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La
tonalité slave s'apparente à un supplément d'âme
pour Anne Gastinel, dont les racines restent lyonnaises. La violoncelliste
prodige s'accorde d'ailleurs un retour aux sources puisqu'elle vient
d'être nommée professeur de violoncelle au sein du Conservatoire
National Supérieur de Musique et de Danse de Lyon qui l'avait
déjà accueillie à l'âge de 11 ans. Ses
15 années de scène lui donnent désormais matière
à transmettre, et la confortent dans l'idée que sa carrière
de soliste et chambriste ne peut se jouer que sur le registre de l'échange.
Et c'est dans cet esprit qu'elle "marraine" le prochain
Voyage Musical d'Hiver, du 23 au 25 janvier à Lyon. Proposé
par Françoise Falk, directrice de Musique & Arts, et co-produit
par l'Orchestre National de Lyon (ONL), cet événement
offre un voyage aux tréfonds de l'âme slave, en parcourant
les pièces les plus romantiques et tourmentées de Chostakovitch,
Prokofiev, Rachmaninov et Tchaïkovski.
Que signifie pour vous d'être "marraine" de
cette rencontre musicale ?
J'ai été très touchée lorsque Françoise
Falk m'a parlé de cela, il y a 4 ou 5 ans. Je suis déjà
très attachée à Lyon; c'est la ville où
je vis et j'ai mes racines. Et puis, je dois dire très honnêtement
que j'ai le beau rôle : je ne gère pas tout le côté
fastidieux de l'organisation pure. Avec Françoise, nous avons
eu pas mal de discussions sur les thèmes, les musiciens, et
nous nous sommes mises d'accord.
Comment "l'âme russe" résonne-t-elle en
vous ?
D'une manière générale c'est une musique que
j'aime beaucoup. Elle est intuitive, sentimentale, et parle facilement
au public. Les atmosphères sont assez immédiates à
créer. Du coup, je ne me fais pas trop de souci par rapport
au concert, ce sont des programmes qui fonctionnent bien.
Où va votre préférence parmi les 5 uvres
que vous interpréterez ?
C'est difficile à dire
Il y a le paramètre de
l'échange avec les autres musiciens à prendre en compte.
Avec Roger Muraro, nous allons jouer trois sonates de Rachmaninov,
Prokofiev et Chostakovitch, tellement belles toutes les trois
J'ai peut-être une petite préférence pour Chostakovitch,
mais Rachmaninov est aussi de toute beauté, avec des parties
de piano démentielles. Et puis il y a ce trio pour piano et
cordes de Tchaïkovski que nous allons jouer avec David Grimal
et Roger Muraro, qui est un véritable monument.
Abordez-vous différemment les uvres déjà
enregistrées comme cette sonate pour violoncelle et piano de Rachmaninov, qui est au programme ?
La recherche ne finit jamais quelle que soit la pièce, mais
un des facteurs déterminants reste le partenaire. C'est une
sonate que j'ai jouée avec beaucoup de pianistes différents,
ce qui m'a donné la possibilité de redécouvrir
l'uvre. C'est aussi ce qui me plait : faire plus ou moins des
infidélités aux uns et aux autres. Quand on aime vraiment
la musique de chambre, ce que l'on privilégie c'est l'échange.
C'est aussi ce qui fait évoluer sa propre vision de l'uvre
et évite de figer une interprétation.
Vous jouerez également avec les musiciens de l'ONL ?
Oui, nous allons interpréter le Sextuor pour 2 violons, 2 altos
et 2 violoncelles de Tchaïkovski avec l'ONL et cette initiative,
prise par Françoise Falk, me plait beaucoup. Il est important
de ne pas trop dissocier les "solistes" des musiciens de
l'orchestre qui sont toujours des gens de grande valeur.
Est-ce cette même recherche "d'échange"
qui vous amène aujourd'hui à l'enseignement ?
C'est une chose à laquelle je pensais depuis beaucoup de temps,
mais j'avais besoin de sentir que je serai capable de servir à
quelque chose. Quand on veut vraiment s'investir et aider à
l'évolution musicale d'une personne il faut un minimum de recul
par rapport à son travail, et à soi-même. Cela
fait presque 15 ans que je donne régulièrement des concerts,
j'ai donc une certaine expérience de la scène, et des
choses à transmettre. Et puis enseigner dans un Conservatoire
Supérieur est une activité très riche et très
motivante, qui me fait aussi avancer dans mon propre travail. Sur
une même pièce travaillée par plusieurs élèves,
par exemple, je suis obligée d'avoir différentes approches
parce que j'ai des gens différents en face de moi. Ces échanges
m'apportent beaucoup et j'ose espérer que l'inverse est vrai
aussi !
Quels sont vos projets de nouveaux répertoires ?
Le 6 mars, à l'Auditorium de Lyon, je ferai une deuxième
création d'une pièce du compositeur chinois Tan Dun,
pour violoncelle, orchestre et vidéo, écrite en 2002.
A Strasbourg, je ferai aussi la création d'un concerto de Krzysztof
Penderecki pour trois violoncelles et orchestre. J'ai également
des projets de création de concertos pour l'année prochaine.
Il y a donc pas mal de choses, c'est un peu le hasard du calendrier,
mais c'est une vraie bouffée d'air frais.
Des projets d'enregistrements ?
On va terminer le cycle Beethoven commencé avec François
Frédéric Guy. Nous avons sorti 3 sonates l'année
dernière et nous allons enregistrer les 2 sonates restantes,
cet été. Et puis, j'ai des envies de concertos de Dutilleux,
mais rien n'est encore fixé pour le moment
Caroline
Faesch
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