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Diffuseurs
de moments artistiques, rôle aux multiples ramifications qui
laissent la porte ouverte à diverses possibilités. Soit
! A regarder de près ce qui se passe dans notre région,
on pourrait trouver facilement à redire en matière de
prise de risque. Il apparaît bien plus facile à un directeur
de lieu de programmer soit un Molière soit un spectacle à
l'audience facilitée par un nom d'acteur, que d'évaluer
des travaux plus indicibles. La complexité artistique n'est
pas toujours de rigueur et s'il faut bien du divertissement, on demeure
quelquefois perplexe.
Aujourd'hui, Guy Walter est l'homme par qui les vraies prises de risques
arrivent en matière de spectacle, avec des propositions qui
lient la performance, le théâtre, la danse, le cirque.
Des réussites, des interrogations très fortes, des moments
qui sollicitent l'esprit et les doutes. La déroute de temps
en temps devant un spectacle que l'on juge trop complexe. On ne va
pas refaire le coup de la justification de l'art contemporain en citant
l'incompréhension que subirent Stravinsky, Cocteau, Satie,
Tzara
C'est à travers une programmation exigeante que s'est installé
au fil des trois premières années le festival Les Intranquilles.
Aujourd'hui, le festival s'est installé à La Villa Gillet,
aux Subsistances, dans quelques librairies, bars et restaurants. Lectures,
performances, théâtre. La musique qui fait son apparition
avec en clôture le 21 juin d'un concert du trio jazz, Yosh'k
qui fera suite à la lecture du livre de John Edgar Wideman
par l'auteur.
Une programmation que l'on pourrait définir comme un
objet encore pas tout à fait identifiable dans le cadre habituel
du spectacle. On sent une envie de bousculer le théâtre,
la danse, la performance dans les Intranquilles ?
Oui, la programmation ne repose pas sur une habile sélection
de spectacles - théâtre, danse, nouveau cirque - que
nous estimerions de qualité mais sur une démarche commune,
libre et radicale que nous reconnaissons à tous les artistes
qui participent au Festival : un souci de s'aventurer sur de nouveaux
territoires d'expression en explorant le langage qui est le leur,
en bousculant ses usages et ses codes pour mieux rejoindre le réel,
l'interroger, le reformuler, quitte à nous déstabiliser
par l'invention de formes nouvelles. Il s'agit avant tout d'un festival
de création où chacun s'emploie à se découvrir
et à découvrir, à ouvrir des nouveaux horizons
de pensée. Cette année, nous avons mis l'accent sur
les relations entre l'intime et le public. Comment traduire, représenter
l'intimité sur un plateau ? Comment la relier à une
dimension collective, l'affecter d'une valeur politique, d'une force
de perturbation ? Ce sont les enjeux de Massé, Huysman, ou
d'Olry et Pastor qui vont tenter une traversée de la subjectivité
familiale pour l'un ou de la maladie pour l'autre. Le collectif BN
va à partir de l'éprouvé de l'expérience
politique de la lutte des intermittents qui fut la leur tenter de
nous faire vivre la naissance de l'éprouvé dans la littérature
médiévale française, trois cents vers de Perceval.
Ils ont travaillé ensemble les protocoles de la représentation,
la distribution de la parole, la pluralité des voix. Leur démarche
est ouverte, hasardeuse, intranquille
Vous me parliez l'autre jour d'un nouveau public qui arrive sur
les Subsistances.
Il est assez surprenant et réconfortant de constater que nous
avons pu réunir 16000 personnes sur le site en quatre mois
d'activité autour d'une programmation artistique très
exigeante dont on dirait de principe qu'elle est élitiste.
Or son succès prouve qu'elle est publique, que l'on peut réconcilier
la recherche et le large public, que chacun souhaite au travers de
l'expérience du spectacle à redonner sens à sa
vie parce qu'elle est complexe et que cette complexité mérite
d'être traduite, quitte à que ce soit déroutant.
Pendant les week-end de création, tout le monde s'est montré
généreux et attentif, prêt à tout, y compris
à ne pas comprendre ou ne pas aimer, parce que ce qui était
présenté ou dit n'était pas une recherche seulement
formelle, un exercice gratuit, mais une tension authentique vers ce
qui nous trouble et nous touche. Nous ne voulons pas présenter
des spectacles parfaits, des produits culturels de qualité
mais faire participer les hommes et les femmes à des expériences
sensibles qui leur permettent de se trouver et de se parler. Un laboratoire
de création artistique, c'est un lieu convivial où nous
sommes invités à ressentir et penser ce qui nous est
montré. C'est en cela que c'est aussi un lieu politique.
La Villa Gillet reste un espace tout à fait à part
dans le monde culturel français.
C'est vrai. Depuis plus de dix ans nous y invitons des artistes, des
chercheurs, des écrivains de toutes les disciplines et de tous
les pays à se rassembler autour de questions théoriques
ou critiques qui nous paraissent importantes. Ce que je disais à
propos des Subsistances est aussi vrai pour la Villa Gillet. Si nous
voyons un public de plus en plus nombreux et de plus en plus diversifié,
en âge et en formation, venir assister à des conférences,
à des débats, à des rencontres, à des
lectures ou à des performances, c'est parce qu'il sait que
l'exercice du savoir n'y est pas une vaine virtuosité de l'esprit
mais un effort heureux, parfois jubilatoire, de donner sens à
nos interrogations, de les partager avec les autres. C'est cela, le
plaisir de la pensée. A la Villa Gillet, nous tentons de traverser
ensemble notre temps, de saisir la contemporanéité dans
laquelle nous vivons, de lui donner forme. La philosophie, les sciences
humaines, les littératures sont un espace de vie et de réflexion.
Qu'une région et une ville se soient dotées d'une institution
comme la Villa Gillet, aujourd'hui des Subsistances, c'est significatif
d'une mutation culturelle féconde et tant mieux.
Bruno
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