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Depuis plus de vingt ans, Forum Réfugiés uvre pour le respect du droit d'asile en France ainsi que pour l'accueil des réfugiés, le plus souvent dans l'urgence
Afin de sensibiliser l'opinion publique sur cette question, parfois mal perçue en raison d'un amalgame douteux avec les "problèmes d'immigration", l'association organise au Théâtre Antique de Vienne le vendredi 22 juillet, une grande nuit d'alerte et de musiques (Passez le mot !) avec en point d'orgue, le concert attendu de Goran Bregovic et de son orchestre.
L'occasion pour nous de rencontrer Olivier Brachet, directeur de Forum Réfugiés, ainsi que Yasmina Sana et Bernard Bolze, plus que jamais déterminés à Passez le mot !
Pouvez-vous nous faire un petit topo historique de présentation de l'association avec un rappel de la mission qu'elle s'est assignée ?
Forum Réfugiés a été créé en 1982 par une dizaine d'associations (Cimade, Entraide Pierre Valdo, Triangle, Secours Catholique etc.) toutes représentées aujourd'hui en son conseil d'administration, avec l'objectif de remplir deux missions que sont la défense du droit d'asile au niveau réglementaire et l'accueil des réfugiés, justement demandeurs d'asile. Au départ, notre outil principal était constitué de deux centres d'hébergement pour un total de 90 places d'accueil. Aujourd'hui nous gérons directement ou indirectement un dispositif qui permet d'héberger environ 2500 personnes tous les soirs; ce qui correspond à pratiquement 1 million de nuitées par an. Entre temps, il y a eu la chute du mur de Berlin puis la guerre dans les Balkans, accompagnées d'une arrivée de plus en plus massive de "réfugiés de l'est" s'ajoutant aux flux "traditionnels" venant d'Afrique principalement et du Moyen-Orient; cette partie accueil de notre action s'est donc sensiblement amplifiée et particulièrement dans le département du Rhône puisque c'est le 2ème lieu d'arrivée en France. Actuellement à Lyon, et ce malgré l'ampleur du dispositif d'accueil (sans pareil), nous avons vraiment du mal à faire face au rythme des arrivées.
Pour clarifier cette notion de réfugiés (telle quelle est définie par la convention de Genève*), il faut évacuer d'emblée toutes les personnes cherchant à rentrer sur le territoire pour des raisons économiques
Le problème des réfugiés obéit effectivement à des conventions internationales qui gèrent des exceptions à la question de l'immigration, qui elle, retourne du droit commun. Et il est interdit aux étrangers, sauf raisons exceptionnelles, de venir travailler en France depuis 30 ans
La "fenêtre" réglementaire existante est de demander l'asile mais uniquement pour des raisons de persécutions politiques, religieuses etc. Ce mécanisme est très encadré et tous ceux qui ne démontrent pas qu'ils sont effectivement persécutés ou menacés de
sont évidemment déboutés quant à leur demande d'asile.
Est-ce qu'au fil des décennies, l'interprétation du droit d'asile est devenue plutôt restrictive en France ?
Ça n'a pas vraiment changé. Les demandeurs doivent, par un récit crédible (susceptible d'être vérifié) et intuitu personae, établir qu'ils sont menacés de persécutions. Là où le système s'est "raidit", c'est que dans les années '60, 80 % des personnes demandant l'asile l'obtenaient, alors qu'aujourd'hui ce chiffre est tombé à 20 %. Le fait est qu'un grand nombre des demandeurs viennent pour des raisons non prévues par la convention de Genève comme la guerre, la famine ou simplement le chômage
Le problème c'est aussi que la demande d'asile est devenue le seul moyen légal pour entrer en France en dehors du visa de tourisme qui court sur 3 mois ! Forcément qu'il y a là matière à un système de faux-semblants, et dont les principales victimes sont les réfugiés eux-mêmes.
Quels sont les effets des récentes modifications de procédure en matière de demande d'asile et quels en sont les effets sur le terrain ?
