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A
l'occasion de la 2ème soirée Lyon Scène Reggae
Dub qui rassemblera au Transbordeur le 9 avril prochain Meï Teï
Shô, Shaâdi, Whit Weed ainsi que le Dreadlyon Hi-Fi Sound
System; nous nous sommes intéressés au label Dreadlyon
Records quant à son rôle actif de découvreur - diffuseur
dans le domaine du dub bigarré, depuis la renaissance de cette
musique hybride en France au milieu des années '90. Fondateur
de l'association éponyme et motivé comme au premier jour,
Uncle Fa revient sur cette dread aventure en plein cur du phénomène
dub.
Lyon
Scène Reggae Dub
C'est un gros projet de Médiatone (en partenariat avec Acte Public)
sur lequel nous nous sommes simplement greffés en proposant des
artistes; en dehors du fait que nous nous intéressons à
leurs actions depuis le début, la connexion s'est faite d'autant
plus naturellement qu'il s'agissait de proposer des concerts à
dominante régionale et il est évident que notre structure
fait partie du cru
Ainsi nous intervenons sur 2 des 3 soirées
et nous avons par ailleurs en projet de continuer à travailler
avec Acte Public, notamment sur la captation vidéo en live.
La 1ère soirée a visiblement bien fonctionné
puisque le Transbo était sold out : le 12 mars dernier avec Dub
Incorporation, Bawajafar n' Free, Mad Jimity's et Pirate Dub
Effectivement ce fut une réussite même si nous avons eu
quelques soucis concernant les temps de passage sur scène
mais c'est évident que l'on fera encore mieux le 9 avril !
Comment l'aventure Dreadlyon a-t-elle débutée ?
En fait tout a commencé en 1991 avec l'émission Dub Action
consacrée aux musiques jamaïcaines (et à la contre
culture !), que nous réalisions avec Dj King Milouz sur Radio
Canut (102.2). Si depuis il y a eu quelques changements de personnel,
l'émission existe toujours (le mardi soir) sans avoir varié
ni de format ni d'objectifs.
Dub Action
Le fait est que nous ne nous sommes jamais remis de la rencontre entre
le Clash et Mickey Dread ! nous avions donc simplement envie de contribuer
à la promotion du dub tant d'un point de vue musical que social,
et déjà à l'époque, nous commencions à
organiser en parallèle à la radio des sound systems :
ce fut par exemple l'occasion d'écouter les premiers freestyles
d'un certain Jean qui chantait alors dans les Crazy Skankers
(ndlr
: et aujourd'hui dans Meï Teï Shô).
Le Clash
Qui a permis aux jeunes blancs-becs européens de s'intéresser
enfin à la musique jamaïcaine. De la Punky Reggae Party
à Jah War des Ruts, de la vague de ska revival aux premières
"versions dub" dOberkampf ou de La Souris Déglinguée
on doit être régiment à avoir intégré
les sphères du reggae dub de cette façon. Il y a eu ensuite
la vague alternative qui a emmené tout ça un peu plus
loin avec Babylone Fighters ou Nuclear Device, puis la vague "dub
steppa" en Angleterre autour du label U Sound, et nous avons complètement
baigné là-dedans.
Jusqu'à la naissance du label
Après une tentative avortée de faire un documentaire sur
les débuts du dub en France, on a décidé de monter
un label (mai 2000) pour accompagner le phénomène de façon
productive : promouvoir les musiques analogiques ou numériques
ayant un lien direct ou lointain avec le reggae (dub, ragga, electro
dub, jungle, drum & bass et pourquoi pas hip-hop) en privilégiant
des artistes non encore reconnus par un marché du disque qui
ne recherche que le profit. Le dub est à la croisée des
chemins entre les racines (reggae roots) et l'electro contemporaine;
fondamentalement, notre créneau c'est donc de partir du dub dans
(quasiment) toutes les directions, parce qu'il n'y a pas de limites
à la recherche du groove ultime ! Ainsi le label s'est d'emblée
structuré autour d'un sound system et c'est pas original parce
que tous les labels de dub font ça
mais cela nous permet
de présenter rapidement au public des artistes émergeants,
puisque tel est notre credo.
Un sound system à géométrie variable.
Oui avec les deux piliers (co-fondateurs du label) que sont Jah Stef
et Milouz qui interviennent en tant qu'opérateurs - sélecteurs,
plusieurs MC's et des invités de façon ponctuelle, comme
ce fut le cas avec ce diable de Pirate Dub (la locomotive de Dreadlyon
!) en 1ère partie de Blood & Fire au feu Pez Ner. Il y a
maintenant un autre chanteur que nous aimerions "mettre sur orbite"
: Ras Hassen-Ti, ancien frontman du groupe reggae Iwa & Sons of
Salomon, qui, avec sa façon quasi roots mystique de toaster,
nous rappelle au bon vieux temps des Congos et de Burning Spear
Il sera bien évidemment présent au Transbo et nous devons
prochainement sortir un vinyle sur lequel il collabore avec le dub producteur
parisien Munky Lee.
Il est écrit "No community, no religion, just one nation
under a groove" au fronton du label sur www.dreadlyon.com
Et cela peut paraître contradictoire
et nous valoir une
"fatwa" des sectes les plus radicales du Rastafarisme ! puisque
s'il est clair que nous sommes vraiment imprégnés par
ce folklore, nous nous intéressons plus à sa dimension
culturelle (musicale !) et révolutionnaire (version dread du
Rastafarisme) qu'à sa dimension religieuse. Nous récupérons
une esthétique et un certain mysticisme liés au reggae
(le mythe du lion de Judée par exemple) mais c'est clair que
c'est pas demain la veille qu'il y aura chez nous des artistes proférant
des paroles tendancieuses (machistes et/ou identitaires par ex) comme
c'est trop souvent le cas en la matière.
Demain ?
Continuer avec cette optique de développement d'artistes émergents
quitte à les faire sortir de l'underground (alors que nous y
sommes nous-mêmes très à l'aise) et accueillir à
Lyon nos homologues de Birmingham qui font un label (Different Drummers)
avec un feeling identique au nôtre. L'idée étant
d'organiser quelques sessions en studio avant un concert en commun avec
deux sound systems. Si nous sommes un peu des "soldats perdus"
quant à l'action politique qui nous a motivés au départ,
nous avons aujourd'hui choisi un autre moyen pour diffuser et de la
bonne musique et la bonne parole !
Propos
recueillis par Laurent Zine |