ARCHIVES
2005

JANVIER N°100
Peuple de l'Herbe
Angelin Preljocaj
Boris Charmatz
Guy Walter, les Subsistances

FEVRIER N°101
Ez3kiel
The Embrooks
Bertrand Betsch
Institut Cervantès
Ariane Mnouchkine
(1ère partie)

MARS N°102
Improvisators Dub
Grnd zero
Association Survie
Red
Franck II Louise
Ariane Mnouchkine
(2ème partie)

For The Beat-Punks

AVRIL N°103
High Tone
Tinariwen
Les Trois-Huit
Joann Sfar
Dennis Lehane
The Fall

MAI N°104
Nuits sonores
Disk'Over
Jean-Louis Sakur
Mathurin Bolze
The Brian Jonestown Massacre

JUIN N°105/106
Les Intranquilles
Forum Réfugiés
Keith Jarrett
The Stooges

SEPTEMBRE N°107
Grnd Zero
Jun Märkl
La Hors De
Noah Gelber
Russell Banks

OCTOBRE N°108
Dimitri Naéditch
La Phaze
Le Bleu du Ciel
Mark Tompkins
Abou Lagraa

NOVEMBRE N°109
Kali Live Dub
The Young Gods
Avatarium
Klotserman
Kwal
Serge Teyssot-Gay & Khaled Aljaramani
Michel Raskine
Gilles Pastor
Biennale d'Art Contemporain
Hamid Ben Mahi

DECEMBRE N°110
Christian Schiaretti
Gwenaël Morin
Philippe Manœuvre
The Gun Club

  OCTOBRE N°108  

 

La Phaze

2005 pourrait bien être leur année. Après une véritable offensive festivalière où ils ont cassé la baraque, les revoilà plus emportés que jamais. La Phaze est un trio hystérique bien décidé à ne pas s'en laisser conter. Improbable réunion d'un rappeur hargneux (Damny), d'un guitariste énervé (Arnaud, c'est un ex Hint) et d'un DJ nerveux (Nevrax). Leur musique est un impossible agrégat de jungle et de punk, la pungle comme ils aiment à le dire. "Avec beaucoup de guitares, l'énergie de la drum'n'bass, puis des chants hip-hop et ragga. C'est une espèce de grand melting-pot, un grand mix des genres", à entendre Damny. Un inextricable nœud sonore qui fait se marier machines, bandes enregistrées et guitare rock jouée live.

Premiers balbutiements chez Jarring Effects (Cushy Time), auxquels succède Pungle Roads, essai grand format (chez les feus Small Axe, en 2002). Album un peu laborieux qui manque d'unité et ne convainc pas à 100 %. Pas grave. Après un concert d'anthologie à Millau (au grand rassemblement altermondialiste du Larzac, en 2003), ils tapent dans l'œil (l'oreille, plutôt) des Chao, Zebda ou Asian Dub Fondation. Bingo. Tournée latine en première partie de la smala Chao puis une nouvelle étiquette de groupe engagé. Juin 2004, ils sortent Fin de cycle, sorte de brûlot guerrier et vindicatif. Soit 14 titres entre machines et guitares, entre drum'n'bass et rock, entre toast ragga et hip-hop scandé. Autre dada du groupe, un militantisme un peu trop schématique et un tantinet basique qui vilipende la bande à Sarko, dénonce la précarité, le pouvoir des médias, la constitution européenne…
De toute manière, La Phaze est avant tout un groupe de scène qui se déguste pleinement live. Mélange explosif de guitares, de machines, de scratches et de textes farouches. Le trio fait monter la pression; on se surprend à lever le poing -vieille réminiscence de nos années rebelles ! Il y a une urgence dans le propos et un peu de punk attitude qui font un bien fou. Tout à la fois dansant et énervé, jouissif c'est sûr.

Le métissage ça évoque quoi ?
Artistiquement, peut-être, le fil conducteur… ou en tout cas l'un des 10 commandements de ce qu'on s'est toujours imposé en terme de recherche musicale.
Application pratique ?
Sur cet album, on a convié quelques invités dont une chanteuse israélienne (O'Nili), Mouss & Hakim (nb, sur l'excellent Dangerous Dub), Rocky le batteur d'Asian Dub… Je crois qu'on n'a pas d'œillères dans le groupe, on aime découvrir d'autres choses, on aime partager… aussi bien des idées, des bouquins, le cinéma… et bien sûr la musique.
La Phaze, groupe authentique ?
On reste authentique du moment qu'on demeure sincère dans notre démarche et qu'on transpire sur scène. Peut-être difficile à préserver quand tu grandis car le confort a toujours quelque chose d'intéressant et facile. On essaie vraiment de préserver ce côté authenticité et urgence. Faire attention à ne pas tricher sur ce qu'on est.
On parle souvent de vous comme des agitateurs, des rebelles… Vous êtes un groupe engagé ?
Alors oui, on nous range du côté des gens engagés car on a un discours politisé. En fait, on serait plus dans un rôle d'observateur, de commentateur… Moi, je pense qu'en tant qu'artiste tu as un peu un rôle de porte-parole. Oui, on peut et on a même le devoir de relayer le malaise et tous ces problèmes. Mais, attention, le discours politique dans la bouche d'un artiste a quelque chose d'ambigu. Dans la mesure où ça reste plus proche de la poésie révolutionnaire, je trouve que ça a plus de sens.
(La Phaze milite régulièrement et soutient ponctuellement des actions citoyennes, tel Le Festival Colère Noire à Rennes, 28/09).
Vous avez un cheval de bataille ?
Ce qui nous tient le plus à cœur aujourd'hui… ? Peut-être toute cette problématique liée à la culture en France. Cette standardisation, cette tendance à la pensée et à l'idée uniques… En tout cas, cela nous donne vraiment envie de nous battre. On a besoin d'être actif et de bouger pour lutter contre cet état de fait.
Y a-t-il un fil conducteur dans votre histoire ?
Pour moi, je crois que c'est l'aventure et l'expérience humaines. La Phaze c'est 3 mecs sur scène mais c'est aussi la même équipe depuis le départ. C'est une famille avec ses défauts, ses qualités et ses trucs un peu lourds…
Il y a une éthique chez La Phaze ?
Bonne question. Ce que je peux dire, c'est que nous sommes des gens plutôt sains et sobres. On se respecte, on a envie de faire avancer les choses et d'aller tous dans la même direction avec la même énergie.
La Phaze subversif ?
Dérangeant plutôt. On cite des noms, on s'attaque à de réels problèmes et on pose plutôt sans complaisance et douceur les choses telles qu'elles existent. Oui, on n'est pas en phase avec le gouvernement actuel; on n'est pas très chaud avec les médias -genre TF1… Ils ont le pouvoir, ils relaient et montent en épingle ce qu'ils veulent.

Anne Huguet