En 1er lieu, disons que la nouvelle loi a plutôt ouvert le champ d'application de l'asile en élargissant les critères de sa recevabilité; il n'est plus nécessaire (et c'est la mesure la plus importante) d'identifier un agent de persécution d'origine étatique comme c'était le cas avant. Vous pouviez par exemple être persécutés par le GIA (groupes "privés" et donc non étatiques) sans pouvoir entrer dans le cadre des réfugiés candidats à l'asile. Concernant les procédures, le 1er effet tient à l'immédiateté du traitement de la demande d'asile : la réponse de l'administration intervient 7 à 8 mois après l'arrivée de la personne alors qu'il était question d'années (entre 1 et 4) auparavant... ce qui implique aujourd'hui un certain débit au niveau des décisions et en ce qui nous concerne, une réactivité maximum. L'effet escompté par cette loi est aussi que les gens n'aient pas le temps de s'installer en France en attendant la fin de la procédure; le droit d'asile ne pouvant être un substitut à l'immigration
Il s'agit donc pour l'administration d'aller beaucoup plus vite mais il est encore trop tôt pour que nous puissions juger honnêtement de l'aspect qualitatif des décisions rendues bien que cette question-là nous fasse extrêmement souci quant à l'avenir en terme de dérapage.
En attendant la parution de votre rapport annuel sur l'asile en France et en Europe
d'emblée une question se pose suite à l'application de la nouvelle loi qui vise finalement à "déstocker" les demandes accumulées depuis des années: que fait-on des déboutés ? et le gouvernement de répondre a priori qu'il faut doubler les reconduites à la frontière. Si 100 000 décisions sont rendues cette année puisqu'il s'agit d'être "productif", le système risque de se muer en véritable "usine à produire des sans papiers" dont une grande partie a déjà des enfants scolarisés. Quant à ceux qui vont obtenir l'asile, le système a déjà montré ses limites en ce qui concerne les possibilités de logement social définitif. Il y a un vrai problème de saturation qui risque de se régler en jetant les gens à la rue.
la France est-elle la terre d'asile qu'elle a toujours prétendue être ?
Ça reste justement une prétention, une idée fausse entretenue par une sorte de conception élitiste datant du second empire
Y a-t-il une harmonisation du droit d'asile au niveau européen ?
Il existe une volonté commune en ce sens depuis '99 mais l'harmonisation se fait surtout au niveau de l'appareil répressif, principalement via le système informatique Eurodac d'identification des demandeurs d'asile.
Peut-on parler de forteresse Schengen en la matière ?
Il y a uniformisation des pratiques en Europe qui peut effectivement se faire par le bas, via le concept "d'immigration zéro"; le problème étant que l'enchevêtrement du dossier immigration avec celui de l'asile se paye sur le dos du droit d'asile
Pour schématiser, le jeu de dupes consiste pour les gouvernements à dire que les réfugiés seraient de faux immigrés et pour les associations de rappeler, qu'immigrés ou réfugiés, ce sont des hommes avant tout. Il n'est évidemment pas question de faire une échelle de valeur mais il faut différencier les deux phénomènes sous peine d'incompréhension et/ou de se tromper d'objectif. D'où l'importance d'informer correctement l'opinion publique sur le problème des réfugiés, en rappelant simplement qu'il n'y a pas corrélation avec la pauvreté puisque les persécutés ne le sont pas en fonction de leur condition sociale : pour citer un ex connu, Einstein était un réfugié !
Globalement, quelle est l'évolution actuelle ?
Si les réfugiés sont aujourd'hui moins nombreux dans le monde par rapport aux années 60-70; leur origine change et le problème reste malheureusement entier quand force est d'admettre que la barbarie est toujours tapie au coin du bois : en l'espèce à Sarajevo dans les années '90, en plein cur de l'Europe. Au moins en terme de sondage d'opinion, les gens ont conscience que la persécution est un problème bien actuel et qu'il faut protéger celles et ceux qui en souffrent.
Suivant cet objectif de sensibilisation, vous organisez un mois d'action pour les réfugiés.
Du lundi 20 juin, pour la journée mondiale du réfugié avec la 2ème Marche des Parapluies à Lyon, jusqu'au vendredi 22 juillet avec cette grande soirée au Théâtre antique de Vienne. Entre temps, nous serons aussi présents lors des Guinguettes de Lyon ainsi qu'au festival des Eurockéennes de Belfort, tout en assurant la parution (chez l'Esprit Frappeur) d'un ouvrage collectif sur les questions d'asile. L'idée est aussi de sortir du "carcan du militantisme" et de se réunir au final à Vienne pour Passez le mot ! De nombreux artistes vont alors se succéder sur scène pour justement transmettre une parole ô combien précieuse en situation de spectacle, que ce soit du théâtre, du Slam, du conte, de la chanson, de la poésie ou du jazz etc. Au-delà de la mise en scène, c'est un vrai rendez-vous avec l'inattendu qui nous est proposé; ensuite place à Goran Bregovic pour 2h de concert !
En conclusion, derrière ces mots il y a des gens
Complètement. Et derrière les réfugiés il y a des bourreaux.
Laurent Zine
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