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Yuval
Pick
Le
Toboggan nous avait laissés suspendus à une rare émotion
humaine et chorégraphique, avec la pièce de Kader Attou
(Douar) présentée fin novembre... Qu'en sera-t-il de cette
rencontre avec Yuval Pick, jeune chorégraphe israélien
issu de la Batsheva, ayant travaillé avec Robbe, Hoche, Preljocaj,
Carlson, le Ballet de l'Opéra de Lyon et directeur aujourd'hui
de sa propre compagnie ? Nul ne le sait ! Mais la découverte
vaut certainement le détour, tellement se dégage de cet
artiste une furieuse envie de danser, à fleur de peau et à
partager !
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Vous avez un parcours fait de rencontres très différentes,
est-ce que ce mélange a pu faire émerger un style Yuval
Pick ?
C'est difficile de dire s'il y a un style Yuval Pick. Je dirais que
ce qu'il ressort de toutes ces expériences est ma recherche sur
le mouvement, l'imagination, la fantaisie qui émanent d'un corps.
Je suis moins préoccupé par une histoire à développer
ou des messages à transmettre. Chaque chorégraphe avait
une particularité. Avec Ohad Naharin, c'était la puissance
du mouvement qui importait, autour d'atmosphères très
intenses. Avec Carolyn Carlson ou Tero Saarinen, c'est le travail des
bras et des mains qui était fondamental, comme le réglage
d'une finalisation du corps. J'ai véritablement commencé
la danse à 16 ans. Auparavant, j'ai surtout travaillé
sur la danse folklorique israélienne, c'est un style très
populaire là-bas et certains de ses pas, certains rythmes se
retrouvent aussi dans mes pièces.
Cette recherche se concrétise à partir d'un travail
d'improvisation ?
Oui, quand je cherche le mouvement, c'est comme si j'improvisais avec
moi-même pour savoir ce qu'il peut sortir de mon corps. J'aime
sentir, remplir un vide, pour réaliser et matérialiser
la chair d'un spectacle. Le langage de mon corps est assez personnel,
difficile à définir. Je ne travaille pas avec les méthodes
ou les techniques que j'ai apprises, elles ont déjà été
filtrées par ma vie, par ce que je ressens. Mais bien sûr,
cette recherche du mouvement, je la fais aussi dans un rapport avec
d'autres danseurs, je ne suis pas tout seul.
Cotton crown (couronne de coton), la première pièce présentée,
est un solo programmé en 2002 par Carolyn Carlson lors de
la Biennale de Venise, mais depuis vous avez changé la musique
?
Effectivement, ce n'est plus Debussy, mais une musique de jazz. J'ai
conçu ce solo comme une chanson secrète, restée
longtemps cachée dans la poche d'un homme. C'est un voyage qui
va à la découverte de quelque chose de très intime,
très personnel. Il y a beaucoup de mouvements avec les bras,
c'est très bas, non pas au sol, mais avec souvent des corps qui
se plient. L'énergie ressemble à une vague qui se lance
et qui, au moment où l'on croit qu'elle est définitivement
jetée, revient sur elle-même. La danse est une tentative
d'ouverture à partir de ce secret caché en moi, comme
une chambre fermée et dont j'ai trouvé la clé.
La musique, pour moi c'est une peau et dessous cette peau que je coupe,
il y a ce que je ressens et que je transforme en mouvements.
Du solo, vous passez à Compass, un trio avec deux femmes ?
Il y a 2 femmes et ce n'est pas un hasard, car j'aime beaucoup travailler
avec les femmes et ces deux danseuses, française et finlandaise,
sont extraordinaires. Leur énergie m'inspire beaucoup, elle me
permet de sortir autre chose de moi-même, leur présence
touche d'autres endroits au plus profond de moi. Elles sont un miroir
de sentiments que je découvre et que j'explore. Mais elles ont
leur propre existence, elles s'ignorent, se croisent, elles se confrontent
entre elles et aussi avec moi. Toutes ces rencontres chorégraphiques
se font dans une grande sensualité. J'ai voulu une musique poétique,
puissante, comme un son arraché avec, au milieu, d'autres sons
plus tordus. C'est sur un rideau sonore que les corps s'essayent à
de multiples rencontres. Compass signifie boussole et j'ai voulu aussi
ces rencontres pour parler d'un déséquilibre dans notre
vie, de certains comportements que l'on a et qui ne correspondent pas
à ce que nous sommes. Chacun cherche sa manière d'être,
avec soi et avec les autres. C'est ce que je ressens dans mon corps
quand je regarde autour de moi. Il me semble que nous sommes tous un
peu bancals, à ne pas savoir où se mettre véritablement.
Alors comment redresser la barre, pour l'être un peu moins
?
Martine
Pullara
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