|

|
|
Jean-Paul
Bouvet
S'il
est une scène de l'agglomération lyonnaise ayant réussi
à développer un public de manière constante,
c'est bien Le Toboggan à Décines. Véritable lieu
culturel, il est composé d'une médiathèque, d'une
salle de cinéma "Art et Essai". d'un lieu d'exposition
et d'une superbe salle de 664 places accueillant des spectacles de
danse, cirque, théâtre et musique. Jean-Paul Bouvet le
dirige depuis sa création en 1996 avec des objectifs pédagogiques
et le souci du public local. Mais il va plus loin car la qualité
de sa programmation lui permet aussi de toucher un public venu des
villes environnantes, et d'afficher une progression de 23 % sur la
fréquentation de sa dernière saison. L'autre particularité
du Toboggan est l'identité que son directeur lui a donnée,
comme lieu indispensable à la diffusion de la danse. Avec de
belles pièces, mais aussi des prises de risques, il nous permet
de découvrir ou revoir des chorégraphes apportant des
souffles bienfaiteurs d'émotions et de réflexions. En
attendant de savourer sa prochaine saison, nous l'avons rencontré...
côté danse ! |
|
Aujourd'hui, le Toboggan est une référence en
matière de danse, pourquoi avez-vous eu le désir de
privilégier cet art ?
La danse est véritablement entrée au Toboggan par l'accueil
des spectacles de la Biennale, avec le Brésil en 1996. Tout
en étant au départ, un homme de théâtre,
je m'y suis intéressé de plus en plus parce qu'elle
s'intéressait aux autres arts, se nourrissait du théâtre,
de la vidéo, du rapport au cinéma, Autour de la danse,
il s'exprimait quelque chose qui pour moi était essentiel,
le fait de placer le corps en tant que corps social, corps politique
et corps esthétique, avec des prises de risques. Et c'est vrai
que dans le théâtre, je ne trouvais pas cela. Le monde
du théâtre a plus de mal à imposer des formes
nouvelles. Mais la danse est aujourd'hui encore, un art auquel on
ne laisse pas beaucoup de place sur scène !
De fait, votre programmation danse est devenue plus importante,
avec un véritable tournant il y a 3 ans ?
Oui car plus je programmais de la danse, plus le public venait. Entre
Vaulx-en-Velin qui travaillait avec des équipes en résidence
sur la création contemporaine et Bron, plus axé sur
le jazz et la musique du monde, je savais qu'il y avait quelque chose
à faire avec la danse. Le Toboggan avait une programmation
généraliste comme beaucoup d'autres théâtres,
et pour conquérir de nouveaux publics, il me semblait nécessaire
d'avoir une meilleure lisibilité, une véritable couleur,
j'ai senti que je pouvais le faire avec la danse. Et en 2001, pour
ancrer cette volonté, j'ai obtenu du Ministère de la
Culture que l'on soit nommé "Scène Conventionnée
Plateau pour la Danse".
On dit souvent que la danse contemporaine est chez vous et celle
institutionnelle à la Maison de la Danse, avec l'apparition
de deux publics différents !
Bien sûr il y a une différence de public de l'un à
l'autre, mais ce qui est très intéressant c'est que
des vases communicants se mettent en place. Par exemple, avec François
Verret que Guy Darmet programme cette année au Toboggan. On
sait que cela va être difficile, mais en même temps on
fait de l'éducation de public, c'est-à-dire que le public
de la Maison de la Danse peut choisir des choses différentes,
plus contemporaines. C'est quand même un raccourci de dire que
c'est plus institutionnel, parce qu'il sait prendre des risques. Deux
ans après Rien de rien, j'ai voulu reprogrammer Sidi Larbi
Cherkaoui avec Foi et on l'a fait ensemble, car tout seul je n'y serais
jamais arrivé.
Vous développez des résidences, avec un beau projet
sur la Ville de Décines pour 2005 !
Jusqu'à présent, c'était surtout des résidences
de création, sans qu'il y ait forcément un projet pédagogique,
comme ce fut le cas avec Denis Plassard et Maguy Marin. Mais cette
année, je commence une résidence avec Yuval Pick, avec
une création et un projet autour de la danse contemporaine,
sur la mémoire des Décinois, de Décines et de
ses lieux. Cette ville s'est construite à partir d'une offre
multiple de travail avec des populations très différentes.
On va essayer de lui redonner de la mémoire avec des petits
modules qui seront dansés par des amateurs de plus de 60 ans.
Si la création de Yuval n'a pas de lien direct avec ce projet,
ici ce qui est intéressant, c'est le rapport de l'artiste à
la population, dans sa fonction artistique.
Votre programmation danse est équilibrée et tient
compte des publics, mais en dehors de cette logique, quelles sont
vos autres envies ?
Pour l'instant, je suis encore dans une programmation un petit peu
généraliste de façon à ce que les gens
aient envie de revenir avec confiance. J'aimerais faire des temps
forts qui apportent une vision nouvelle de la danse. J'aimerais créer
les "Impertinents" du Toboggan sans me soucier uniquement
de la rentabilité, créer les "24h de la Danse"
avec une série de solos à présenter, des petites
formes, créer aussi un moment sur la "danse belge".
Je voudrais toujours apporter plus d'ouverture comme j'ai pu le faire
pour Musiques en Scène cette année. Mais on n'est pas
une institution et on n'a pas les moyens nécessaires. Pourtant,
on a un outil extraordinaire, avec les gradins qui se retirent entièrement,
la possibilité de créer plusieurs scènes en même
temps. Et je ne sais pas quand j'aurais les moyens de faire tout cela....
Martine
Pullara
|