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Hervé
Tanquerelle
Le
Dessinateur aux petits traits
A
31 ans et quatre albums à son actif, Hervé Tanquerelle
fait partie de la génération montante des auteurs de
BD "nourris à la mamelle" de Lewis Trondheim (c'est
l'Asso qui le dit). Son dessin naïf vient servir les scénarios
fin de (dix-neuvième) siècle du prolifique Joann Sfar
et d'un autre nouveau venu : Hubert. Avec lui, il vient de signer
le deuxième opus du Legs de l'Alchimiste. Un vieux savant blessé
mortellement par la créature qu'il a créée, un
Golem, confie un anneau magique à son disciple Joachim avant
de lâcher son dernier souffle. Au tome 2, l'esprit farceur qui
habite l'anneau raconte à Joachim, jeté en prison, qui
en fut l'ancien propriétaire : la turbulente Leonora von Stock,
fille d'un ministre des finances, aux prises avec une société
secrète tentaculaire. |
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Interview.
Comment s'est nouée ta collaboration avec Hubert ?
Nous nous sommes rencontrés à Nantes, en 1999. A l'époque,
je venais de sortir La Balade du Petit Pendu, un petit format de 22
pages publié à l'Association. Je réalisais aussi
quelques planches pour des fanzines bretons. Il m'a contacté
pour me proposer de travailler sur Le Legs de l'Alchimiste, son premier
projet de scénario : au départ, Hubert est surtout coloriste,
notamment pour Delcourt. Notre rapprochement a bien fonctionné.
Déjà, son récit est à la croisée
d'une littérature populaire (Harry Dickson, Sherlock Holmes...)
et de vieux films fantastiques (les Dracula et Frankenstein de LA
Hammer, l'univers de Fritz Lang...) qui m'ont toujours plu. Ensuite,
il était convenu qu'Hubert colorise mes planches. Son traitement
à l'ordinateur me convient bien : il utilise des aplats clairs
avec quelques rehauts sombres, le tout est simple et sans esbroufe.
Exactement le bon complément pour moi, qui ait plutôt
un dessin compliqué : je mets beaucoup de petits traits pour
ombrer les décors et les personnages. Glénat a retenu
notre dossier sur un concours de circonstances. Didier Convard venait
de lancer la collection ésotérique La Loge Noire et
notre histoire de Golem, d'anneau magique et de professeur alchimiste
tombait bien. Nous avons sorti le premier tome en janvier 2001, j'ai
attaqué le second Legs au printemps 2002. Entre-temps, il y
a eu Professeur Bell, avec Joann Sfar.
Ce deuxième travail a sans doute précipité
tes débuts de professionnel...
Là aussi, c'est un peu le fruit du hasard. Joann m'a appelé
après avoir vu mes planches en noir et blanc, qu'Hubert lui
avait montrées à l'occasion d'un festival à Paris.
Il m'a fait comprendre qu'il serait prêt à bosser avec
moi, sans tout de suite évoquer Professeur Bell, dont il avait
déjà signé les deux premiers tomes. Graphiquement,
il était coincé. La série lui tenait à
cur, mais il finissait par s'ennuyer à la dessiner. Le
trait de cette BD a un côté classique et plutôt
tenu, ce qui n'arrangeait plus Joann, qui évolue vers un tracé
libre. Comme il mène de front une foule de projets, il m'a
finalement proposé de prendre la suite. Je me suis senti flatté,
mais ce pari était dangereux pour moi : mon style reste malgré
tout assez proche du sien et je ne tenais pas, pour l'avenir, à
être considéré comme sa doublure. Il m'a rassuré
sur ce point et nous nous sommes débrouillés pour qu'il
s'agisse d'une reprise subtile, pas d'un plagiat. Je crois que l'album
a été bien accepté par la critique. Je travaille
à présent sur un quatrième tome. Pour cette série,
nous avons un contrat par album. Nous allons continuer, jusqu'à
ce que l'un ou l'autre ait envie de passer à autre chose.
Revenons au Legs de l'alchimiste. On sent une progression sur le
deuxième tome, notamment dans la mise en page.
Certaines choses ont bougé, en effet. Le premier tome était
basé sur une course poursuite entre le héros et le Golem,
tandis que le second est un peu plus complexe, avec cette fois-ci
une intrigue et un récit en dents de scie. Quant au découpage,
je ne m'en occupe plus seul : j'ai demandé à Hubert
de faire le prédécoupage des scènes, ce qui change
forcément le traitement graphique de la BD... et m'a permis
de gagner du temps.
As-tu de nouvelles ficelles techniques ?
J'utilise moins la plume. Je me suis aperçu que le feutre tubulaire
permet un rendu presque aussi beau tout en étant très
facile à manier. Je m'en sers de plus en plus pour ce travail
de petits traits que je ne veux pas abandonner. Je n'ai pas toujours
procédé ainsi. Le Petit Pendu a été fait
surtout au pinceau, ce qui donne un trait plutôt gras. Ce goût
pour les hachures m'est venu en constituant ma doc pour les deux séries
couleur : des photos du siècle dernier, des gravures... Je
me suis inventé une nouvelle touche graphique en essayant de
m'approprier le rendu de ces vieilles images. J'aime que mon dessin
bouge, je laisse le trait venir. Pour les scènes d'action de
Leonora Von Stock, j'ai évolué sur un dessin plus réaliste,
avec envies de séquences plus rapides, plus lâchées.
Quand on travaille avec un coloriste reconverti et un auteur polyvalent,
n'a-t-on pas envie de se mettre à son tour au scénario
?
Bien sûr ! Même si mes velléités dans ce
domaine ont été pour le moment tuées dans l'uf
par Sfar : au moment où il a sorti seul son premier Professeur
Bell, je réfléchissais à une histoire proche
de l'univers des Sherlock Holmes. J'avais même créé
des personnages. Mais voyant le travail de Joann, je me suis dit que
ça ne valait pas la peine de refaire une histoire déjà
bien aboutie. Je ne manque pas d'idées, encore faut-il les
mettre en place. Joann est un raconteur d'histoires né. Ça
boue, là-dedans. Moi, pour l'instant, je sais surtout le faire
par le dessin. Je vais prendre le temps qu'il faut pour lire et emmagasiner,
mais j'y viendrai.
Le Legs de l'Alchimiste, Leonora von Stock (2), Editions Glénat
Propos
recueillis par Laurent Poillot
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