ARCHIVES
2005

JANVIER N°100
Peuple de l'Herbe
Angelin Preljocaj
Boris Charmatz
Guy Walter, les Subsistances

FEVRIER N°101
Ez3kiel
The Embrooks
Bertrand Betsch
Institut Cervantès
Ariane Mnouchkine
(1ère partie)

MARS N°102
Improvisators Dub
Grnd zero
Association Survie
Red
Franck II Louise
Ariane Mnouchkine
(2ème partie)

For The Beat-Punks

AVRIL N°103
High Tone
Tinariwen
Les Trois-Huit
Joann Sfar
Dennis Lehane
The Fall

MAI N°104
Nuits sonores
Disk'Over
Jean-Louis Sakur
Mathurin Bolze
The Brian Jonestown Massacre

JUIN N°105/106
Les Intranquilles
Forum Réfugiés
Keith Jarrett
The Stooges

SEPTEMBRE N°107
Grnd Zero
Jun Märkl
La Hors De
Noah Gelber
Russell Banks

OCTOBRE N°108
Dimitri Naéditch
La Phaze
Le Bleu du Ciel
Mark Tompkins
Abou Lagraa

NOVEMBRE N°109
Kali Live Dub
The Young Gods
Avatarium
Klotserman
Kwal
Serge Teyssot-Gay & Khaled Aljaramani
Michel Raskine
Gilles Pastor
Biennale d'Art Contemporain
Hamid Ben Mahi

DECEMBRE N°110
Christian Schiaretti
Gwenaël Morin
Philippe Manœuvre
The Gun Club

  NOVEMBRE N°109  


 

Gilles Pastor
Croisées d'intimités

Après FrigoS, d'après Copi et Fermez les yeux Monsieur Pastor, créé l'an dernier aux Subsistances, Gilles Pastor imagine un spectacle joué, dansé et filmé autour de Derek Jarman, cinéaste, peintre et écrivain britannique qui est mort du sida, aveugle, en 1994.


"C'était en juin dernier à Dungeness, dans le Kent. Lorsque nous sommes entrés dans la maison de Derek Jarman avec son compagnon, j'ai eu l'impression étrange d'entrer dans une intimité. Tout semblait tel que l'artiste l'avait laissé avant sa mort, comme dans une maison musée. Il a fallu que nous allions dans un Fish'n Chips pour nous détendre et pouvoir enfin se parler. C'était chargé d'émotion. C'est d'ailleurs mon émotion vis-à-vis de son intimité et de son œuvre, cette distance dans la proximité, qui m'intéresse plus que cette même intimité". Le 6 octobre dernier, au Café du Rhône, Gilles Pastor se raconte et explique ce qui l'a amené à créer
-et comment il a conçu- Requiem pour DJ-Derek Jarman, spectacle autour de l'artiste britannique Derek Jarman, mort du sida en 1994, qu'il présente ce mois aux Subsistances.
C'est "l'art au comptoir", premier des rendez-vous publics autour du spectacle, avant des lectures d'œuvres de Jarman, en octobre au Parc de la Tête d'Or ou au musée des Beaux-Art, puis la “soupe à la répèt”, le 3 novembre, une rencontre à l'issue du spectacle, le 15 ou une conférence autour de la performance, le 16. Avant les représentations elles-mêmes, du 15 au 19 novembre. Ce premier soir, Gilles Pastor se débrouille plutôt bien avec cet exercice imposé par les Subsistances, "un apéro pour découvrir l'artiste, son travail, les prémices d'un spectacle". Le mot simple, le verbe alerte, il parle de lui, Pastor, tout en racontant l'autre, Jarman. Et vice et versa.
"Je n'ai découvert Derek Jarman qu'au moment de sa mort, dans un article de Libération, se rappelle-t-il. J'étais touché par la différence de son parcours, à la fois écrivain, peintre et cinéaste expérimental et par sa différence sexuelle. Quand j'ai commencé à travailler Edward II, de Marlowe (auteur contemporain de Shakespeare, ndlr) j'ai vu son film Edward II, qui m'a plu et inspiré. J'ai été bouleversé par Last of England, tourné en 1987 alors qu'il se sait lui-même atteint du sida et qui décrit le virus du Thatchérisme. Un film politique." Poête de son siècle, Jarman était aussi un militant et fut l'un des premiers à parler ouvertement de sa maladie, le sida. "Sans héroïsme, ajoute Gilles Pastor, mais en la détournant pour créer. Derek Jarman a fait entrer son intimité dans quelque chose qui le dépasse."
En matière d'intimité, Gilles Pastor, n'avait pas hésité, pour FrigoS, à soumettre les spectateurs à des projections de films qui montrent son grand-père ou sa vieille tante, puis, dans Fermez les yeux Monsieur Pastor, à travailler sur scène avec sa réalité : celle de l'épileptique, de la convulsion. Ce soir-là, dans le café, Gilles Pastor raconte comment, enfant, il aimait les cimetières, il reparle de ces aïeux qu'il avait filmés avant leur mort, il fait circuler une photo, comme le requiert l'exercice, glisse "ce bidasse, c'est mon père". "L'intimité, c'est pas pour parler de moi, mais partir de moi", précise Gilles Pastor Dans le nouveau spectacle, l'artiste lyonnais rend hommage à Jarman, "poète de son siècle", un peu "à la lisière", pour le remettre au centre. Il aborde l'intimité de Derek Jarman, avec l'ambition de "raconter l'histoire d'un corps qui s'abîme à travers le virus du VIH. Un spectacle vivant qui se nourrit d'un poète décédé ou d'une génération pétrifiée, vieillie prématurément. A la fin de la représentation, le noir final sera une vraie couleur, puissante et pleine de sens…" Une manière de poursuivre son "travail sur l'intime, le corps, l'organique", en menant un travail d'écriture avec des acteurs, un danseur, un compositeur et la vidéo. Un travail hétérogène que n'aurait sans doute pas renié DJ.

Florence Roux