|
New
York, rock, coldwave, arty
Finalement ces quatre mots racontent
peu ou prou l'histoire d'Interpol. Surgi de quelques tréfonds
de la fameuse "big apple", l'austère quatuor confirme
en six ans et deux albums son talent et sa personnalité atypique.
2002, sortie de Turn on the bright lights, Interpol enfonce les portes
et incarne, qu'il le veuille ou non, le retour de la new-wave très
80's, la résurgence cold et sort des placards les fantômes
des Ian Curtis, Joy Division et autre Bauhaus. Non, dixit le groupe
"On ne s'est jamais reconnu là-dedans", préférant
de loin revendiquer l'influence Nick Cave. Qu'importe, on aime ce
premier album aux ambiances très sombres, à l'allure
chic et gothique avec ces nappes crépusculaires et ces notes
douces-amères. Seul bémol peut-être, l'impression
monolithique de l'album, car mixé et produit avec la même
approche pour tous les titres. Mais il y a quelque chose de brut et
viscéral dans la musique de ces quatre-là, qui émeut
et impressionne. Deux ans plus tard, avec pas mal de concerts au compteur,
une tournée phare aux States aux côtés de The
Cure et un bouche-à-oreille élogieux, Paul, Daniel,
Carlos et Sam s'offrent sans façon un deuxième album
Antics (Labels), 10 titres intimistes et mystérieux, sobres
et glaçants. Suite logique et 2ème épisode d'une
saga new-yorkaise qui risque bien de ne pas s'arrêter là.
Résumons donc. Interpol fait du rock. "Je ne me suis jamais
dit je veux absolument faire du rock. Non, les choses viennent d'elles-mêmes,
on fait notre musique, celle qu'on aime sans se prendre la tête.
Oui, il y a des guitares, de la batterie; oui, on fait de la scène,
des concerts
Mais de là à crier au revival rock
?! Pour moi, le rock n'a jamais disparu. Mais les gens ont cessé
d'écouter du rock. Il y a toujours eu des groupes intéressants
qui ont continué de faire du rock, mais c'est resté
underground." Les New-yorkais cultiveraient d'ailleurs un côté
boudeur et autiste propre à certains groupes rock intransigeants.
Discours réduit à la plus simple expression sur scène,
mines sévères sur les photos, absence de communication,
Interpol se veut différent. Look de dandys friqués,
stricts et classes, c'est en cravate et veste noires qu'ils débarquent
sur scène. Affaire de goût et rien d'autre, affirment-ils.
Ils ont toujours été comme cela, même avant Interpol
! Des adeptes de Jean-Pierre Melville et Hal Hartley, et alors ? Interpol
se veut affranchi d'influences et d'a priori car ils affirment faire
la musique qui leur plaît, celle de leurs tripes. "On a
voulu d'abord écrire les chansons, écrire notre musique
sans nous préoccuper d'un style, d'une direction ou couleur
musicale. Ce qui change peut-être sur Antics ? la production
car on a eu cette fois-ci plus de temps en studio. On s'est attaché
à créer une tonalité et atmosphère particulières
sur chaque morceau, on a réfléchi pour savoir ce que
chaque titre demandait." Enregistrement presque live, travail
en studio efficace "On écrit toutes nos musiques avant
d'aller en studio, le studio n'est pas un lieu d'expérimentation"
et une manière de fonctionner simple et démocratique.
"C'est souvent moi (Daniel) qui démarre les chansons chez
moi avec ma seule guitare, ensuite j'apporte au groupe ce que j'ai
composé. C'est à ce moment qu'on se met à arranger
nos musiques, chacun écrivant sa propre partie, apportant ses
idées." Quelque chose finalement de spontané et
plutôt interactif. "Ni leader, ni dictateur qui impose
ses vues. Il n'y a pas de règle si ce n'est de respecter cette
idée de démocratie. Chez nous tout est soumis à
un vote. C'est compliqué mais aussi plus enrichissant et passionnant.
Là tu as quatre personnes avec leurs envies, leurs états
d'âme du moment et leur sensibilité
cela te donne
une réelle diversité, une richesse dans la musique
"
Claviers solennels, guitares obsédantes, basse imposante, rythmique
percutante pour musique neurasthénique et plaies à l'âme.
Interpol n'a rien à revendiquer, Paul Banks ne raconte finalement
que des histoires d'un quotidien tristounet, de peur au ventre, de
relations difficiles. "C'est plus quelque chose d'artistique.
Des histoires de la vie où chacun peut se reconnaître.
Un peu à la manière d'un peintre, Paul ne cherche pas
à donner une signification systématique à tout.
Il peint pour donner une autre image, ouvrir de nouvelles pistes."
Non contents de leurs productions studio impeccables, les New-yorkais
créent la sensation sur scène. Lookés, tendus
et intenses. A coups de guitares abrasives et sales, de basses rondes
et puissantes. C'est expéditif et généreux, percutant
et explosif. "Avec plus de 600 dates, on a l'habitude de jouer
! Ça te donne une aisance, une facilité pour aller au
fond de chaque morceau. On ne pense plus à jouer, on est dans
notre musique et on a envie de se faire plaisir. On se lâche
vraiment." Un bon concert ? "une espèce d'alchimie
"
En chair et en os au Transbordeur le 4 décembre.
Anne
Huguet
|