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Nous avions rencontré les "tontons" il y a cinq ans, alors que paraissait leur 1er album chez Jarring Effects
un Opus incertum déjà prometteur quant à l'avenir du groupe sur le devant de la scène. Depuis lors, on pourrait avancer que le quintet des pentes de la X-Rousse a déambulé librement sur tous les territoires de "l'Ethno Dub", s'autorisant quelques expérimentations électroniques parfaitement maîtrisées. A la croisée des chemins menant de la scène à ce 3ème album - Wave Digger (Jarring Effects / Pias) - dans les bacs le 11 avril prochain, High Tone revient aujourd'hui encore plus sûr de son fait et du travail accompli pour décrasser nos oreilles ! Considérant ne serait-ce que la qualité d'enregistrement de ce dernier disque (avec le "sonique spationaute" Jean-Pierre Spirly aux manettes), gageons que les fabricants de cotons-tiges devraient rapidement jeter l'éponge. Rendez-vous pris avec Tonio (claviers), Twelve (Dj) et Dino "Weissmuller" (batterie), autour de quelques tartines d'houmos et de tapenade d'olives.
Pourrait-on dire que High Tone est un groupe qui aime brouiller les pistes ?
On a simplement essayé de changer de schéma pour ce dernier album sans savoir au départ ce que cela allait donner mais surtout pour ne pas se répéter, en intégrant par exemple des séquences hip-hop ou de funk '70
Peut-être que le prochain album sera planant et minimal ? (comme échappé du label allemand Chain Reaction) mais pour l'instant, on continue dans la voie de la musique "touffue" de samples ! En revanche, avec l'album Highvisators de l'an passé (HT + Improvisators Dub), nous étions revenus à des plages carrément reggae roots
et cela brouille sans doute les pistes.
On a l'impression que votre musique voyage souvent jusqu'en Extrême Orient, grâce à une mosaïque de samples
Souvent jusqu'au bout de la Croix-Rousse
parce que c'est là qu'il y a de bons vinyles pas chers (à 2-3€) que l'on peut dénicher en fouinant sans relâche. Et dans n'importe quel disque, quel que soit le genre, il y aura toujours un passage intéressant, une séquence originale à sampler ! Au-delà des vinyles, il est devenu facile avec les ordinateurs de se constituer aujourd'hui des banques de données. Nous utilisons sans doute plus de samples en quantité mais de façon peut-être moins massive ou répétitive; c'est plus un assemblage de petites touches par ci par là.
"mix de dub, d'electro et de musiques ethniques" ?
En fait, dès le 1er maxi, nous sommes partis à la recherche de sonorités orientales et c'est pour cela que nous avions parlé "d'ethno dub", un auto étiquetage permettant d'échapper par la suite à tout une ribambelle de questions "dialectiques"
Genre : partant du dub, votre musique est désormais de plus en plus expérimentale ?
Pas forcément expérimentale même si elle part dans tous les sens, sur la base de rythmes autant jungle que techno ou hip-hop. Le terme dub est devenu pour nous assez réducteur et il n'y a dans ce dernier album que deux titres apparentés dub
Disons que le dub nous a servi de point de départ et qu'on le considère comme le "père des musiques électroniques" : le travail du Dj electro avec son sampler s'apparente à celui de l'ingénieur du son qui travaillait seul en studio à son remix dub, en faisant du découpage et du collage sur des bandes préenregistrées. High Tone a débuté en même temps que l'explosion des musiques dites électroniques
ainsi, tout en essayant d'assimiler le phénomène (via l'utilisation des nouvelles sonorités, techniques de mix et d'échantillonnage etc.), nous avons voulu conserver le côté live de la musique "rock", c à d. live avec de vrais musiciens et pas seulement des machines; on pourrait donc dire au final que l'on fait de la musique électronique " jouée"
De par l'aspect éminemment visuel de votre set, et la faculté que vous avez de tester différentes choses en live, n'y a-t-il pas toujours un risque à enfermer High Tone en studio ?
Le côté fragile de la scène, les interactions avec le public
tout ça est évidement magique, mais en studio on n' y pense plus et la démarche est complètement différente : à nous de nous concentrer sur les moindres détails de chaque titre avec l'avantage d'avoir du temps pour l'écoute, d'où la nécessité d'aller à l'essentiel, de compacter les chansons, à l'inverse de la scène où tu peux toujours remodeler, faire durer un titre
Parlez-nous du travail sur le son réalisé avec JP Spirly à la Supadope Factory
La Supadope c'est vraiment un bon endroit pour bosser, et vu que l'on connaissait Le Peuple, c'était un peu comme chez nous ! Quant au son, profitant du nouveau matériel acheté par Jarring et de l'oreille de Jean-Pierre, le résultat est à la hauteur de nos espérances
impressionnés que nous sommes par la façon qu'il a de spatialiser les sons : disons qu'il a réussi à mettre de la 3D dans High Tone grâce à l'utilisation des reverbs et des panoramiques. C'est sûrement la 1ere fois que nous sommes si sereins en studio, tout en disposant d'autant de temps.
