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L'objet
est sobre, coffret recouvert de jean noir, un livret et cinq disques,
l'un à la couleur plutôt rock, country, un autre du côté
pop, folk, crooner, deux simplement voix, guitare sèche pour
le gospel, et le dernier, best of des précédents disques
de la série American.
Un homme tomberait du ciel avec la question "et sinon, les white
americans, ils ont fait quoi de bon ?"
"ben ça".
Il suffit d'entendre Johnny Cash chanter quelques notes pour être
marqué à jamais par sa voix. Grave, pénétrante,
solide, puissante mais parfois tellement douce que rien ne lui résiste.
Un timbre empreint de solennité, quelque chose de l'ordre de
la prière aussi qui en font le plus grand chanteur blanc de
gospel. C'est aussi un musicien capable presque à tous les
coups de faire une reprise meilleure que l'originale : le sur joué
One de U2 est transfiguré, Heart of gold de Neil Young prend
une claque et Father & son de Cat Stevens repris en duo avec Fiona
Apple devient une ballade pop irrésistible. Comme si Cash seul
avait le secret ultime de chaque chanson, et l'art de nous le révéler.
Ecouter en boucle Devil's right hand ou Gentle on my mind, ces morceaux
cachaient de purs joyaux, le maître est passé par-là
et il n'y a guère que Will Oldham pour tenir la comparaison
(I see a darkness repris dans l'album Solitary Man).
Et puis, il faut rendre hommage à Rick Rubin, producteur éclairé
(Def Jam, les Beastie Boys c'est lui !) qui a sorti Johnny Cash au
cur des années 90 d'un ghetto country un peu ringard
pour en faire cette légende reconnue aujourd'hui par tous les
chanteurs qui ont un minimum de goût. On a rarement entendu
un tel son, le mélange souvent problématique guitares
sèches piano par exemple
et la voix évidemment,
directe, sans effets : cash.
On pourrait en faire des tonnes sur la fin du bonhomme, longue maladie,
mort quelques mois après sa femme, Unearthed : déterré
(American Rcds). Oui, Cash parle de la mort, mais pas plus que d'amour,
ce n'est pas une obsession, on ne l'écoute pas dans le noir
avec des bougies. Cette musique donne un coup de fouet, tout le contraire
d'une veillée funèbre. On aura juste un pincement au
cur quand la chanson Hurt (reprise de Nine Inch Nails !) sature
légèrement à la fin
Cash ne chantera plus, qu'allons-nous devenir ?
Vincent
Domeyne |