ARCHIVES
2004

JANVIER N°89
Anne Gastinel
Les Têtes Raides

Les Trois-Huit au Théâtre du 8ème
Guy Walter, les Subsistances
Yuval Pick
Denis Plassard

FEVRIER N°90
Les Thugs
Farid Azzout
Annick Charlot
Turak Théâtre

MARS N°91
Air
Meï Teï Shô
A Silver Mount Zion
Khaban'
Zenzile
Loïc Lantoine
Guy Walter

AVRIL N°92
Dreadlyon Hi-Fi Sound
Lhasa
Jean-Yves Picq
Béatrice Massin
6ème Continent
Johnny Cash

MAI N°93
Black Comix club
Blonde Redhead
Jeanne Cherhal

JUIN N°94/95
Guy Walter, Les Intranquilles
Bérurier Noir
Daniel Darc

SEPTEMBRE N°96
Tony Gatlif
Les Arts Sauts
Jean-Paul Bouvet
Editions A Rebours
Lemmy Kilminster
Virginie Despentes

OCTOBRE N°97
Abou Lagraa
Pierre Baux
Svinkels

NOVEMBRE N°98
Ghinzu
Fly Pan Am
Lydia Lunch
The Ex
François Joly, Sang d'Encre

DECEMBRE N°99
Les Langagières
Patricia Petibon
Interpol
Habitat et Humanisme

  JUIN N°94/95  



 

Bérurier Noir
"Tant qu'il y a du noir, il y a de l'espoir"

Beaucoup de choses ont été dites à l'emporte pièce concernant le retour de Bérurier Noir sur le devant de la (d'une) scène : c'était en décembre 2003 aux Transmusicales de Rennes, 14 ans quasiment jour pour jour après les derniers concerts à l'Olympia qui scellaient la fin d'une aventure punk jusqu'au-boutiste et éminemment alternative. Pourquoi donc le groupe avait-il choisi de se reformer cet hiver et pour quel avenir ? Pour ce qui est de la 2ème partie de la question, on sait désormais qu'il y aura d'autres concerts et pas plus tard que cet été, pour celles et ceux qui auront la possibilité de faire le pèlerinage en Belgique (festival de Dour) ou au Québec ! des contrées qui à l'évidence justifient en valeur intrinsèque le déplacement… Quant à la 1ère partie de l'interrogation, peut-être qu'il fallait simplement aller chercher la réponse en direct à Rennes, parce que voir ou revoir les Bérurier sur scène est une expérience unique qui vous remue à l'intérieur, à mi-chemin entre le cirque haut en couleurs et la fiesta libertaire, comme ce fut le cas ce 4 décembre dans la salle Liberté qui vivait là ses derniers soubresauts.
Avançant en formation réduite - Loran (guitares) François (chant et masques) Dédé (Boîte à rythmes) Titi (danses) et Masto (Sax et clowneries) - à l'instar d'une escouade de légionnaires romains solidaires et parés pour en découdre avec une horde de wisigoths (!); Bérurier Noir l'a joué frontal comme à son habitude, à grands renforts de slogans et de riffs de guitares, devant 7000 personnes déchaînées, reprenant en cœur tous les refrains et pogotant de l'avant scène jusqu'aux alentours de la salle… Comme si les années n'avaient pas eu d'effet ni sur le groupe ni sur son public, comme si les “Petits Agités” (ceux d'hier et ceux d'aujourd'hui qui ne les avaient jamais vus) n'attendaient que ça pour se (re)faire la belle ! et dire que les organisateurs déboussolés avaient reçu plus de 40 000 demandes de billets…
Force est alors de constater que le mythe Bérurier Noir est plus que tenace ! et cela n'a évidemment rien à voir avec une quelconque aptitude à la virtuosité musicale… quand bien même la formule boîtes à rythmes, accords punk basiques et textes vengeurs s'avère redoutablement efficace.
"C'était la nuit noire…"
Nés avec la deuxième vague punk rock en France à l'orée des années 80 (avec Lukrate Milk, Guernica et consorts), les Bérurier Noir sont devenus malgré eux au fil des concerts et des albums (particulièrement avec la parution de Concerto pour détraqués en 1985), les porte-drapeaux d'une partie de la jeunesse à nouveau activiste et fédérée… unie contre un borgne raciste ("La jeunesse emmerde le Front National !" in Porcherie), contre les beaufs à la Cabu (“Tu retrouveras les salopards qui t'ont violé dans un bar !” in Hélène et le sang), contre la France des petits chefs ("Je hais mon pays" in Manifeste) et contre l'exclusion en général (celle des immigrés, précaires, prisonniers etc.). Une génération politiquement engagée, pas frileuse pour un sou, prête à "Vivre libre ou mourir !" et qui croyait simplement en une façon alternative de construire demain… Sans préjuger du côté utopique ou non de l'affaire, voyez donc les passerelles avec le mouvement alter-mondialiste d'aujourd'hui. Alors au-delà du punk rock en tant que mode de vie cultivant la différence, pas besoin d'aller chercher bien loin les raisons de l'engouement renouvelé concernant Bérurier Noir : entre le déficit de valeur actuel du Politique, le repli identitaire, le chaos social, l'individualisme porté au firmament ou la mode du formatage musical etc.; le vent de la révolte ou à tout le moins celui de l'évasion, doit sûrement souffler en ce moment même entre les oreilles de celles et ceux qui refusent l'uniformisation de la pensée et de la… musique. Et Bérurier de rappeler humblement à ces derniers que "Tant qu'il y a du noir, il y a de l'espoir".
Sur les scènes de Dour : Asian Dub Foundation, Shannon Wright, Jazzanova, La Ruda, Horace Andy, Explosions in the Sky, Sage Francis… pas moins de 100 000 festivaliers et 200 artistes attendus.

Laurent Zine