ARCHIVES
2004

JANVIER N°89
Anne Gastinel
Les Têtes Raides

Les Trois-Huit au Théâtre du 8ème
Guy Walter, les Subsistances
Yuval Pick
Denis Plassard

FEVRIER N°90
Les Thugs
Farid Azzout
Annick Charlot
Turak Théâtre

MARS N°91
Air
Meï Teï Shô
A Silver Mount Zion
Khaban'
Zenzile
Loïc Lantoine
Guy Walter

AVRIL N°92
Dreadlyon Hi-Fi Sound
Lhasa
Jean-Yves Picq
Béatrice Massin
6ème Continent
Johnny Cash

MAI N°93
Black Comix club
Blonde Redhead
Jeanne Cherhal

JUIN N°94/95
Guy Walter, Les Intranquilles
Bérurier Noir
Daniel Darc

SEPTEMBRE N°96
Tony Gatlif
Les Arts Sauts
Jean-Paul Bouvet
Editions A Rebours
Lemmy Kilminster
Virginie Despentes

OCTOBRE N°97
Abou Lagraa
Pierre Baux
Svinkels

NOVEMBRE N°98
Ghinzu
Fly Pan Am
Lydia Lunch
The Ex
François Joly, Sang d'Encre

DECEMBRE N°99
Les Langagières
Patricia Petibon
Interpol
Habitat et Humanisme

  JANVIER N°89  



 

Yuval Pick

Le Toboggan nous avait laissés suspendus à une rare émotion humaine et chorégraphique, avec la pièce de Kader Attou (Douar) présentée fin novembre... Qu'en sera-t-il de cette rencontre avec Yuval Pick, jeune chorégraphe israélien issu de la Batsheva, ayant travaillé avec Robbe, Hoche, Preljocaj, Carlson, le Ballet de l'Opéra de Lyon et directeur aujourd'hui de sa propre compagnie ? Nul ne le sait ! Mais la découverte vaut certainement le détour, tellement se dégage de cet artiste une furieuse envie de danser, à fleur de peau et à partager !


Vous avez un parcours fait de rencontres très différentes, est-ce que ce mélange a pu faire émerger un style Yuval Pick ?
C'est difficile de dire s'il y a un style Yuval Pick. Je dirais que ce qu'il ressort de toutes ces expériences est ma recherche sur le mouvement, l'imagination, la fantaisie qui émanent d'un corps. Je suis moins préoccupé par une histoire à développer ou des messages à transmettre. Chaque chorégraphe avait une particularité. Avec Ohad Naharin, c'était la puissance du mouvement qui importait, autour d'atmosphères très intenses. Avec Carolyn Carlson ou Tero Saarinen, c'est le travail des bras et des mains qui était fondamental, comme le réglage d'une finalisation du corps. J'ai véritablement commencé la danse à 16 ans. Auparavant, j'ai surtout travaillé sur la danse folklorique israélienne, c'est un style très populaire là-bas et certains de ses pas, certains rythmes se retrouvent aussi dans mes pièces.
Cette recherche se concrétise à partir d'un travail d'improvisation ?
Oui, quand je cherche le mouvement, c'est comme si j'improvisais avec moi-même pour savoir ce qu'il peut sortir de mon corps. J'aime sentir, remplir un vide, pour réaliser et matérialiser la chair d'un spectacle. Le langage de mon corps est assez personnel, difficile à définir. Je ne travaille pas avec les méthodes ou les techniques que j'ai apprises, elles ont déjà été filtrées par ma vie, par ce que je ressens. Mais bien sûr, cette recherche du mouvement, je la fais aussi dans un rapport avec d'autres danseurs, je ne suis pas tout seul.
Cotton crown (couronne de coton), la première pièce présentée, est un solo programmé en 2002 par Carolyn Carlson lors de la Biennale de Venise, mais depuis vous avez changé la musique ?
Effectivement, ce n'est plus Debussy, mais une musique de jazz. J'ai conçu ce solo comme une chanson secrète, restée longtemps cachée dans la poche d'un homme. C'est un voyage qui va à la découverte de quelque chose de très intime, très personnel. Il y a beaucoup de mouvements avec les bras, c'est très bas, non pas au sol, mais avec souvent des corps qui se plient. L'énergie ressemble à une vague qui se lance et qui, au moment où l'on croit qu'elle est définitivement jetée, revient sur elle-même. La danse est une tentative d'ouverture à partir de ce secret caché en moi, comme une chambre fermée et dont j'ai trouvé la clé. La musique, pour moi c'est une peau et dessous cette peau que je coupe, il y a ce que je ressens et que je transforme en mouvements.
Du solo, vous passez à Compass, un trio avec deux femmes ?
Il y a 2 femmes et ce n'est pas un hasard, car j'aime beaucoup travailler avec les femmes et ces deux danseuses, française et finlandaise, sont extraordinaires. Leur énergie m'inspire beaucoup, elle me permet de sortir autre chose de moi-même, leur présence touche d'autres endroits au plus profond de moi. Elles sont un miroir de sentiments que je découvre et que j'explore. Mais elles ont leur propre existence, elles s'ignorent, se croisent, elles se confrontent entre elles et aussi avec moi. Toutes ces rencontres chorégraphiques se font dans une grande sensualité. J'ai voulu une musique poétique, puissante, comme un son arraché avec, au milieu, d'autres sons plus tordus. C'est sur un rideau sonore que les corps s'essayent à de multiples rencontres. Compass signifie boussole et j'ai voulu aussi ces rencontres pour parler d'un déséquilibre dans notre vie, de certains comportements que l'on a et qui ne correspondent pas à ce que nous sommes. Chacun cherche sa manière d'être, avec soi et avec les autres. C'est ce que je ressens dans mon corps quand je regarde autour de moi. Il me semble que nous sommes tous un peu bancals, à ne pas savoir où se mettre véritablement. Alors comment redresser la barre, pour l'être un peu moin
s ?

Martine Pullara