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D'abord
danseuse contemporaine, intégrée par la suite au sein
de la compagnie de danse baroque Ris et Danceries, Béatrice
Massin est aujourd'hui chorégraphe et dirige sa propre compagnie
Fêtes Galantes
Avec Que ma joie demeure, sur les Concertos
brandebourgeois de Bach, elle nous offre un spectacle pur plaisir
et pur bonheur
Tout en nous faisant comprendre que la danseest
le prolongement de la musique et que la musique est intimement liée
aux mouvements !
La danse baroque est née au XVIème siècle,
avec l'Académie Royale de Danse créée par Louis
XIV, le vrai terme d'ailleurs pour en parler, devrait-être celui
de danse académique ?
C'est vrai. En réalité la danse baroque, c'est la même
chose que la danse académique. Mais tout cela est très
compliqué, ce sont des appellations mises après coup,
sur des périodes. Je préfère utiliser le terme
de baroque, sinon on risquerait d'enfermer mon travail dans un carcan
passéiste. Maintenant dans le terme de baroque, il y a cette
idée du mouvement en spirale, du mouvement en rondeur, de largeur.
Entre le 17ème et le 18ème, l'évolution de cette
danse est monumentale. Elle se fait au quotidien, d'abord dans le
corps des amateurs que sont les courtisans et puis grâce à
l'Académie Royale de Danse où elle se fait dans le corps
des professionnels. À ce moment-là, on assiste à
une transformation incroyable de la matière même, presque
au quotidien. C'était une danse actuelle à cette époque,
par sa grande capacité à inventer et à créer.
Qu'est-ce qui caractérisait le mouvement de cette danse
?
C'est justement avec l'époque baroque que le mouvement a commencé
à se transformer. Ce sont les bases de cette danse qui deviennent
plus tard, celles de la danse classique. Jusque-là, l'ouverture
des pieds n'existe pas. De même les levers, c'est-à-dire
l'idée de monter sur les orteils, de commencer à se
lever vers le divin n'existe pas encore. C'est avec la danse baroque
que tout cela apparaît, comme aussi la coordination du bras
et de la jambe. C'est donc d'un seul coup, une évolution technique,
une conceptualisation des choses très impressionnantes qui
apparaissent.
Vous avez une formation contemporaine, pourquoi ce choix d'aller
uniquement vers cette danse ?
J'ai effectivement rencontré la danse baroque sur mon chemin
de danseuse contemporaine. Ce qui m'a complètement fasciné,
c'était le rapport de la musique avec d'autres choses, cette
façon qu'a la danse baroque d'être une écriture
spatiale de la musique, et je cherchais cela depuis longtemps. Cette
découverte a été un tel bonheur pour moi, que
je suis restée complètement dans le monde baroque. Avec
l'impression très vite intuitivement et maintenant encore plus
profondément, que je ne m'éloignais pas du monde contemporain.
Il y avait véritablement les mêmes préoccupations
d'espace, de positionnement du corps, de rapport au sol, de positionnement
d'un corps par rapport à un autre dans l'espace. C'était
très proche de préoccupations contemporaines et du coup
tout mon travail de création se fait dans cette relation entre
les deux. On est au XXIème siècle et j'ai envie de traiter
cette danse baroque comme une matière actuelle.
Comment allez-vous vers la transformation, la réécriture
du mouvement baroque ?
Mon travail personnel sur le mouvement baroque est énormément
basé sur le poids, l'intégration du poids, l'intégration
du dynamisme, les portés, les chutes. Il est basé sur
l'espace avec la volonté de donner à cette danse une
dimension plus grande. Il y a beaucoup de petites choses de l'époque,
qui pourraient être prises et difficilement pensées autrement
qu'avec un certain maniérisme, notamment par rapport au travail
des bras, à la multitude des bras. Moi, j'essaye d'épurer
tout cela, d'aller aussi vers des choses plus instinctives physiquement.
Dans Que ma joie demeure, quel était l'enjeu entre la danse
et la musique ?
L'enjeu était énorme car il s'agissait d'essayer de
s'attaquer aux Concertos brandebourgeois alors que cette musique se
suffit largement à elle-même. Je me demandais comment
arriver à chorégraphier les concertos sans être
au-dessous de la musique. J'ai travaillé sur l'accumulation
de l'énergie de la danse, d'abord en silence, puis en partitions
rythmiques justement du pas des danseurs. Par la suite, je me suis
dit qu'il était possible d'amener sur la danse, les concertos
brandebourgeois, comme une espèce de grande voûte qui
recouvrirait le tout. J'évitais ainsi de me retrouver dans
un rapport bêtement anecdotique avec la musique.
Il y a dans votre travail, un lien très fort entre le costume
et le mouvement !
Le lien est fondamental. Je voulais garder l'ampleur, la largeur du
costume baroque, qu'il soit le prolongement du mouvement comme dans
ses origines. Mais je voulais aussi que l'on voie les corps. Avec
la costumière Dominique Fabrègue, on a beaucoup travaillé
en ce sens. On a gardé la largeur des manches, le fait d'être
cintré à la taille, la largeur du bas du costume mais
par contre on a terriblement raccourci, pour mettre en dessous, des
pantalons. Et puis, quand les corps sont véritablement livrés
à la joie de la danse, à l'exubérance, les manteaux
tombent et l'on a les volumes des corps des danseurs, les plus purs
possibles, dans le plaisir total.
Propos
recueillis par Martine Pullara |