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La
10ème édition des journées Sang d'Encre autour
du roman policier rassemblera écrivains, public et libraires
les 20 et 21 novembre en la salle des fêtes de Vienne, lors
d'un week-end clairement axé sur la convivialité; l'occasion
de nous entretenir avec l'affable et "suractivé"
François Joly, lui-même écrivain de polars et
co-fondateur de cette manifestation au succès grandissant,
organisée conjointement par la Mjc et la Bibliothèque
de la cité antique.
Au
commencement, vous avez imaginé Sang d'Encre
Avant même d'être auteur, j'ai toujours eu la passion
des livres comme un vrai collectionneur boulimique
à
partir du moment où j'ai eu la possibilité d'avoir des
connexions dans le milieu, l'idée de faire un festival de littérature
policière m'est venue quasi naturellement. Ajoutez à
cela qu'à l'époque, c'était plutôt le désert
culturel du polar dans la région ! J'avais la chance d'avoir
à mes cotés au sein de la Mjc un directeur technique
(Guy Girard) enthousiaste, qui allait devenir co-fondateur de Sang
d'Encre. Nous avons commencé sans moyens, surtout avec l'aide
des copains qui ont débarqué ici sans rien demander
en retour; je pense à des gars comme Daeninckx, Giovanni ou
Pouy etc. On espérait 150 personnes pour la 1ère et
on en a eu plus du double
Quel bilan dressez-vous à l'aube de cette 10ème édition
?
Tous les gens qui font des bilans vous diront que c'est très
positif
Mais nous sommes effectivement montés en puissance
et l'on touche aujourd'hui environ 10 000 personnes avec Sang d'Encre.
Nous collaborons avec Eliane Renard (conservatrice de la bibliothèque)
qui accomplit un travail considérable en direction de la jeunesse,
et toute une équipe de bénévoles qui font que
la manifestation existe ! Nous insistons vraiment sur le versant éducation
populaire de notre mission qui se réalise en amont du festival
grâce à tout un réseau d'interconnexions régionales,
dans le cadre d'ateliers d'écriture réalisés
en bibliothèques et en établissements scolaires dans
nombre de communes de l'Isère et de la Drôme Ardèche.
Comment d'emblée différencier polar et roman noir
?
Je crois simplement que le roman noir, à l'instar du thriller
et d'autres genres, vient du polar
et que par ailleurs le polar
n'est pas forcément noir !
La naissance du polar, vous la situez quand ? Aux Etats-Unis durant
les années 40 avec les Chandler, Hammett, Himes et consorts
?
C'est beaucoup plus ancien ! et peut-être que la terrible histoire
d'dipe constitue les fondements de "La Noire"
sinon pour trouver les prémices du roman policier, zieutons
plus sûrement à la fin 19ème siècle avec
Les Misérables de Victor Hugo puisque tous les ingrédients
y sont réunis : les salopards que sont les Thénardier,
le flic dans toute sa splendeur joué par Javert, Valjean le
forçat évadé qui aura une vie de rédemption,
sans compter Cosette, l'héroïne malheureuse
Quant
au premier roman noir de la littérature française, sans
doute qu'il faut relire Madame Bovary ! Après, on pourrait
citer les intrigues d'Edgar Poe ou de Gaboriau avant d'arriver effectivement
au polar américain, et particulièrement à Dashiell
Hammett qui nous a tous beaucoup influencés avec son personnage
de détective brillant mais souvent en marge de la loi officielle
et alcoolo, évoluant dans un contexte social urbain très
chaotique; le polar intégrait alors une véritable critique
de la société avec une vision souvent gauchisante de
la lutte sociale, et l'on n'oublie pas que Hammett appartenait alors
au Parti Communiste, ni que Chester Himes combattait ouvertement le
racisme. Historiquement, la littérature policière a
souvent embrassé ces motivations d'ordre social voire philosophique.
"La Noire" est devenue ouvertement subversive ou tout
du moins progressiste parce qu'elle était destinée au
plus grand nombre et surtout parce qu'elle décrivait sans fard
la misère sociale et les dérives du système politique
?
Sûrement et concernant les auteurs de ma génération,
nous avons vraiment baigné dans la lecture d'auteurs comme
Jack London qui venaient quasiment de l'ultra gauche et qui dénonçaient
effectivement la misère et l'exploitation dans l'envers du
décor de l'Amérique clinquante.
Vous différenciez les générations ?
Aujourd'hui le polar est devenu un produit de grande consommation
Et à ce titre, il y a une nouvelle génération
d'auteurs qui font du polar sans cette espèce de vécu
qu'ont eu leurs prédécesseurs. Hammett a par exemple
bien connu la violence des grèves de son époque, Himes
a vraiment connu la prison et les bas-fonds de Harlem etc. Actuellement,
il est courant de réaliser une étude de marché
avant d'écrire un polar et l'on voit fleurir des serial killers
tous azimuts depuis le succès du Silence des agneaux. L'aspect
sociologique disparaît complètement au profit d'une description
quasi scatologique (plus y'a de sang, de sperme, de torture
mieux c'est); quant aux enquêtes, elles sont désormais
menées par des super cracks, juste un peu fragilisés
par leur passé, pour rester un tantinet crédibles. On
cherche ce qui a de plus perverti dans nos sociétés
et on l'amplifie à outrance, simplement parce que cela fait
recette. Cela ne m'ennuie aucunement que ces gens-là vendent
(bien) des livres, mais à mon sens le polar est véritablement
intéressant à partir du moment où il s'inscrit
dans une certaine réalité. Tout un chacun est capable
d'écrire un roman policier mais il devrait le faire avec ses
tripes et en témoignant de sa propre expérience; la
plausibilité de l'histoire en dépend et cet aspect-là
me semble primordial. Il y a évidement des auteurs qui savent
de quoi ils parlent encore aujourd'hui. Ceux-là sont nos invités,
j'allais dire permanents.
En parlant d'une "certaine réalité", dans
le recueil Les Gones en noir (Autrement, 2002), une autre image de
la ville de Lyon nous est révélée, loin des cartes
postales et hors catalogue
Lyon a toujours su cacher ses vices
Et c'est sûrement
la ville la plus secrète qui soit et peut-être la plus
intéressante à décrypter.
L'avenir pour Sang d'Encre ?
C'est aujourd'hui ! avec l'ouverture au roman policier étranger
et d'abord européen.
Laurent
Zine
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