JANVIER N°100
Peuple de l'Herbe
Angelin Preljocaj
Boris Charmatz
Guy Walter, les Subsistances
FEVRIER N°101
Ez3kiel
The Embrooks
Bertrand Betsch
Institut Cervantès
Ariane Mnouchkine
(1ère partie)
MARS N°102
Improvisators Dub
Grnd zero
Association Survie
Red
Franck II Louise
Ariane Mnouchkine
(2ème partie)
For The Beat-Punks
AVRIL N°103
High Tone
Tinariwen
Les Trois-Huit
Joann Sfar
Dennis Lehane
The Fall
MAI N°104
Nuits sonores
Disk'Over
Jean-Louis Sakur
Mathurin Bolze
The Brian Jonestown Massacre
JUIN N°105/106
Les Intranquilles
Forum Réfugiés
Keith Jarrett
The Stooges
SEPTEMBRE N°107
Grnd Zero
Jun Märkl
La Hors De
Noah Gelber
Russell Banks
OCTOBRE N°108
Dimitri Naéditch
La Phaze
Le Bleu du Ciel
Mark Tompkins
Abou Lagraa
NOVEMBRE N°109
Kali Live Dub
The Young Gods
Avatarium
Klotserman
Kwal
Serge Teyssot-Gay & Khaled Aljaramani
Michel Raskine
Gilles Pastor
Biennale d'Art Contemporain
Hamid Ben Mahi
DECEMBRE N°110
Christian Schiaretti
Gwenaël Morin
Philippe Manuvre
The Gun Club |
|
|
|
Association Survie |
L'association Survie uvre depuis une vingtaine d'années pour dénoncer les affres en tous genres du néocolonialisme français sur le continent africain; un sujet qui renvoie directement à l'actualité togolaise brûlante, juste avant de commémorer le triste 11ème anniversaire du génocide rwandais. A l'occasion de la parution du CD Africa wants to be free, album éponyme d'un concert programmé le 23 mars au C.C.O; nous nous sommes entretenus avec François Nagir, membre actif de la section rhodanienne de Survie, initiatrice du projet.
Succinctement, un brin d'histoire
L'association Survie existe depuis 1984, axant au départ son action contre la faim et en faveur de l'aide publique au développement en Afrique. C'est à partir de 1994 avec le douloureux épisode du génocide au Rwanda dont la France était de facto complice, que l'association a commencé à mettre l'accent sur les raisons politiques qui sont à l'origine de la plupart des maux dont souffre le continent africain. Depuis, nous dénonçons ainsi par tous les moyens ce que François-Xavier Verschave (ndlr : président de Survie) appelle la Françafrique, cad les relations quasi mafieuses héritées du colonialisme, existant entre la France et divers régimes dictatoriaux.
Quels sont justement vos moyens d'action ?
Principalement du lobbying en direction des politiques, que ce soit en organisant des manifestations ou en publiant différents ouvrages sur des sujets sensibles
mais aussi par le biais d'actions en justice. Il nous importe en définitive d'informer l'opinion en regroupant certains témoignages, afin d'infléchir au possible la politique néocoloniale française.
Et certaines de vos publications dont Les Dossiers noirs de la politique africaine de la France ont fait grand bruit
Nous avons effectivement été d'un coup très médiatisés lorsque trois chefs d'Etats africains nous ont intenté un procès qu'ils ont d'ailleurs perdu.
Pouvez-vous nous parler un peu plus de cette "liaison incestueuse" que vous nommez la Françafrique ?
Suite à la guerre d'Algérie, les Français ont massivement répondu oui par référendum à la décolonisation en Afrique
En schématisant, c'est grâce à l'action de l'un des ses bras droits nommé Foccart, que De Gaulle réussira à entretenir une sorte de mainmise plus ou moins officieuse (économique et/ou militaire) sur les nouveaux Etats accédant progressivement à "l'indépendance". La Françafrique représente 40 années de ces relations occultes interétatiques, échappant au contrôle de l'opinion public.
Qu'ils soient de droite ou de gauche, les gouvernements français ont-ils eu sensiblement la même la politique étrangère en Afrique ?
Oui si ce n'est que la gauche en arrivant au pouvoir, a simplement profité des réseaux africains préexistants, issus du gaullisme.
Si l'on en vient à l'histoire récente et tragique de l'Afrique, déclinée entre le Rwanda et le Togo via la Côte-d'Ivoire
pouvez-vous un peu nous expliquer les tenants et les aboutissants de cette politique française "souterraine" ?
Concernant le Togo, puisque nous organisons ce mois-ci (février) une manifestation pour dénoncer un "coup d'Etat permanent", l'exemple est pour le moins caricatural : jugé sûrement trop progressiste par l'ancienne puissance coloniale, le père de l'indépendance togolaise (S. Olympio) fut assassiné et remplacé 40 ans durant par le sanglant dictateur G. Eyadéma qui vient de mourir, et dont Mr Chirac rappelait dernièrement qu'il était "un ami personnel" et "un ami de la France"
un ami auquel son fils devrait succéder sans l'ombre d'un processus démocratique, garantissant au passage la pérennisation des trafics (armes, phosphate
) françafricains. Quant au Rwanda, il faut déjà savoir que ce sont des instructeurs français qui ont formé les Hutu power, ceux-là mêmes qui ont commis le génocide. Avant cela, on peut même affirmer que la France a laissé se développer (voire a encouragé) tout une propagande raciste qui devait inéluctablement mener à ce drame. Quoi qu'il en soit, cette implication française dans le génocide Tutsi est aujourd'hui portée devant les tribunaux.
Vous stigmatisez la "dépendance politique, militaire et économique de l'Afrique" qui cyniquement parlant, garantit a priori la stabilité des marchés et qui s'inscrit plus généralement dans la géopolitique des rapports nord-sud au niveau mondial
n'est-ce pas un peu utopique ?
Peut-être, sauf qu'en démocratie, c'est un devoir citoyen d'exprimer son opinion, surtout lorsqu'elle va à l'encontre des desseins de son propre gouvernement. Parce que sans contre pouvoir, la démocratie n'est plus. Quant à cette dépendance de l'Afrique, elle renvoie aussi à des liens très étroits entre certains hommes de pouvoir, puisque bon nombre de dictateurs actuels ont fait leurs études en France avec bon nombre de nos dirigeants politiques et économiques; c'est toujours intéressant d'informer l'opinion de ce genre de connivences.
Et vous gardez donc espoir pour le continent africain !
Oui parce que certains pays commencent à s'en sortir et qu'il y a toujours moyen de faire avancer les choses, comme ce fut par exemple le cas avec les élections libres à Madagascar; aussi parce que l'Afrique est un continent riche de ressources qu'il faudra simplement un jour arrêter de piller.
Ce "cri d'alarme" parait aujourd'hui en CD avec cette compilation baptisée Africa wants to be free
Grâce à 16 artistes ou groupes africains et français qui ont répondu "naturellement" présent, à l'instar de Tiken Jah Fakoly qui a été le déclencheur de ce versant artistique de notre combat.
Un combat effectivement multiforme sur www.survie-france.org
Laurent Zine |
|
|