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Lyon
Calling to the Riddim Collision
L'inauguration au Transbordeur de la 7ème édition du
festival Riddim Collision a coïncidé en ce mercredi 26
octobre avec la fin du Lyon Calling Tour 2005, qui a réuni
pendant six semaines sur les scènes de quasi toute l'Europe,
trois groupes du cru en parfaite symbiose. Ainsi Meï Teï
Shô, High Tone et Le Peuple de l'Herbe, entourés qu'ils
étaient par une redoutable équipe technique et logistique,
se souviendront sûrement pendant longtemps de cette tournée
qui aura toujours rimé avec été indien, tant
en matière de météo pure, que de saine émulation
sur les planches et d'harmonie sur la route. On aura même évoqué
un "Lyon Câlin Tour" alors que franche camaraderie,
sourires béats et solidarité de tous les instants, s'entremêlaient
à foison au fil des kilomètres, entre Ljubljana et Mostar
comme entre Prague et Varsovie
Instigateur de ce projet enivrant et aujourd'hui accompli, Jarring
Effects enchaîne directement avec la suite de la programmation
du Riddim Collision (du 9 au 12 novembre entre l'Epicerie Moderne,
le Transbordeur et le Rail Théâtre) dont nous avons choisi
d'extraire deux groupes par interviews interposés (Kaly Live
Dub et les Young Gods), du fait de leur actualité brûlante
englobant tournée et parution d'album. Nous aurions pu aussi
nous appesantir sur le collectif Von Magnet, Binaire (la surprise
du chef en version electro punk), Paral-Lel, B R Oad Way, Grosso Gadgeto,
L'uf Raide (évidemment), Zenzile et tous les autres groupes
et artistes qui inscrivent le festival autant dans la diversité
que dans la découverte qualitative. Nous ne saurions ainsi
vous encourager à jeter plus qu'un il sur cette programmation
(www.jarringeffects.org) et à vous ruer dans les salles de
concerts (!) parce que demain il sera inévitablement trop tard.
Choc des rythmes et collision des cultures, une idée qui suit
son chemin, mais pas sans vous.
Kaly Live Dub,
le souffle du dragon
Comme son nom l'indique, c'est sur les planches que Kaly Live Dub
cultive sa vraie nature et le quintet des pentes prévoit ainsi
d'envahir en novembre les scènes de toute la région,
à la grande joie d'un public actuellement exponentiel. Il n'en
demeure pas moins que c'est en studio que le groupe donne aujourd'hui
sa pleine mesure en publiant un troisième album bien sous toutes
les coutures : Repercussions (Dub Dragon - Yes High Tech - Pias).
Rendez-vous pris avec Steph (machines et porte-parole du groupe) à
la bien nommée Fourmi Rouge, un bon repère pour les
cigales de la Croix-Rousse
NTM en fond sonore, ça aurait pu être pire
Je crois bien que c'est le groupe de rap français que je préfère
considérant son côté "énervé".
Alors justement, même question que pour High Tone : n'est-ce
pas parfois frustrant de faire de la "musique sans paroles"
?
Si un peu d'autant qu'aux débuts du groupe, il y avait du chant
avec des textes plus ou moins engagés, toujours plaqués
sur des accords mineurs. D'un autre côté j'imagine que
la musique est susceptible de suggérer des choses aux oreilles
de chacun. Les paroles ont de plus tendance à "figer"
la musique, c'est-à-dire qu'il est difficile d'échapper
à la structure couplet - refrain
Nous avons donc abandonné
le chant mais en y gagnant une totale liberté de composition.
Kaly est ainsi naturellement devenu Kaly Live Dub en dix ans d'existence
Schématiquement, nous sommes partis du reggae pour arriver
au dub (en "kiffant" au départ les faces B de 45t),
digérant au passage la révolution technologique en ce
qui concerne la façon de construire la musique. Le chant a
disparu avec la section cuivres, alors que nous apprenions progressivement
à bidouiller sur les machines (sampling etc.), tout en nous
intéressant de plus en plus aux diverses tendances des musiques
électroniques : break beat, techno, drum'n'bass etc. Nous avons
donc monté en parallèle Hybrid Sound System (1998) et
avons complètement changé au sein de Kaly la façon
de composer, intégrant petit à petit moult samples et
boucles electro dans des chansons "à tiroirs"
histoire de modeler et remodeler des ambiances, faisant parfois référence
au cinéma alors que nous n'utilisons pas la vidéo.
