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En
prenant la tête du Nouveau Théâtre du Huitième,
l'équipe des Trois-Huit a transporté dans ce lieu, à
deux pas du boulevard des Etats-Unis, sa manière collective d'investir
la pratique théâtrale. Elle a convié trois autres
compagnies, associées, des élèves en formation
et le public. Stratégie : partager le plaisir de la scène
sans plan marketing, parfois sans faire payer.
Ce
soir de décembre, les jeunes comédiens de l'Olympique
Pandémonium répètent gaiement une scène
de groupe dans la grande salle noire (jusqu'à 200 places), tandis
que les neuf membres de la compagnie des Trois-Huit, "un collectif
", insistent-ils, terminent une journée de réunion
"sur les projets du théâtre" du côté
des bureaux. Et si les coulisses sont encore spartiates, s'il "manque
peut-être de place", d'une autre salle de répétition
ou de réunion -"nous le savions avant d'accepter de venir",
ponctue Vincent Bady, comédien et auteur des Trois-Huit, on le
sent bien : l'aventure est bien engagée dans le Nouveau Théâtre
du Huitième (NTH8) qui vient d'ouvrir près du boulevard
des Etats-Unis, et le plaisir flagrant.
"C'est une vraie création, s'enthousiasme Sylvie Mongin-Algan,
metteur en scène des Trois-Huit. Nous avons envie que des marteaux
de théâtre viennent ici pour jouer ou voir des spectacles
et qu'ils s'assoient à côté de personnes qui n'y
vont jamais. Ici, nous n'avons pas d'injonction de faire telle ou telle
chose, assez de liberté et de temps pour proposer ce que nous
voulons, le meilleur pour chacun, avec tous les choix qui sont les nôtres".
Un luxe ? Participer à la naissance n'est certes pas donné
à tout le monde. Celui-ci a des antécédents et
-déjà- sa petite histoire. Le nouveau théâtre
du huitième appelle automatiquement le souvenir de l'ancien Centre
Dramatique National que la Maison de la Danse a remplacé, dans
le même arrondissement, et les Maréchal, Françon
ou Chéreau... Autre fantôme théâtral : le
théâtre de l'Eldorado, dans le 3ème arrondissement,
dont la disparition avait libéré un budget de trois millions
de francs, en partie réservé pour reconstruire un nouveau
théâtre. Mais où ? Pourquoi pas dans cette ancienne
MJC, proche du boulevard des Etats-Unis, qui possède déjà
une salle de spectacle de 150 places ? Le projet de la mairie du 8e
est finalement retenu et les travaux engagés en 1999, poursuivis
en 2002. La compagnie des Trois-Huit, à qui la direction a été
confiée, a commencé à travailler au printemps dernier.
Mais à les entendre l'équipe du théâtre n'a
pas quitté sa friche de Villeurbanne, "un lieu privé",
pour investir ce "lieu public" d'une manière traditionnelle,
avec une programmation glanée sur le marché national ou
international ou une stratégie de développement au cordeau.
Non, ici, l'organisation sert un projet qui met en avant l'esprit collectif,
le temps qu'on prend, la gratuité
Et la fidélité.
Ainsi, les Trois-Huit ont invité dans le NTH8 trois compagnies
et un groupe de graphistes amis à devenir des associés
: le Fenil Hirsute, fondé par Yves Charreton, les Transformateurs,
fondé par Nicolas Ramond, l'Olympique Pandémonium, qui
regroupe 17 comédiens et les graphistes de Dig Ding Dong (et
qui élabore la communication visuelle du théâtre.
"C'est différent d'un accueil habituel, note Vincent Bady.
Nous n'achetons pas leurs spectacles, mais nous leur attribuons un petit
budget pour la saison et ils peuvent ici répéter et créer
à leur rythme, sur la durée. Pour nous, la démarche
de ces artistes est importante et il est important d'exister ensemble".
Chacune de ces compagnies présentera au NHT8 son nouveau spectacle
qui sera précédé d'une journée de stage
tous publics.
La formation est une autre caractéristique du travail des Trois-Huit.
Le compagnonnage auquel la compagnie participe et qui propose des formations
professionnalisantes de deux ans pour de jeunes comédiens s'inscrit
également dans le projet du NTH8. Comme les cours pour les professionnels
et les amateurs (dont certains gratuits). Et l'associé de choix,
dans le projet du nouveau théâtre, est le public. Public
qui participe au spectacle, comme le 24 décembre dernier, lorsque
Vincent Bady a présenté une soirée autour de la
naissance, avec des textes qu'il a écrits et d'autres recueillis
auprès de nombreuses personnes. Public qui, chaque jeudi soir,
ne paye pas l'entrée. Public qui participe à une formation,
assiste à un spectacle.
Du 22 au 31 janvier, les Trois-Huit présentent leur nouvelle
création : Les Cris, de Christina Mirjol, mise en scène
par Sylvie Mongin-Algan et jouée par huit comédiens. "Les
Cris est un spectacle important parce qu'il est l'aboutissement d'un
projet qui a pris du temps, 13 mois, et s'est enrichi avec le temps."
Comment ne pas le souhaiter au nouveau théâtre ? La convention
d'objectif entre la Ville de Lyon et la Compagnie a été
signée en juin dernier (financement Ville, Drac et Région)
pour trois ans.
Florence
Roux
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