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Eric Boudet / Ethnomédia©
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Abou
Lagraa
Aller
voir Cutting flat, la dernière création d'Abou Lagraa,
c'est aller voir de la danse comme on en voit peu et pourtant, c'est
celle-ci qui devrait faire aimer la danse.... Des danseurs hors du
commun et généreux, une écriture implacable et
libre, et plus encore qu'avec Allegoria stanza, une sensualité
à frémir ! |
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L'espace est structuré, quadrillé, au sol, à
la verticale et en suspension. Ces espaces vont eux-mêmes se
structurer, par touches de lumières, par déplacements
de groupes ou d'individus, et aussi par l'utilisation de la vidéo.
La note de la scénographie est épurée, blanche,
en attente ou révélatrice du mouvement et du corps.
Et l'essentiel du spectacle est là. Car si le thème
de départ est l'enjeu du groupe et de l'individu à l'intérieur
d'un appartement imaginaire, le reste c'est de l'émotion à
l'état brut, qui va chercher toute la poésie de la danse
à l'endroit juste. D'entrée, vêtus d'un même
costume social, les danseurs se lancent pour composer leurs rencontres.
La musique est lancinante et hypnotisante, et très vite la
chorégraphie se pose dans une énergie circulaire, soutenue
par l'intensité du groupe. Ils sont dix, au sol ou debout,
en mouvements identiques ou décalés, avec au milieu,
des chutes. Tandis qu'ils créent des duos, trios ou quintettes,
les corps deviennent amples et s'emparent de l'espace pour se projeter
au-delà de la scène, vers nous. La rigueur de la construction
chorégraphique est si puissante qu'elle permet à chaque
danseur d'exprimer ce qu'il est, ce qu'il ressent. Elle instaure une
violente solitude et montre que l'individu est encore seul, alors
même qu'il est dans un rapport amoureux, de séduction,
de folie, de jeux... Merveilleux sont ces danseurs qui malgré
leur costume nous font percevoir leur chair vivante ! Généreux
sont ces danseurs qui dans le mouvement, semblent être le prolongement
fusionnel de l'univers poétique du chorégraphe ! Abou
Lagraa aime les danseurs et leur corps, jusqu'à par moments
les rendre flous ou virtuels. Mais il sait aussi nous éclabousser
de sensualité. Comme avec ce couple qui en se déshabillant,
transforme sa peau en taches de cuivre. Avec l'eau, en faisant glisser
ces femmes dans un bleu profond tandis que sur un écran émergent
le visage et les épaules d'une femme à l'abandon. L'eau
coule à nu sur elle et sa jouissance est la nôtre. L'on
comprend que le travail avec la vidéo, le jeu du virtuel et
du réel nous permet d'agrandir notre regard sur le corps du
danseur, de nous en sentir plus proche. Et derrière le voile
de tulle, la fin du spectacle est saisissante
Corps qui cherchent
l'autre, sa main, être touché, effleuré, caressé,
frôlé, laisser partir l'autre, devenir seul, être
trois, deux, un et un, un à croiser l'autre, et disparaître
sans savoir si l'on a vraiment existé. C'est ce que nous sommes.
Martine
Pullara |