ARCHIVES
2004

JANVIER N°89
Anne Gastinel
Les Têtes Raides

Les Trois-Huit au Théâtre du 8ème
Guy Walter, les Subsistances
Yuval Pick
Denis Plassard

FEVRIER N°90
Les Thugs
Farid Azzout
Annick Charlot
Turak Théâtre

MARS N°91
Air
Meï Teï Shô
A Silver Mount Zion
Khaban'
Zenzile
Loïc Lantoine
Guy Walter

AVRIL N°92
Dreadlyon Hi-Fi Sound
Lhasa
Jean-Yves Picq
Béatrice Massin
6ème Continent
Johnny Cash

MAI N°93
Black Comix club
Blonde Redhead
Jeanne Cherhal

JUIN N°94/95
Guy Walter, Les Intranquilles
Bérurier Noir
Daniel Darc

SEPTEMBRE N°96
Tony Gatlif
Les Arts Sauts
Jean-Paul Bouvet
Editions A Rebours
Lemmy Kilminster
Virginie Despentes

OCTOBRE N°97
Abou Lagraa
Pierre Baux
Svinkels

NOVEMBRE N°98
Ghinzu
Fly Pan Am
Lydia Lunch
The Ex
François Joly, Sang d'Encre

DECEMBRE N°99
Les Langagières
Patricia Petibon
Interpol
Habitat et Humanisme

  MAI N°93  



 

Black Comix club


La bande dessinée est-elle autre chose qu'une culture de divertissement ? Les auteurs et les experts du genre en sont convaincus. Mais les étendards d'un 9ème art émancipé sont rares, au regard d'une production pléthorique : plus de 2 500 livres publiés rien qu'en 2003, à 68 % des nouveautés. Pourtant, sur la même année, 90 % de la couverture journalistique consacrée à la BD n'a traité que du seul festival d'Angoulême, selon l'Association des journalistes et critiques de bandes dessinées (ACBD). Aujourd'hui, les références se limitent surtout à l'érudite revue 9ème Art de Thierry Groensteen, ainsi qu'à Bang !, lancé par les Editions Casterman et Beaux-Arts Magazine. Sinon, il faut se tourner vers les fanzines et les ouvrages collectifs des indépendants (l'Association, Ego Comme X...). Dans ce paysage disparate, deux nouvelles revues ont fait, ces derniers mois, leur apparition.
La première, baptisée Black, est une initiative italienne du dessinateur Igort, que Vertige Graphic vient de co-éditer en France. S'inspirant des revues de critique littéraire ou de sciences humaines du siècle dernier, Black propose tous les six mois une anthologie de jeunes talents confirmés, souvent méconnus du grand public. La revue mise sur "le retour des avant-gardes soft". Derrière cette formule un peu alambiquée, l'idée est de promouvoir une bande dessinée internationale innovante, qui explore de nouvelles voies narratives sans donner forcément dans l'iconoclasme, d'où le qualificatif "soft". On trouvera dans ce numéro 1, à l'esthétique soignée, quatorze histoires inédites, notamment signées de David B, François Ayrolles, Jessica Khane, Gabriella Giandelli, Gipi, Leila Marzocchi et Javier Olivares, complétées d'une interview d'Igort et d'une dissertation sur Sergio Leone.
L'autre nouveau venu s'appelle Comix Club. Cet ovni niçois est porté par les confidentielles Editions Groinge. Sur une couverture années 60, un fauteuil sert d'emblème à cette "revue critique de bandes dessinées". Originalité du projet : tous les contributeurs sont des auteurs : Otto T, Tanitoc, Hervé Carrier, Morvandiau, ou encore le scénariste lyonnais Lionel Tran. "Les articles de presse manquent généralement de curiosité, remarque Big Ben, fondateur de Comix Club. Ils traduisent le discours convenu des maisons d'édition. J'ai eu envie de troquer ma plume de dessinateur pour celle de critique". L'ouvrage a demandé un an de gestation. Il compile de courts récits graphiques sur le statut de dessinateur (en a t-il seulement un ?), des chroniques de livres et de tendances, des extraits de conférences... Le résultat est franchement inégal, mais il réussit sur l'essentiel : offrir au lecteur une plongée dans le milieu de la bande dessinée indépendante. Pas celui des trajectoires d'exception, façon Marjane Satrapi, mais des créateurs hantés par le doute, la revendication de liberté et le désir de reconnaissance.

Black, le retour des avant-gardes "soft", collectif, éd. Vertige Graphic / Coconino Press, 240 pages
Comix Club, collectif, éd. Groinge, 140 pages

Laurent Poillot