" Live Dub " : on a déjà une idée
sur vos intentions musicales
alors live plutôt que studio
: live plutôt que d'appuyer sur on/off ?
Kaly est clairement un groupe de scène et c'est là qu'il
s'est construit. Le passage en studio est évidemment obligatoire
mais relativement frustrant parce qu'il s'agit aussi de "calmer
le jeu"
En live, il est toujours possible d'aller plus
loin, de créer par exemple sans filet des atmosphères
"dark" et oppressantes; il y a bien sûr des séquences
prédéfinies mais entre tension et improvisation, le
côté joué reste primordial et à partir
de là, j'ai l'impression que l'on s'apparente plus à
un groupe de rock psychédélique ou progressif ! plutôt
qu'un pur groupe de dub lambda.
Le dub c'est simplement cette base rythmique qui vous permet d'improviser
?
Oui le dub c'est la base. Ensuite effectivement, on est un peu tiraillés
dans tous les sens, avec l'envie de suivre certaines pistes pour y
attirer les gens.
Alors quelles sont les racines de Kaly, les groupes qui vous ont
remués (ou vous remuent) de l'intérieur ?
On a écouté et on écoute toutes sortes de choses
(des Bérus jusqu'à l'electro hardcore en passant par
le jazz, le métal ou le trip-hop
) mais je crois que le
point commun à tous, c'est le dub côté roots des
seventies et je citerai d'emblée King Tubby ou Lee Perry. Personnellement,
j'aime beaucoup ce que font aujourd'hui Amon Tobin ou Jesus de Techno
Animal et je suis ravi d'avoir enfin des "idoles" bien vivantes
! Quant à Kaly, je crois simplement que c'est un compromis
entre nos diverses cultures et influences. Chaque titre est un compromis
entre nous cinq et on ne compte plus toutes les chansons qui sont
passées à la trappe avant d'accoucher de ce nouvel album.
Et de ce déjà 3ème album, êtes-vous
d'emblée contents et comment s'est passé l'enregistrement
au studio The Only One ?
Honnêtement nous sommes comblés, parce que c'est le résultat
d'un vrai travail d'équipe de longue haleine avec énormément
de boulot de pré production en amont. Cet album nous correspond
tout à fait et il me semble ainsi plus varié que le
précédent tout en préservant une énergie
indispensable. Concernant Boudou (ndlr : l'ingénieur son),
il commence à nous connaître par cur et depuis
qu'il s'est mis lui aussi à composer du dub
tout paraît
évident, même si encore une fois, c'est beaucoup de travail.
Votre version du dub semble nettement s'inscrire entre "tradition"
(guitares, orgues etc. avec des sonorités quasi issues des
'70') et "modernité" (machines infernales, distorsion
etc.)
Oui et ce côté "hybride" c'est vraiment nous
: chaque chanson est l'aboutissement d'une interaction à cinq,
imbriquant quelque part et les goûts de chacun du moment et
nos racines musicales que l'on n'est pas prêts d'oublier; c'est
aussi pourquoi l'album s'appelle Répercussions. Je crois qu'avec
ce disque, on a réussi à préciser musicalement
ce que l'on avait dans la tête et d'ailleurs, c'est pas un hasard
si ça vire parfois au psychédélisme entre hier
et aujourd'hui. C'est comme un engrenage !
Théorie : comme une suite logique à Hydrophonic (2ème
album), votre musique semble inciter à l'immersion, au voyage
20 000 lieux sous les mers !
C'est bien possible parce que le dub se rapproche des ambiances sous-marines
avec plein de bulles de son ! Et c'est clair que l'on recherche de
la profondeur et de l'amplitude sonore ne serait-ce qu'avec les reverbs.
En live c'est un peu la même chose : lorsqu'on se retrouve dans
un club pas trop grand (maxi 500 places) et surtout qui sonne; on
a vraiment la sensation d'être dans une bulle.
