ARCHIVES
2004

JANVIER N°89
Anne Gastinel
Les Têtes Raides

Les Trois-Huit au Théâtre du 8ème
Guy Walter, les Subsistances
Yuval Pick
Denis Plassard

FEVRIER N°90
Les Thugs
Farid Azzout
Annick Charlot
Turak Théâtre

MARS N°91
Air
Meï Teï Shô
A Silver Mount Zion
Khaban'
Zenzile
Loïc Lantoine
Guy Walter

AVRIL N°92
Dreadlyon Hi-Fi Sound
Lhasa
Jean-Yves Picq
Béatrice Massin
6ème Continent
Johnny Cash

MAI N°93
Black Comix club
Blonde Redhead
Jeanne Cherhal

JUIN N°94/95
Guy Walter, Les Intranquilles
Bérurier Noir
Daniel Darc

SEPTEMBRE N°96
Tony Gatlif
Les Arts Sauts
Jean-Paul Bouvet
Editions A Rebours
Lemmy Kilminster
Virginie Despentes

OCTOBRE N°97
Abou Lagraa
Pierre Baux
Svinkels

NOVEMBRE N°98
Ghinzu
Fly Pan Am
Lydia Lunch
The Ex
François Joly, Sang d'Encre

DECEMBRE N°99
Les Langagières
Patricia Petibon
Interpol
Habitat et Humanisme

  SEPTEMBRE N°96  



 

Jean-Paul Bouvet

S'il est une scène de l'agglomération lyonnaise ayant réussi à développer un public de manière constante, c'est bien Le Toboggan à Décines. Véritable lieu culturel, il est composé d'une médiathèque, d'une salle de cinéma "Art et Essai". d'un lieu d'exposition et d'une superbe salle de 664 places accueillant des spectacles de danse, cirque, théâtre et musique. Jean-Paul Bouvet le dirige depuis sa création en 1996 avec des objectifs pédagogiques et le souci du public local. Mais il va plus loin car la qualité de sa programmation lui permet aussi de toucher un public venu des villes environnantes, et d'afficher une progression de 23 % sur la fréquentation de sa dernière saison. L'autre particularité du Toboggan est l'identité que son directeur lui a donnée, comme lieu indispensable à la diffusion de la danse. Avec de belles pièces, mais aussi des prises de risques, il nous permet de découvrir ou revoir des chorégraphes apportant des souffles bienfaiteurs d'émotions et de réflexions. En attendant de savourer sa prochaine saison, nous l'avons rencontré... côté danse !


Aujourd'hui, le Toboggan est une référence en matière de danse, pourquoi avez-vous eu le désir de privilégier cet art ?
La danse est véritablement entrée au Toboggan par l'accueil des spectacles de la Biennale, avec le Brésil en 1996. Tout en étant au départ, un homme de théâtre, je m'y suis intéressé de plus en plus parce qu'elle s'intéressait aux autres arts, se nourrissait du théâtre, de la vidéo, du rapport au cinéma, Autour de la danse, il s'exprimait quelque chose qui pour moi était essentiel, le fait de placer le corps en tant que corps social, corps politique et corps esthétique, avec des prises de risques. Et c'est vrai que dans le théâtre, je ne trouvais pas cela. Le monde du théâtre a plus de mal à imposer des formes nouvelles. Mais la danse est aujourd'hui encore, un art auquel on ne laisse pas beaucoup de place sur scène !
De fait, votre programmation danse est devenue plus importante, avec un véritable tournant il y a 3 ans ?
Oui car plus je programmais de la danse, plus le public venait. Entre Vaulx-en-Velin qui travaillait avec des équipes en résidence sur la création contemporaine et Bron, plus axé sur le jazz et la musique du monde, je savais qu'il y avait quelque chose à faire avec la danse. Le Toboggan avait une programmation généraliste comme beaucoup d'autres théâtres, et pour conquérir de nouveaux publics, il me semblait nécessaire d'avoir une meilleure lisibilité, une véritable couleur, j'ai senti que je pouvais le faire avec la danse. Et en 2001, pour ancrer cette volonté, j'ai obtenu du Ministère de la Culture que l'on soit nommé "Scène Conventionnée Plateau pour la Danse".
On dit souvent que la danse contemporaine est chez vous et celle institutionnelle à la Maison de la Danse, avec l'apparition de deux publics différents !
Bien sûr il y a une différence de public de l'un à l'autre, mais ce qui est très intéressant c'est que des vases communicants se mettent en place. Par exemple, avec François Verret que Guy Darmet programme cette année au Toboggan. On sait que cela va être difficile, mais en même temps on fait de l'éducation de public, c'est-à-dire que le public de la Maison de la Danse peut choisir des choses différentes, plus contemporaines. C'est quand même un raccourci de dire que c'est plus institutionnel, parce qu'il sait prendre des risques. Deux ans après Rien de rien, j'ai voulu reprogrammer Sidi Larbi Cherkaoui avec Foi et on l'a fait ensemble, car tout seul je n'y serais jamais arrivé.
Vous développez des résidences, avec un beau projet sur la Ville de Décines pour 2005 !
Jusqu'à présent, c'était surtout des résidences de création, sans qu'il y ait forcément un projet pédagogique, comme ce fut le cas avec Denis Plassard et Maguy Marin. Mais cette année, je commence une résidence avec Yuval Pick, avec une création et un projet autour de la danse contemporaine, sur la mémoire des Décinois, de Décines et de ses lieux. Cette ville s'est construite à partir d'une offre multiple de travail avec des populations très différentes. On va essayer de lui redonner de la mémoire avec des petits modules qui seront dansés par des amateurs de plus de 60 ans. Si la création de Yuval n'a pas de lien direct avec ce projet, ici ce qui est intéressant, c'est le rapport de l'artiste à la population, dans sa fonction artistique.
Votre programmation danse est équilibrée et tient compte des publics, mais en dehors de cette logique, quelles sont vos autres envies ?
Pour l'instant, je suis encore dans une programmation un petit peu généraliste de façon à ce que les gens aient envie de revenir avec confiance. J'aimerais faire des temps forts qui apportent une vision nouvelle de la danse. J'aimerais créer les "Impertinents" du Toboggan sans me soucier uniquement de la rentabilité, créer les "24h de la Danse" avec une série de solos à présenter, des petites formes, créer aussi un moment sur la "danse belge". Je voudrais toujours apporter plus d'ouverture comme j'ai pu le faire pour Musiques en Scène cette année. Mais on n'est pas une institution et on n'a pas les moyens nécessaires. Pourtant, on a un outil extraordinaire, avec les gradins qui se retirent entièrement, la possibilité de créer plusieurs scènes en même temps. Et je ne sais pas quand j'aurais les moyens de faire tout cela....

Martine Pullara