qui laisse place à notre imagination. Le jeune chorégraphe réussira-t-il à nous garder, là où Laurent Pichaud nous avait abandonnés ? Ballade des corps dans un lieu qui n'existe pas. C'est ce que propose Laurent Mulot avec Middle of nowhere, une installation multimédia (vidéo, sons, images photos). Plasticien, il découvre en Australie, au milieu d'un désert, la ville de Cook, une ville fantôme sur une ligne ferroviaire, avec un train par jour et deux habitants. Il crée alors le réseau des centres d'art contemporain fantômes et nous propose d'y pénétrer. Virtuellement ou réellement ? Et puis, avec le corps, la voix et le violon, Violaine Schwartz (comédienne) et Dominique Pifarély (violoniste) célèbrent l'univers du poète roumain, Ghérassim Luca. Un duo tendu, sensuel, qui jouit de la liberté d'écriture dont s'est emparé le poète, il y a 40 ans déjà !
...Côté lectures !
Le Tango de la Rue, la Villa Gillet, les Subsistances, Cassoulet, Whisky, Ping-Pong, le Musée des Beaux Arts, la Librairie Vivement Dimanche, le Bistrot Fait sa Broc, le Modern Art
Tous ces lieux lyonnais accueillent, jusqu'au 17 juin, des lectures autour de textes, faites par des comédiens et aussi par leur auteur. Car le plus génial dans tout ça, c'est qu'ils seront tous présents, en live et avec nous !
Y aurait-il un lien entre les états dans lesquels nous mettent notre rapport à la nourriture et nos comportements d'humains ? La réponse est peut-être dans Le Garde-manger du diable de Jim Crace, qui vient en lire des extraits aux côtés de Jean-philippe Salério et Olivier Rey. Amers, sucrés, aphrodisiaques, violents, vénéneux, ainsi seront sans doute, les mets et les mots de ce livre. L'auteur anglais David Lodge vient s'amuser et nous lire son portrait d'Henry James L'Auteur ! L'auteur !, tandis que Marcel Bozonnet lira les nouvelles d'Henry James. Joli duo, pour découvrir l'homme dans son rapport à l'écriture et l'écriture elle-même. Sera-t-on dans l'évocation de ce qui pourrait être le véritable amour avec Jacques Henric ? Il lira son texte, avec sa femme Catherine Millet, Comme si notre amour était une ordure, et qui parle de ces moments, où sur grand écran, il la voit dans des jeux érotiques avec un autre homme, affirmant que rien ne pourra abîmer leur amour. Plus politique, l'Argentin Leopoldo Brizuela lira avec Ana Benito Le Plaisir de la captive, des chroniques écrites pendant sa captivité, retraçant la mémoire écrasée de peuples indigènes. Mémoire encore, avec Pierre Michon lisant Vie de Joseph Roulin, sur le facteur Roulin qui croisa en Arles, en 1888, Vincent Van Gogh. Un travail autour d'un personnage que l'écrivain sort de l'anonymat par une écriture faite de traces, de couleurs et de détails impressionnants. On retrouvera la fulgurante Christine Angot autour de son texte Une Partie du cur, un regard sur le sens de son écriture aujourd'hui, après tous ses livres précédents. Rapides, rageuses, profondes, ainsi seront les Petites Histoires noires, lues par son auteur, Marcello Fois, chef de file du roman noir italien, aux côtés de Paola Comis. Pierre Baux, Violaine Schwartz et Célie Pauthe seront réunis pour lire Le Dictionnaire des onomatopées de Pierre Enckell et Pierre Rézeau et Le Dictionnaire des jurons (Pierre Enckell). Y aller, rien que pour Pierre Baux, car on devine déjà l'intensité de ce comédien à l'intérieur de tous ces mots et ces sons. Et puis, ne pas oublier de se laisser porter par cette rencontre que nous propose Marie Darrieussecq, autour d'auteurs qu'elle aime (Michel Butor, Nathalie Sarraute, Arno Schmidt, Hervé Guibert) et qui ont enrichi son écriture. Le 17 Juin, soirée de clôture, sera une soirée "Transatlantique". Avec ce français, exilé aux Etats-Unis, Raymond Federman lisant des extraits de son uvre, suivi par un autre américain, Theo Hakola qui nous fera découvrir son roman La Valse des affluents, en chansons et en musique. Il y sera question de passion, d'amour et de révolte
Martine Pullara |