Continuons avec l'élément Eau : un neptunien qui se
respecte appréciera forcément votre dérive musicale
en position horizontale
vous êtes des adeptes d'une certaine
"cool-itude" ou bien ?
Franchement, on ne peut pas dire que nous soyons zens à la
base
non plutôt punks voire racailles dans l'âme
! Mais comme tu le disais, cette musique est une invitation au trip
et chacun peut le ressentir comme il veut. A notre niveau, c'est d'abord
une question de poils hérissés et on n'hésite
jamais à faire "monter la pression"; seulement ensuite
vient la relaxation
Par effets de vibrations, la musique quoi
qu'il en soit parle au corps, d'où l'intérêt d'écouter
ce disque assez fort !
Un album qui se finit donc (sans eau) dans le désert
Mais avec des couleurs et des images. Et je voyais carrément
dans ce titre de grands espaces façon Boléro de Ravel
mais avec des chameaux et Lawrence d'Arabie planté au milieu
du décor
Fin du disque, début du voyage.
Tu vas d'ailleurs souvent à la pêche aux samples entre
le Maghreb, l'Orient et l'Extrême Orient
Oui et presque pas assez souvent à mon goût. Sans doute
parce que la beauté des musiques traditionnelles de ces contrées
me semble évidente et qu'il y a des limites à la culture
occidentale. Enfin, on va tomber non plus dans la carte postale
Kaly reste un groupe profondément urbain qui utilise des machines,
avec un côté sombre que l'on retrouve dans la musique
anglo-saxonne. Le clash des cultures, on est en plein dedans et c'est
tant mieux.
Dark side
il semble manifeste concernant Kaly ou Uzul Prod (ton
projet en parallèle), que personne ne verse dans le ska festif
!
Non pas vraiment, on joue pour "toucher le mental" des gens,
pas pour les faire marrer. De toute façon, on préfère
nettement jouer dans les festivals avec des groupes de "rock"
décalés plutôt qu'avec des groupes issus des scènes
reggae ou ska parce qu'à force ça devient ennuyant.
J'ai d'ailleurs l'impression que nos "vrais frères"
viennent plus sûrement des scènes punk, noise, hardcore
etc.
Quel regard portes-tu sur la scène ici-bas ?
C'est une scène, un quartier, un réseau, un milieu,
une fourmilière
avec des gens qui ont certainement du
talent et qui ont su se mélanger à un moment ou à
un autre; cela aurait pu arriver ailleurs mais c'est arrivé
ici à la Croix-Rousse, et ça déchire ! Mais surtout
parce que les groupes sont "ouverts d'esprit", qu'ils ne
restent pas coincés dans un style, et ça c'est la grande
force de cette scène
je n'invente rien, il suffit d'écouter
Meï Teï Shô ou Le Peuple de l'Herbe. Concernant High
Tone, c'est disons la famille, on a grandi ensemble, on s'est même
mélangés sur un disque
(ndlr : Kaltone chez Jarring
Effects). Au final, ce qui importe ici c'est la musique et pas de
savoir si untel appartient à telle ou telle chapelle.
Et plus loin dans l'Hexagone ?
J'aime bien Lab° pour leur façon atypique (rock
!) de faire du dub. Ce n'est pas forcément facile d'accès
mais ça fait avancer le schmilblick. Brain Damage aussi. Mais
en fait, je me sens plutôt attiré par des groupes "noise"
barrés, genre Bästard qui a rejoué le mois dernier,
Marypoppers, Doppler
Votre label c'est Dub Dragon et la 1ère chanson de l'album
s'intitule Don't disturb the Dragon; question : sera-ce enfin l'année
du dragon ?
On a bien galéré pendant dix ans alors ma foi, souhaitons-le
! D'autant qu'il me semble que nous sommes aujourd'hui plus matures
et j'espère que cela se ressent aussi dans la production de
ce disque. Peut-être le 1er vrai album de Kaly. Quant au dragon,
on l'a rencontré un jour il y a dix ans au festival de St Amant
Aujourd'hui il est plus que réveillé et impatient d'en
découdre.
Laurent
Zine |