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On
l'attendait avec impatience ce nouvel opus de Meï Teï Shô
puisque depuis le 1er album Xam sa bop (paru à l'automne 2001),
entre son double en version remix et le live de l'été
2002, il n'y avait pas eu de véritable album studio, mais voilà
qui est fait en beauté avec Lô bâ (Small Axe /
Tripsichord). Un titre faisant référence à un
proverbe Songho (langue vivante en République centrafricaine)et
qui signifie en substance que l'homme d'aujourd'hui, à l'instar
de ses ancêtres, a tout à apprendre mais que rien ne
garantit qu'il le fera (sic). Clin d'il à une perpétuelle
et nécessaire remise en question qui sied parfaitement au collectif
Meï Teï Shô, lui qui n'a de cesse de réinventer
sa musique tout en puisant généreusement dans ses racines
culturelles, africaines en l'occurrence concernant Germain Semba et
Jean Gomis, respectivement ventilateur de rythmes Shô et bête
de scène so Kool.
Et la première impression que nous laisse ce deuxième
album confirme cette évolution naturelle tant il parait évident
à l'écoute que l'africain prend de plus en plus de place
dans "l'afro jungle jazz" bouillant de Meï Teï
Shô, comme si le groupe effectuait progressivement un retour
aux sources, tout en douceur, avec nombre de chansons très
mélodiques teintées de spleen par la grâce de
vocaux limite incantatoires (Love child, Ghost friend, Nak djeriño,
Xelal ko
); tel le vent qui respire entre les notes, une "deep
african soul" semble ainsi souffler sur Lô bâ d'est
en ouest. Meï Teï Shô ne saurait pourtant se cantonner
à des pérégrinations musicales en un seul continent
et continue d'explorer toutes les pistes du "groove du désert"
en utilisant pêle-mêle hip-hop turntables, percussions
orientales, guitares wah wah funk, bop charleston & free horns
Plus que jamais, le quintette croix-roussien nous délivre une
invitation à un voyage musical au-delà des frontières,
étayé par l'apport créatif singulier de tous
les intervenants que compte ce disque : le fantasque Dj Cherif, R.
Wan et Fixi (à l'accordéon !) détachés
de Java, Ragad Sadek l'Egyptien de Ganoud, Susheela Raman et Zabida
Bensaïfi, chanteuses émérites, et quelques autres
invités de marque qui donnent à cet album une couleur
encore plus bigarrée !
Fort de cette alchimie, Lô bâ est certainement l'album
de l'âge mûr s'appuyant de surcroît sur une production
impeccable, avec cette caisse claire qui sonne comme jamais au sein
d'un mixage à la clarté minérale. C'est donc
peu de dire que Meï Teï Shô a aujourd'hui franchi
un palier, imprimant son propre style irréductible et conservant
toute sa rage de dire, portée à bout de cordes vocales
et en plusieurs langues dans le texte (wolof, anglais, français
)
par un chanteur démoniaque. La surprenante furia des voix croisées
sur le titre emblématique Never money today devrait achever
de convaincre les plus mous de la feuille. Et comme le groupe ne compte
pas s'arrêter en si bon chemin, il effectuera une tournée
dans la foulée : en mars à Clermont-Ferrand le 4, St-Etienne
le 8 et Grenoble le 11; en avril à Lyon le 9 et Payzac (07)
le 10. Rendez-vous pris avec le printemps, celui de Meï Teï
Shô assurément.
Laurent
Zine
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