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Dire
que A Silver Mount Zion Memorial Orchestra & Tralala Band With Chord
(c'est leur nom tel qu'il apparaît sur leur dernier album) est
un groupe à géométrie très variable dans
la mouvance du label de Montréal Constellation et que dedans
se retrouvent des musiciens issus de Godspeed You Black Emperor ! ou
autre Set Fire To Flames voudrait tout dire. Et bien non. S'il est évident
que tous ces groupes partagent quelques vues en commun -importance de
l'expérimentation, création de paysages musicaux très
personnels, prédominance de la notion de collectif, implication
politique dans la forme (un certain esprit do it yourself) et dans le
fond (proposition de messages jamais réducteurs ni dogmatiques)-
chaque groupe, chaque entité, serions-nous tentés de dire,
possède sa propre couleur, son propre parfum, sa propre existence,
sa vie et rien d'autre.
La force d'A Silver Mount Zion tout comme celle de ses petits camarades
réside dans le côté incontournable du collectif,
un collectif de création, une sorte d'osmose musicale pouvant
côtoyer le bancal, forçant le déséquilibre
pour mieux s'en servir, s'en retrouver grandi. A ce titre le dernier
enregistrement connu du groupe This is our punk rock, Thee Rusted Satellites
gather and sing, se vautre avec une certaine inconscience dans des parties
vocales assez hasardeuses et des churs frisant la surenchère
(comme sur le final de Goodbye desolate railyard) et cependant on en
redemande. Quel talent que celui qui consiste à se sortir du
pathos que l'on a soi-même engendré. One, two, three, four,
five, seven, eight ! encore et encore, ce disque démarre de manière
assez énigmatique par un cours de danse plutôt énergique
alors que la musique du groupe se développe quant à elle
très lentement, pour s'achever sur une voie ferrée oubliée
dans un vieux cliquetis de wagon en marche. A Silver Mount Zion, c'est
avant tout la découverte d'un parcours non fléché
(dont le voyage qui en résulte n'appartient qu'à l'auditeur)
et pour ceux et celles qui pourraient douter de la bonne conversion
de cet univers-là sur une scène, donnons le détail
des musiciens qui interviendront pour le concert lyonnais du 06 mars
au Rail Théâtre (et tant pis pour la modestie de ceux-ci
et l'harponnage du collectif) : Efrim et Ian aux guitares, Sophie et
Jessica aux violons, Beckie au violoncelle, Thierry à la contrebasse
et Scott à la batterie, percussions, cymballum, etc
"Hearts
in need make symphonies" ont-ils écrit dans le livret du
dernier disque et bien c'est tout à fait cela : par la musique
combler ne serait-ce qu'un instant ce vide que nous pouvons tous connaître
mais qui lui ne se partage pas, ce sera déjà pas si mal.
A noter qu'en première partie il y aura le jeune électromécanicien
Alexandre Pax découvert il y a deux ans lors du festival des
Musiques Innovatrices de Saint Etienne : assemblages de sons bizarroïdes
plus ou moins électroniques, cela aussi c'est de la musique.
Guillaume |