ARCHIVES
2004

JANVIER N°89
Anne Gastinel
Les Têtes Raides

Les Trois-Huit au Théâtre du 8ème
Guy Walter, les Subsistances
Yuval Pick
Denis Plassard

FEVRIER N°90
Les Thugs
Farid Azzout
Annick Charlot
Turak Théâtre

MARS N°91
Air
Meï Teï Shô
A Silver Mount Zion
Khaban'
Zenzile
Loïc Lantoine
Guy Walter

AVRIL N°92
Dreadlyon Hi-Fi Sound
Lhasa
Jean-Yves Picq
Béatrice Massin
6ème Continent
Johnny Cash

MAI N°93
Black Comix club
Blonde Redhead
Jeanne Cherhal

JUIN N°94/95
Guy Walter, Les Intranquilles
Bérurier Noir
Daniel Darc

SEPTEMBRE N°96
Tony Gatlif
Les Arts Sauts
Jean-Paul Bouvet
Editions A Rebours
Lemmy Kilminster
Virginie Despentes

OCTOBRE N°97
Abou Lagraa
Pierre Baux
Svinkels

NOVEMBRE N°98
Ghinzu
Fly Pan Am
Lydia Lunch
The Ex
François Joly, Sang d'Encre

DECEMBRE N°99
Les Langagières
Patricia Petibon
Interpol
Habitat et Humanisme

  JANVIER N°89  


 

Anne Gastinel
se met au diapason de l'âme russe

La tonalité slave s'apparente à un supplément d'âme pour Anne Gastinel, dont les racines restent lyonnaises. La violoncelliste prodige s'accorde d'ailleurs un retour aux sources puisqu'elle vient d'être nommée professeur de violoncelle au sein du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Lyon qui l'avait déjà accueillie à l'âge de 11 ans. Ses 15 années de scène lui donnent désormais matière à transmettre, et la confortent dans l'idée que sa carrière de soliste et chambriste ne peut se jouer que sur le registre de l'échange. Et c'est dans cet esprit qu'elle "marraine" le prochain Voyage Musical d'Hiver, du 23 au 25 janvier à Lyon. Proposé par Françoise Falk, directrice de Musique & Arts, et co-produit par l'Orchestre National de Lyon (ONL), cet événement offre un voyage aux tréfonds de l'âme slave, en parcourant les pièces les plus romantiques et tourmentées de Chostakovitch, Prokofiev, Rachmaninov et Tchaïkovski.

Que signifie pour vous d'être "marraine" de cette rencontre musicale ?
J'ai été très touchée lorsque Françoise Falk m'a parlé de cela, il y a 4 ou 5 ans. Je suis déjà très attachée à Lyon; c'est la ville où je vis et j'ai mes racines. Et puis, je dois dire très honnêtement que j'ai le beau rôle : je ne gère pas tout le côté fastidieux de l'organisation pure. Avec Françoise, nous avons eu pas mal de discussions sur les thèmes, les musiciens, et nous nous sommes mises d'accord.
Comment "l'âme russe" résonne-t-elle en vous ?
D'une manière générale c'est une musique que j'aime beaucoup. Elle est intuitive, sentimentale, et parle facilement au public. Les atmosphères sont assez immédiates à créer. Du coup, je ne me fais pas trop de souci par rapport au concert, ce sont des programmes qui fonctionnent bien.
Où va votre préférence parmi les 5 œuvres que vous interpréterez ?
C'est difficile à dire… Il y a le paramètre de l'échange avec les autres musiciens à prendre en compte. Avec Roger Muraro, nous allons jouer trois sonates de Rachmaninov, Prokofiev et Chostakovitch, tellement belles toutes les trois… J'ai peut-être une petite préférence pour Chostakovitch, mais Rachmaninov est aussi de toute beauté, avec des parties de piano démentielles. Et puis il y a ce trio pour piano et cordes de Tchaïkovski que nous allons jouer avec David Grimal et Roger Muraro, qui est un véritable monument.
Abordez-vous différemment les œuvres déjà enregistrées comme cette sonate pour violoncelle et piano de Rachmaninov, qui est au programme ?
La recherche ne finit jamais quelle que soit la pièce, mais un des facteurs déterminants reste le partenaire. C'est une sonate que j'ai jouée avec beaucoup de pianistes différents, ce qui m'a donné la possibilité de redécouvrir l'œuvre. C'est aussi ce qui me plait : faire plus ou moins des infidélités aux uns et aux autres. Quand on aime vraiment la musique de chambre, ce que l'on privilégie c'est l'échange. C'est aussi ce qui fait évoluer sa propre vision de l'œuvre et évite de figer une interprétation.
Vous jouerez également avec les musiciens de l'ONL ?
Oui, nous allons interpréter le Sextuor pour 2 violons, 2 altos et 2 violoncelles de Tchaïkovski avec l'ONL et cette initiative, prise par Françoise Falk, me plait beaucoup. Il est important de ne pas trop dissocier les "solistes" des musiciens de l'orchestre qui sont toujours des gens de grande valeur.
Est-ce cette même recherche "d'échange" qui vous amène aujourd'hui à l'enseignement ?
C'est une chose à laquelle je pensais depuis beaucoup de temps, mais j'avais besoin de sentir que je serai capable de servir à quelque chose. Quand on veut vraiment s'investir et aider à l'évolution musicale d'une personne il faut un minimum de recul par rapport à son travail, et à soi-même. Cela fait presque 15 ans que je donne régulièrement des concerts, j'ai donc une certaine expérience de la scène, et des choses à transmettre. Et puis enseigner dans un Conservatoire Supérieur est une activité très riche et très motivante, qui me fait aussi avancer dans mon propre travail. Sur une même pièce travaillée par plusieurs élèves, par exemple, je suis obligée d'avoir différentes approches parce que j'ai des gens différents en face de moi. Ces échanges m'apportent beaucoup et j'ose espérer que l'inverse est vrai aussi !
Quels sont vos projets de nouveaux répertoires ?
Le 6 mars, à l'Auditorium de Lyon, je ferai une deuxième création d'une pièce du compositeur chinois Tan Dun, pour violoncelle, orchestre et vidéo, écrite en 2002. A Strasbourg, je ferai aussi la création d'un concerto de Krzysztof Penderecki pour trois violoncelles et orchestre. J'ai également des projets de création de concertos pour l'année prochaine. Il y a donc pas mal de choses, c'est un peu le hasard du calendrier, mais c'est une vraie bouffée d'air frais.
Des projets d'enregistrements ?
On va terminer le cycle Beethoven commencé avec François Frédéric Guy. Nous avons sorti 3 sonates l'année dernière et nous allons enregistrer les 2 sonates restantes, cet été. Et puis, j'ai des envies de concertos de Dutilleux, mais rien n'est encore fixé pour le moment…

Caroline Faesch