ARCHIVES
2004

JANVIER N°89
Anne Gastinel
Les Têtes Raides

Les Trois-Huit au Théâtre du 8ème
Guy Walter, les Subsistances
Yuval Pick
Denis Plassard

FEVRIER N°90
Les Thugs
Farid Azzout
Annick Charlot
Turak Théâtre

MARS N°91
Air
Meï Teï Shô
A Silver Mount Zion
Khaban'
Zenzile
Loïc Lantoine
Guy Walter

AVRIL N°92
Dreadlyon Hi-Fi Sound
Lhasa
Jean-Yves Picq
Béatrice Massin
6ème Continent
Johnny Cash

MAI N°93
Black Comix club
Blonde Redhead
Jeanne Cherhal

JUIN N°94/95
Guy Walter, Les Intranquilles
Bérurier Noir
Daniel Darc

SEPTEMBRE N°96
Tony Gatlif
Les Arts Sauts
Jean-Paul Bouvet
Editions A Rebours
Lemmy Kilminster
Virginie Despentes

OCTOBRE N°97
Abou Lagraa
Pierre Baux
Svinkels

NOVEMBRE N°98
Ghinzu
Fly Pan Am
Lydia Lunch
The Ex
François Joly, Sang d'Encre

DECEMBRE N°99
Les Langagières
Patricia Petibon
Interpol
Habitat et Humanisme

  MARS N°91  



 

Meï Teï Shô

On l'attendait avec impatience ce nouvel opus de Meï Teï Shô puisque depuis le 1er album Xam sa bop (paru à l'automne 2001), entre son double en version remix et le live de l'été 2002, il n'y avait pas eu de véritable album studio, mais voilà qui est fait en beauté avec Lô bâ (Small Axe / Tripsichord). Un titre faisant référence à un proverbe Songho (langue vivante en République centrafricaine)et qui signifie en substance que l'homme d'aujourd'hui, à l'instar de ses ancêtres, a tout à apprendre mais que rien ne garantit qu'il le fera (sic). Clin d'œil à une perpétuelle et nécessaire remise en question qui sied parfaitement au collectif Meï Teï Shô, lui qui n'a de cesse de réinventer sa musique tout en puisant généreusement dans ses racines culturelles, africaines en l'occurrence concernant Germain Semba et Jean Gomis, respectivement ventilateur de rythmes Shô et bête de scène so Kool.
Et la première impression que nous laisse ce deuxième album confirme cette évolution naturelle tant il parait évident à l'écoute que l'africain prend de plus en plus de place dans "l'afro jungle jazz" bouillant de Meï Teï Shô, comme si le groupe effectuait progressivement un retour aux sources, tout en douceur, avec nombre de chansons très mélodiques teintées de spleen par la grâce de vocaux limite incantatoires (Love child, Ghost friend, Nak djeriño, Xelal ko…); tel le vent qui respire entre les notes, une "deep african soul" semble ainsi souffler sur Lô bâ d'est en ouest. Meï Teï Shô ne saurait pourtant se cantonner à des pérégrinations musicales en un seul continent et continue d'explorer toutes les pistes du "groove du désert" en utilisant pêle-mêle hip-hop turntables, percussions orientales, guitares wah wah funk, bop charleston & free horns… Plus que jamais, le quintette croix-roussien nous délivre une invitation à un voyage musical au-delà des frontières, étayé par l'apport créatif singulier de tous les intervenants que compte ce disque : le fantasque Dj Cherif, R. Wan et Fixi (à l'accordéon !) détachés de Java, Ragad Sadek l'Egyptien de Ganoud, Susheela Raman et Zabida Bensaïfi, chanteuses émérites, et quelques autres invités de marque qui donnent à cet album une couleur encore plus bigarrée !
Fort de cette alchimie, Lô bâ est certainement l'album de l'âge mûr s'appuyant de surcroît sur une production impeccable, avec cette caisse claire qui sonne comme jamais au sein d'un mixage à la clarté minérale. C'est donc peu de dire que Meï Teï Shô a aujourd'hui franchi un palier, imprimant son propre style irréductible et conservant toute sa rage de dire, portée à bout de cordes vocales et en plusieurs langues dans le texte (wolof, anglais, français…) par un chanteur démoniaque. La surprenante furia des voix croisées sur le titre emblématique Never money today devrait achever de convaincre les plus mous de la feuille. Et comme le groupe ne compte pas s'arrêter en si bon chemin, il effectuera une tournée dans la foulée : en mars à Clermont-Ferrand le 4, St-Etienne le 8 et Grenoble le 11; en avril à Lyon le 9 et Payzac (07) le 10. Rendez-vous pris avec le printemps, celui de Meï Teï Shô assurément.

Laurent Zine