ARCHIVES
2004

JANVIER N°89
Anne Gastinel
Les Têtes Raides

Les Trois-Huit au Théâtre du 8ème
Guy Walter, les Subsistances
Yuval Pick
Denis Plassard

FEVRIER N°90
Les Thugs
Farid Azzout
Annick Charlot
Turak Théâtre

MARS N°91
Air
Meï Teï Shô
A Silver Mount Zion
Khaban'
Zenzile
Loïc Lantoine
Guy Walter

AVRIL N°92
Dreadlyon Hi-Fi Sound
Lhasa
Jean-Yves Picq
Béatrice Massin
6ème Continent
Johnny Cash

MAI N°93
Black Comix club
Blonde Redhead
Jeanne Cherhal

JUIN N°94/95
Guy Walter, Les Intranquilles
Bérurier Noir
Daniel Darc

SEPTEMBRE N°96
Tony Gatlif
Les Arts Sauts
Jean-Paul Bouvet
Editions A Rebours
Lemmy Kilminster
Virginie Despentes

OCTOBRE N°97
Abou Lagraa
Pierre Baux
Svinkels

NOVEMBRE N°98
Ghinzu
Fly Pan Am
Lydia Lunch
The Ex
François Joly, Sang d'Encre

DECEMBRE N°99
Les Langagières
Patricia Petibon
Interpol
Habitat et Humanisme

  DECEMBRE N°99  


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Les Langagières

L'or et le noir : le programme des Langagières, fête de la langue qui se déroule au TNP du 29 novembre au 11 décembre, joue la carte de Noël. "Nous avons vraiment voulu offrir quelque chose au public". Quelque chose ? À écouter Christian Schiaretti, directeur des lieux et inventeur de l'événement avec le poète Jean-Pierre Siméon, "Les Langagières ne peuvent se résumer à un simple festival de poésie, ni à des spectacles dans le sens habituel du terme, ni à une animation qui serait une sorte de dédouanement citoyen…" Oui, mais quoi encore ?

"Pour cette manifestation, renchérit-il, nous voulons faire spectacle avec la langue…" La poésie et le spectacle font-ils vraiment bon ménage ? Pour Jean-Pierre Siméon, "la poésie est anti-spectaculaire dans le sens qu'on lui donne aujourd'hui. C'est un spectaculaire de l'intime. Voilà pourquoi nous proposons avec Les Langagières d'être dans un rapport très proche, comme si nous murmurions des textes à l'oreille du public. Il s'agit de briser certains fantasmes autour de la poésie et les diverses peurs qu'elle suscite : peur de s'ennuyer ou de ne pas comprendre, peur que ce ne soit pas fait pour soi. Il faut engager les gens à tenter le coup. Il faut y aller au débotté, écouter l'impossible, être sensible à la ligne de bord du poète… La poésie, ce n'est pas ce que vous croyez. "
L'or et le noir. L'esprit qui anime les promoteurs de ces sixièmes Langagières, les deuxièmes villeurbannaises, est plutôt réjouissant. Le programme, à l'avenant, promet de nombreuses rencontres avec des poètes, des comédiens ou d'autres personnes plus ou moins connues autour de mots, de phrases, de textes. Le choix est multiple, il s'agit de picorer "Et de rester frustré, s'amuse Christian Schiaretti, c'est un des principes de base des Langagières : on ne peut pas tout voir. Les salles sont parfois dotées de très peu de places". L'objet est aussi fragile. Comme elle mise beaucoup sur la capacité d'émerveillement du public, avec la dose d'improvisation que cela suppose, la manifestation assume le risque du flop, de ces moments où, bon, voilà, c'est la vie…
La quinzaine s'ouvre avec Le Banquet du faisan, festin littéraire mis en œuvre par le comédien Jacques Bonnafé pour se refermer avec une carte blanche au sieur Higelin (last, but not least). Entre ces deux maîtres de cérémonie, chaque jour pratiquement s'engagera avec des brigades d'intervention poétiques qui voient des comédiens débarquer dans des établissements scolaires pour y lâcher quelques vers, une phrase ou une pensée bien balancée. Vers midi, des textes seront lus dans un restaurant, ou dans un autre. Puis les enfants pourront découvrir un Théâtre pour grandir en début d'après-midi, avant une soirée à géométrie variable, entre consultations poétiques, rencontres avec des acteurs "discrets" de la décentralisation culturelle, lectures, cabaret musicaux, moments de bravoure…
Alors ? Grappillons à l'envi ! Allons entendre la jeune poétesse Valérie Rouzeau ou la plus âgée et de plus en plus rare Andrée Chédid… Voir ou revoir le Stabbat matter furiosa, de Jean-Pierre Siméon, joué par Gisèle Tortérolo dans une mise en scène de Christian Schiaretti. A noter que la comédienne lira un texte extrait de La Rivière de l'exil, de Colum McCann, à l'heure d'un déjeuner. Ne sûrement pas négliger d'accompagner les élèves de l'ENSATT pour un atelier-spectacle autour des poètes maudits. Ecouter William Cliff, poète belge, Jack Hirschmann, poète américain, ni Michel Butor, plus connu pour ses romans que pour sa poésie, incessante, Michel Vinaver, avec son texte 11 septembre 2001/11 september 2001, mais aussi la lecture, intégrale, de sa pièce Par dessus bord. Une longue soirée est consacrée à Aragon, en compagnie, notamment de Jean Ferrat et du poète Jean Ristat, son légataire testamentaire. Charles Julliet, encore, viendra à Villeurbanne, Sami Frey lira Artaud, Robin Renucci animera des ateliers de lecture, Françoise Maimonne et Patrick Laupin liront des textes de ce dernier… Et ce n'est pas tout. Nous avions été prévenus : Les Langagières, objet culturel non identifié, misent sur la frustration du public.

Florence Roux