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"Pour cette manifestation, renchérit-il,
nous voulons faire spectacle avec la langue
" La poésie
et le spectacle font-ils vraiment bon ménage ? Pour Jean-Pierre
Siméon, "la poésie est anti-spectaculaire dans
le sens qu'on lui donne aujourd'hui. C'est un spectaculaire de l'intime.
Voilà pourquoi nous proposons avec Les Langagières d'être
dans un rapport très proche, comme si nous murmurions des textes
à l'oreille du public. Il s'agit de briser certains fantasmes
autour de la poésie et les diverses peurs qu'elle suscite :
peur de s'ennuyer ou de ne pas comprendre, peur que ce ne soit pas
fait pour soi. Il faut engager les gens à tenter le coup. Il
faut y aller au débotté, écouter l'impossible,
être sensible à la ligne de bord du poète
La poésie, ce n'est pas ce que vous croyez. "
L'or et le noir. L'esprit qui anime les promoteurs de ces sixièmes
Langagières, les deuxièmes villeurbannaises, est plutôt
réjouissant. Le programme, à l'avenant, promet de nombreuses
rencontres avec des poètes, des comédiens ou d'autres
personnes plus ou moins connues autour de mots, de phrases, de textes.
Le choix est multiple, il s'agit de picorer "Et de rester frustré,
s'amuse Christian Schiaretti, c'est un des principes de base des Langagières
: on ne peut pas tout voir. Les salles sont parfois dotées
de très peu de places". L'objet est aussi fragile. Comme
elle mise beaucoup sur la capacité d'émerveillement
du public, avec la dose d'improvisation que cela suppose, la manifestation
assume le risque du flop, de ces moments où, bon, voilà,
c'est la vie
La quinzaine s'ouvre avec Le Banquet du faisan, festin littéraire
mis en uvre par le comédien Jacques Bonnafé pour
se refermer avec une carte blanche au sieur Higelin (last, but not
least). Entre ces deux maîtres de cérémonie, chaque
jour pratiquement s'engagera avec des brigades d'intervention poétiques
qui voient des comédiens débarquer dans des établissements
scolaires pour y lâcher quelques vers, une phrase ou une pensée
bien balancée. Vers midi, des textes seront lus dans un restaurant,
ou dans un autre. Puis les enfants pourront découvrir un Théâtre
pour grandir en début d'après-midi, avant une soirée
à géométrie variable, entre consultations poétiques,
rencontres avec des acteurs "discrets" de la décentralisation
culturelle, lectures, cabaret musicaux, moments de bravoure
Alors ? Grappillons à l'envi ! Allons entendre la jeune poétesse
Valérie Rouzeau ou la plus âgée et de plus en
plus rare Andrée Chédid
Voir ou revoir le Stabbat
matter furiosa, de Jean-Pierre Siméon, joué par Gisèle
Tortérolo dans une mise en scène de Christian Schiaretti.
A noter que la comédienne lira un texte extrait de La Rivière
de l'exil, de Colum McCann, à l'heure d'un déjeuner.
Ne sûrement pas négliger d'accompagner les élèves
de l'ENSATT pour un atelier-spectacle autour des poètes maudits.
Ecouter William Cliff, poète belge, Jack Hirschmann, poète
américain, ni Michel Butor, plus connu pour ses romans que
pour sa poésie, incessante, Michel Vinaver, avec son texte
11 septembre 2001/11 september 2001, mais aussi la lecture, intégrale,
de sa pièce Par dessus bord. Une longue soirée est consacrée
à Aragon, en compagnie, notamment de Jean Ferrat et du poète
Jean Ristat, son légataire testamentaire. Charles Julliet,
encore, viendra à Villeurbanne, Sami Frey lira Artaud, Robin
Renucci animera des ateliers de lecture, Françoise Maimonne
et Patrick Laupin liront des textes de ce dernier
Et ce n'est
pas tout. Nous avions été prévenus : Les Langagières,
objet culturel non identifié, misent sur la frustration du
public.
Florence
Roux
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