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La
clique parisienne des Têtes Raides repart gaillardement à
l'assaut des scènes et de son public. Trois ans déjà
depuis Gratte-poil, sympathique objet sonore quelque peu irrévérencieux
qui permit aux Noir Dés' de frayer avec la bande à Christian
Olivier (pour mémo, Iditenté). Quest-ce qu'on
s'fait chier (Tôt ou Tard) est la dernière aventure sonore
de ces sept zigotos, toujours en verve et prêts à en
découdre avec la terre entière. Une galette cartonnée,
dessinée par les bons soins des Chats Pelés, soit 15
titres francs-tireurs entre chanson, rock, carmagnole et fanfare.
Du Têtes Raides sans aucun doute, mais cette fois-ci plus incisif,
plus joyeux aussi. Finie la noirceur poignante de Mange tes morts
et des Oiseaux, place à une musique plus aboutie, qui sonne
mieux et n'hésite pas à jouer la carte de l'autodérision.
Un groupe fait de sueur et rage, de tripes et d'humanité, d'amour
et de tolérance; un collectif forcené et entier qui
a toujours su allier musique et engagement politique. Prêt à
toutes les concessions pour militer, défendre les causes perdues
ou uvrer anonymement au mieux social. Quelque 19 ans de vie
commune et une belle histoire qui s'écrit, au fil du temps,
avec ses galères et temps forts, ses albums, ses rencontres
et un public mordu. Les Têtes Raides vues et racontées
par Christian Olivier (la voix, le cur et les textes !).
Drôle de titre d'album, non ?
C'est une question lancée à toute la France. Même
s'il y a, bien sûr, une pointe d'humour qui traîne là-dedans.
On a choisi ce titre-là, comme on aurait pu l'appeler aussi
Civili. Parce qu'en septembre 2003, pour nous, ça voulait dire
quelque chose. On est dans une période plutôt difficile,
non ?! Mais le contenu est beaucoup plus large que cela. Avec des
morceaux comme Patipata, Les Radis, Soupault
on reste dans
une histoire têtes-raidienne. C'est la suite de Gratte-poil
et il y aura un après, la réponse à Quest-ce
qu'on s'fait chier !
Comment ressentez-vous cet album ?
Il y a un petit contre-pied par rapport à Têtes Raides,
dans le sens où l'on se moque de nous, sombres Têtes
Raides. En fait, dans la noirceur, il y a de la couleur. Un léger
mouvement s'est opéré dans l'écriture des musiques
et des textes. On essaie de rebondir
par rapport à notre
musique, nos textures, mais aussi à un ensemble de choses qui
sont politiques ou sociales.
Rebondir artistiquement, comment ?
Par l'utilisation de nouveaux instruments. Telles les ondes Martenot.
Ou encore le choix de Soupault comme auteur. Il y a aussi cette volonté
de se mettre, chacun, dans une position où l'on ne se sent
pas forcément à l'aise. C'est également notre
travail sur le son, matière de nos chansons. Grâce aux
prises de son de notre ami Ted Man et à Jean Lamoot qui a sculpté
cet album. On a vraiment l'impression qu'au niveau du ton, on essaie
de raconter les choses un peu différemment. Même si le
fond reste fondamentalement le même. Aujourd'hui, nous sommes
à un tournant. La réponse à Quest-ce qu'on
s'fait chier
Tu me parlais aussi de votre prise de position sociale ?
Plus ça avance, plus je me rends compte que pour être
social, il faut être artistique. L'intermittence, mais aussi
les prisons, les urgences, les profs
Nous sommes d'abord là
pour écrire des chansons. Un groupe c'est sept individualités,
donc sept prises de position. Par exemple, le lundi 15 décembre,
on était à Lyon (KO Social, Halle Tony Garnier) pour
jouer 20 minutes, mais tout cela demande des discussions. Pour coordonner
tout le monde, que tous soient sur une même dynamique de contestation
Dans ce cas-là, le groupe Têtes Raides apparaît
A la fois pour jouer ses 20 minutes de musique, mais aussi pour défendre
tout ce que contient cette soirée.
Quelle est aujourd'hui la meilleure façon de lutter pour faire
bouger les choses ?
Faire de la musique. Ne pas se mettre un bâillon, refuser de
se scotcher la bouche. Il faut absolument jouer et au maximum. Lorsqu'on
joue pour défendre quelque chose, on n'est ni payé,
ni défrayé mais on y va.
Y a-t-il une recette de travail Têtes Raides ?
On fonctionne ensemble depuis plus de 15 ans. Chaque fois que l'on
démarre un album, on essaie d'évoluer, d'aller chercher
des choses là où l'on n'a pas l'habitude. Déjà
avec Gratte-poil on sentait déjà une ébauche,
une envie tranquille de se diriger vers quelque chose d'autre. Maintenant
on y va, et demain Inch' Allah.
Alors ce tournant, les Têtes Raides en concert ?
Il y a d'abord eu les Bouffes du Nord, directement liées à
l'album. On entre maintenant dans une phase purement musicale. Musique,
musique. On prépare
à la fois les tournées
en province et le Bataclan (du 3 au 28 février). Notre projet
est d'inviter des gens : ça ira de Mano Solo à Serge
Teyssot-Gay en passant par Boubacar Traore, The Ex, Sonia Tertone,
Fabulous Trobadors
A chaque jour, un invité différent.
Qui sera, en fonction de la technique, intégré ou pas
au spectacle. Ensuite, on a envie de prolonger cette expérience
sur la route. Au gré et au fil des rencontres.
Concert ou récital ?
Vraiment un concert. Avec des instruments, nous et ça joue.
Puis quelques effets de mise en scène
Comme chez les
Têtes Raides. De nouveaux morceaux -certains n'ont jamais été
joués, du Quest-ce qu'on s'fait chier, puis aussi de
très vieilles choses. On réécrit l'histoire.
Il y aura les ondes Martenot et Christine Ott, Hakim (qui chante sur
Vaille que vaille) dès qu'il le pourra. Retrouver tout ce qu'il
y a dans l'album au niveau des sonorités et instruments. On
va vraiment faire de la musique.
Plutôt acoustique ou plutôt électrique ?
On s'est mis à retravailler un peu tout; on a revisité
60 morceaux en fait. On répète et les choses se feront
d'elles-mêmes. Après ça a toujours été
rock. Aujourd'hui, c'est plus électrique : un peu plus de fréquences
électriques avec la basse, les guitares, un batteur prêt
à taper. Certains morceaux ne sont qu'à la guitare.
La fameuse gamelle dans le feu de la cheminée, la marmite Têtes
Raides est en train de mitonner tranquillement !
Et votre public aujourd'hui ?
On n'a plus joué depuis presque trois ans. Du moins en province.
On repart un peu comme sur le premier album. Un public, des gens,
c'est une histoire; on se parle, parfois on décroche, puis
on se rapproche. C'est toujours une remise en question. C'est avec
ceux qui ont suivi les Têtes Raides qu'on a écrit notre
histoire et qu'on veut continuer à l'écrire. Un concert
ça dure 2h30 à 3h
c'est à ce moment-là
que l'histoire s'écrit. Je crois encore à des choses
très spontanées, quelque chose de très frais.
Le concert idéal ?
Je ne sais pas si cela existe réellement. Que ça finisse
très ouvert. Parfois les gens sont contents et pas nous; parfois
le plus important est passé
C'est peut-être repartir
avec une dynamique d'échange
Anne
Huguet
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