ARCHIVES
2004

JANVIER N°89
Anne Gastinel
Les Têtes Raides

Les Trois-Huit au Théâtre du 8ème
Guy Walter, les Subsistances
Yuval Pick
Denis Plassard

FEVRIER N°90
Les Thugs
Farid Azzout
Annick Charlot
Turak Théâtre

MARS N°91
Air
Meï Teï Shô
A Silver Mount Zion
Khaban'
Zenzile
Loïc Lantoine
Guy Walter

AVRIL N°92
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Béatrice Massin
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MAI N°93
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JUIN N°94/95
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Bérurier Noir
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SEPTEMBRE N°96
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Les Arts Sauts
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Editions A Rebours
Lemmy Kilminster
Virginie Despentes

OCTOBRE N°97
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Pierre Baux
Svinkels

NOVEMBRE N°98
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Lydia Lunch
The Ex
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DECEMBRE N°99
Les Langagières
Patricia Petibon
Interpol
Habitat et Humanisme

  JANVIER N°89  


Cathy Franquin©

 

Les Trois-Huit
au Théâtre du 8ème
Du collectif à l'esprit public


En prenant la tête du Nouveau Théâtre du Huitième, l'équipe des Trois-Huit a transporté dans ce lieu, à deux pas du boulevard des Etats-Unis, sa manière collective d'investir la pratique théâtrale. Elle a convié trois autres compagnies, associées, des élèves en formation et le public. Stratégie : partager le plaisir de la scène sans plan marketing, parfois sans faire payer.

Ce soir de décembre, les jeunes comédiens de l'Olympique Pandémonium répètent gaiement une scène de groupe dans la grande salle noire (jusqu'à 200 places), tandis que les neuf membres de la compagnie des Trois-Huit, "un collectif ", insistent-ils, terminent une journée de réunion "sur les projets du théâtre" du côté des bureaux. Et si les coulisses sont encore spartiates, s'il "manque peut-être de place", d'une autre salle de répétition ou de réunion -"nous le savions avant d'accepter de venir", ponctue Vincent Bady, comédien et auteur des Trois-Huit, on le sent bien : l'aventure est bien engagée dans le Nouveau Théâtre du Huitième (NTH8) qui vient d'ouvrir près du boulevard des Etats-Unis, et le plaisir flagrant.
"C'est une vraie création, s'enthousiasme Sylvie Mongin-Algan, metteur en scène des Trois-Huit. Nous avons envie que des marteaux de théâtre viennent ici pour jouer ou voir des spectacles et qu'ils s'assoient à côté de personnes qui n'y vont jamais. Ici, nous n'avons pas d'injonction de faire telle ou telle chose, assez de liberté et de temps pour proposer ce que nous voulons, le meilleur pour chacun, avec tous les choix qui sont les nôtres". Un luxe ? Participer à la naissance n'est certes pas donné à tout le monde. Celui-ci a des antécédents et -déjà- sa petite histoire. Le nouveau théâtre du huitième appelle automatiquement le souvenir de l'ancien Centre Dramatique National que la Maison de la Danse a remplacé, dans le même arrondissement, et les Maréchal, Françon ou Chéreau... Autre fantôme théâtral : le théâtre de l'Eldorado, dans le 3ème arrondissement, dont la disparition avait libéré un budget de trois millions de francs, en partie réservé pour reconstruire un nouveau théâtre. Mais où ? Pourquoi pas dans cette ancienne MJC, proche du boulevard des Etats-Unis, qui possède déjà une salle de spectacle de 150 places ? Le projet de la mairie du 8e est finalement retenu et les travaux engagés en 1999, poursuivis en 2002. La compagnie des Trois-Huit, à qui la direction a été confiée, a commencé à travailler au printemps dernier.
Mais à les entendre l'équipe du théâtre n'a pas quitté sa friche de Villeurbanne, "un lieu privé", pour investir ce "lieu public" d'une manière traditionnelle, avec une programmation glanée sur le marché national ou international ou une stratégie de développement au cordeau. Non, ici, l'organisation sert un projet qui met en avant l'esprit collectif, le temps qu'on prend, la gratuité… Et la fidélité.
Ainsi, les Trois-Huit ont invité dans le NTH8 trois compagnies et un groupe de graphistes amis à devenir des associés : le Fenil Hirsute, fondé par Yves Charreton, les Transformateurs, fondé par Nicolas Ramond, l'Olympique Pandémonium, qui regroupe 17 comédiens et les graphistes de Dig Ding Dong (et qui élabore la communication visuelle du théâtre. "C'est différent d'un accueil habituel, note Vincent Bady. Nous n'achetons pas leurs spectacles, mais nous leur attribuons un petit budget pour la saison et ils peuvent ici répéter et créer à leur rythme, sur la durée. Pour nous, la démarche de ces artistes est importante et il est important d'exister ensemble". Chacune de ces compagnies présentera au NHT8 son nouveau spectacle qui sera précédé d'une journée de stage tous publics.
La formation est une autre caractéristique du travail des Trois-Huit. Le compagnonnage auquel la compagnie participe et qui propose des formations professionnalisantes de deux ans pour de jeunes comédiens s'inscrit également dans le projet du NTH8. Comme les cours pour les professionnels et les amateurs (dont certains gratuits). Et l'associé de choix, dans le projet du nouveau théâtre, est le public. Public qui participe au spectacle, comme le 24 décembre dernier, lorsque Vincent Bady a présenté une soirée autour de la naissance, avec des textes qu'il a écrits et d'autres recueillis auprès de nombreuses personnes. Public qui, chaque jeudi soir, ne paye pas l'entrée. Public qui participe à une formation, assiste à un spectacle.
Du 22 au 31 janvier, les Trois-Huit présentent leur nouvelle création : Les Cris, de Christina Mirjol, mise en scène par Sylvie Mongin-Algan et jouée par huit comédiens. "Les Cris est un spectacle important parce qu'il est l'aboutissement d'un projet qui a pris du temps, 13 mois, et s'est enrichi avec le temps." Comment ne pas le souhaiter au nouveau théâtre ? La convention d'objectif entre la Ville de Lyon et la Compagnie a été signée en juin dernier (financement Ville, Drac et Région) pour trois ans.

Florence Roux