9 bass channels, c'est un joke ?
Et non c'est vrai, il y avait bien 9 pistes différentes de basses enregistrées pour ce titre
Affreux !
Comment pensez-vous que le groupe a évolué ?
Techniquement c'est devenu plus facile (une vraie révolution au niveau du matériel) et surtout plus accessible en terme de prix ! Au niveau du groupe, c'est vrai qu'il y a eu un engouement certain du public et que l'on commence à avoir des plannings sur un an; nous ne sommes surtout pas à plaindre mais c'est difficile d'avoir du recul
Et puis bien sûr, il y a l'équipe technique qui nous entoure. En fait c'est le travail en commun sur des années qui commence porter ses fruits. Et c'est la même chose avec Jarring : tout le monde s'est professionnalisé en emmagasinant de l'expérience, sans compter le boulot des bénévoles ! Il y a aussi le statut d'intermittent qui nous permet désormais de nous consacrer à la musique.
Avez-vous toujours l'impression de maîtriser la destinée High Tone ?
Complètement, et justement parce que nous sommes bien entourés. Jarring Effects est un label indépendant chez qui on connaît tout le monde, alors c'est plus facile d'avancer ensemble; rien à voir avec une quelconque grosse maison de disques : on a une liberté artistique totale, et on ne réfléchit jamais en terme de ventes de disques.
Pour en revenir à ce nouvel album, Quelle est la signification de Wave digger ?
C'est parti de "gold digger", chercheurs d'or, comme chercheurs de samples et de sonorités, chercheurs de vagues audio
Et cette machine infernale qui habille le cover ?
C'est justement la représentation graphique du "wave digger".
Il y a de plus en plus de chant et de parties de voix samplées
pour en finir avec "la musique sans paroles" ?
On voulait depuis longtemps collaborer avec un rappeur mais le titre hip-hop mis à part, ça reste dans les proportions habituelles de HT; disons que l'on se sert du côté expressif des voix, qui vont d'une manière ou d'une autre forcément raconter des choses aux gens. Mais c'est avant tout une question de sonorité.
A moins que High Tone ait un message (au moins subliminal via les vidéos) à délivrer ?
Il y a sûrement autant de messages que de membres du groupe donc ça restera subliminal
quant aux vidéos, elles parlent d'elles-mêmes, et on laisse toujours la liberté à la personne qui est en face de se faire sa propre idée.
La rencontre avec Wang Leï (musicien avant-gardiste chinois), cela fait partie des expériences que vous avez envie de renouveler ?
Oui, d'autant que les rencontres se sont passées à la fois en Chine et en France
et ne serait-ce que cinq jours en Chine, ça impressionne ! aussi parce que ce pays est pour nous un puits sans fond en matière de cultures. Quant à Wang Leï, autant il était difficile de communiquer avec lui via la langue que naturel par la musique. Tout a été très spontané et j'espère que le résultat sur la scène des Eurockéennes était à la hauteur (ndlr : ce fut en effet un concert impressionnant). Mais ce genre d'expériences ne se programme pas vraiment, c'est plus au feeling, et on ne cherche jamais à faire des featurings "prestigieux", histoire de pouvoir coller un sticker sur un disque
Nous allons néanmoins continuer sur cette lancée en enregistrant bientôt un maxi avec Martin Campbell, que l'on a déjà "rencontré" plusieurs fois
En parallèle, il y a aussi toutes les rencontres discographiques plus qu'amicales avec les autres groupes français : Kaltone (Kaly + HT), Highvisators et bientôt Zentone (HT + Zenzile)
Quelques souvenirs gravés entre les oreilles depuis l'an 2000
Enormément, et par ex les aventures de High Tone au Canada ou en Chine
Et puis bien sûr la Punky reggae Party avec les Burning Heads et NRA, humainement c'était vraiment le top !
Demain ?
Nous allons reprendre la route des concerts, alors que se profile à l'horizon de la rentrée prochaine un autre grand projet : cette tournée européenne avec Le Peuple de l'Herbe et Meï Teï Shô, mais ne vendons pas la peau de l'ours
Et de ces prochaines aventures reliant Lisbonne à Thessalonique, on vous tiendra évidement au courrant
Laurent Zine |