|
Fantasque,
sensible, dôle et émouvante, Jeanne Cherhal est un véritable
phénomène.
Auteur, compositeur et interprète, Jeanne Cherhal est comme
elle aime à le dire "née sur scène".
C'est pourquoi, exigeante et déterminée, elle ne cède
pas à la tentation d'entrer en studio et prend le risque d'un
premier album live en 2002. Après avoir arpenté d'innombrables
scènes françaises seule au piano et y avoir semé
son grain de folie, la belle, du haut de son quart de siècle,
a croisé le talentueux Vincent Ségal. De cette rencontre
déterminante est née un second album Douze fois par
an sorti voici quelques mois chez Tôt ou Tard.
Jeanne Cherhal sur scène est à découvrir absolument.
Espiègle, un rien déjantée, accompagnée
par le guitariste Eric Löhrer, elle vous embarque dans un tourbillon
au sein de son petit théâtre personnel et d'un sourire
enfantin vous met une salle dans sa poche
Vous
avez fait l'expérience de différentes formes artistiques,
la danse, le théâtre, la musique. Pourquoi, finalement
la chanson a pris le dessus ?
C'est dans la chanson que je me sens le plus à l'aise. C'est
un moyen assez complet pour m'exprimer. Je m'accompagne au piano et
je peux livrer mes textes et mes musiques. Rien n'est figé.
C'est une façon assez riche de faire un art. Un piano, c'est
tellement massif qu'on a envie de jouer avec lui à tous les
sens du terme. Je ne suis pas forcément hyper costaude et j'aime
bien avoir une espèce de masse en face de moi. Cela me donne
envie de bouger et de lutter avec le piano.
Justement sur scène, le plaisir que vous prenez est très
palpable. Comment vous appréhendez cette tournée dans
une formule nouvelle pour vous, puisque vous êtes accompagnée
par un guitariste ?
Je pensais que le fait d'être à deux m'enlèverait
une part de trac. Mais ce n'est pas vrai du tout. Ça me rend
toujours aussi malade. J'avais peur en étant accompagnée
par un autre musicien de perdre certaines libertés musicales.
Et puis en fait au lieu de m'en enlever, ça m'en a presque
donné de travailler avec un guitariste. Eric Löhrer est
formidable. Il a compris où je voulais aller. C'est vraiment
une chance pour moi de pouvoir bosser avec lui. Il m'a aidée
aussi à me cadrer rythmiquement et à accepter de jouer
lentement, de faire des blancs, choses que j'avais du mal à
faire. Avant, c'était toujours à fond, j'avais l'impression
que sinon les gens s'ennuyaient.
Où puisez-vous votre inspiration ?
Dans les rapports humains en général. J'ai l'impression
qu'il n'y a que cela d'intéressant autour de nous. C'est pour
cela qu'on vit. Ce qui m'intéresse, c'est la fragilité
humaine. J'ai du mal à parler des choses qui vont trop bien.
Je ne sais pas du tout parler du bonheur. Des fois, j'aimerais bien
faire une chanson complètement positive
En fait par l'humour, vous arrivez à désamorcer des
situations pathétiques voire tragiques ?
En faisant rire les gens, ou même juste sourire, on peut faire
passer des choses beaucoup plus facilement qu'en les envoyant de façon
plus directe et violente.
Quels sont les chanteurs que vous admirez et qui peut-être
vous ont influencés ?
Higelin est mon icône de toujours. Je suis vraiment ravie et
fière de faire un duo avec lui sur le disque. S'il n'avait
pas accepté, je n'aurais pas proposé la chanson à
quelqu'un d'autre car je l'avais écrite pour lui. C'était
vraiment une espèce de fantasme. Il a une carrière assez
exemplaire. Ses chansons me touchent beaucoup. C'est un auteur exceptionnel,
un pianiste génial. C'est vraiment un des plus grands ! Moustaki
aussi m'a beaucoup poussée. J'ai eu la chance de faire sa première
partie à mes débuts. Il m'a toujours encouragée.
C'est un chanteur qui n'a jamais fait de compromis qui est libre.
J'aime autant sa production artistique que ce qu'il est en tant qu'homme.
La
chanson Douze fois par an est assez surprenante et plutôt gonflée.
Pourquoi avoir décidé de parler des règles ?
J'avais envie de faire une chanson sur le langage du corps et le fait
que nos maux parlent à notre place quand on n'arrive pas à
s'exprimer. Je suis persuadée qu'on est toutes faites pareil.
Ce n'est pas normal qu'il y ait des femmes qui vivent leurs règles
normalement et que pour d'autres ce soit un vrai calvaire. Je suis
persuadée que la douleur des règles vient de la tête
que c'est l'expression d'un traumatisme qu'on n'arrive pas à
dire
Alors ça s'est cristallisé sur les règles
parce que c'est quelque chose que je connais bien !
Léonore
|