Triste
anniversaire pour le Chili. Dix-sept ans de pouvoir militaire. Chili,
le 11 septembre 1973, Pinochet, général sanguinaire
de son état, renverse le pouvoir en place, celui de Salvador
Allende, pour installer une dictature, une vraie dictature de la terreur
avec ses morts, ses tortures et ses disparus. Plusieurs livres sortent
en ce mois pour remettre en mémoire ce coup d'état orchestré
avec l'aide de la CIA, Kinsiger et Nixon en ombre cynique et manipulatrice.
"La gauche chilienne a été à la tête
du pays pendant trois ans. Les faits sont têtus : combien d'arrestations
pour motif politique ? Combien de disparus ? Combien de journaux,
de radios ou de télévisions interdits ?
aucun.
Son plus grand crime : avoir remis en cause les privilèges
de la petite minorité qui possédait la majorité
des richesses du pays."
Extrait du texte d'ouverture, signé Eduardo Castillo, pour
le livre Chili, 11 septembre 1973. La Démocratie assassinée.
Ce livre réunit des textes autour de cette date qui agite encore
les esprits amoureux de liberté et de vérité.
On retrouve des témoignages, Pierre Kalfon, journaliste et
correspondant du Monde qui devra quitter le Chili cinq semaines après
le coup d'état "Je me souviens de les avoir comptés.
Vingt-huit. Ils étaient vingt-huit soldats qui avaient fait
irruption chez moi, à dix heures du soir, en plein couvre-feu,
ce 18 septembre 1973." Angel Parra, musicien offre son regard
sur sa dernière rencontre avec Allende deux jours avant la
date fatidique, José Maldavsky, chilien et réalisateur
entre autres choses du film Les Disparus de Pisagua, le témoignage
de sa fille Aliocha dans Une Enfance heureuse au pays du "caballero".
Il y a aussi une interview de Salvador Allende par Régis Debray,
des témoignages de prisonniers politiques, le tout offrant
un regard et une réflexion politique indispensable à
la compréhension de ces années troubles.
Luis Sepúlveda lui publie La Folie de Pinochet, une série
d'articles que l'écrivain a publiés entre l'automne
98 et 2000 dans différents journaux européens, La Reppublica,
El Pais, Taz et Le Monde. "J'étais sur une autoroute italienne
quand j'ai appris l'arrestation de Pinochet et, passé l'instant
de joie, je me suis dépêché d'appeler ma compagne.
Je voulais entendre sa voix
je perçus sa respiration
altérée, son incrédulité, sa satisfaction,
les tourbillons de souvenirs qui la ramenaient dans l'enfer de la
Villa Grimaldi, à notre jeunesse abrégée d'un
coup de griffe." On le voit, Luis Sepúlveda est un écrivain
avant tout, mais il n'oublie pas son engagement politique. L'écrivain
est indigné par le fait que certains souhaiteraient voir cette
portion historique tomber dans l'oubli comme au temps de Pinochet,
lui avait fait rayer des cours d'Histoire les trois années
du gouvernement Allende. Il fustige ceux qui auraient perdu la mémoire,
s'adresse directement à Pinochet, ouvre ses blessures, les
cicatrices, les disparus. Ce livre est un pan de l'Histoire de ces
temps qui nous paraissent reculés, et malgré tout si
près de nous, si présents. Aujourd'hui Pinochet arrêté
par le juge espagnol Baltazar Garzon, se retrouve au Chili, remis
en liberté parce qu'il est soit disant souffrant de folie.
A l'heure où le Pape Jean-Paul II canonise (le 6 octobre 2002)
Mgr de Balaguer (fondateur de l'Opus Dei) le directeur de conscience
des époux Franco et de Pinochet, à l'heure ou les États
Unis restent le grands manipulateurs que l'on sait, Sepúlveda
nous ouvre ses réflexions et ses sentiments, "A sept heures
du matin le soleil s'empare lentement de San Antonio de Los Cobres,
à Salta, en Argentine, à quatre mille cinq cents mètres
d'altitude
Bien avant l'aube j'ai allumé mon poste de
radio à ondes courtes, petite merveille de la taille d'un paquet
de cigarettes qui m'a accompagné dans tant de régions
et de pays
Hier, les médecins légistes chiliens,
qui analysent des restes humains, os, fragments de peau, dents retrouvés
dans des puits et des cimetières clandestins, ont identifié
ce qui restait d'un homme que j'avais connu quand j'étais gosse."
Travail de la mémoire, pour que ne tombe dans l'oubli ce jour
du 11 septembre 1973. Aujourd'hui, et cela depuis octobre 1998 (date
de l'arrestation de Pinochet) la presse chilienne et les médias,
même si une partie de celle-ci reste fidèle à
Pinochet, se penche sur son passé pour que la vérité
resurgisse avec toute son horreur. A l'heure où L'OMC semble
être dans la même lignée que ce putsch de 1973,
où les États-Unis tirèrent et tirent encore les
ficelles, ce triste anniversaire ne peut être oublié.
Toutes les personnes qui ont lu Le Vieux qui lisait des romans d'amour
et l'on aimé, retrouveront dans les pages de ce livre cette
même sensibilité.
A noter deux disques qui sortent chez Last Call Records, un Hommage
à Salvador Allende, avec Angel et Isabel Parra, la voix de
Pierre Arditi et les chanteurs Hak & Mouss du groupe Zebda, puis
une anthologie autour des chansons d'Isabel Parra sous le titre Antologia
qui couvre la période de 1963 à nos jours. Deux témoignages
qui restituent les voix du Chili.
La Folie Pinochet de Luis Sepúlveda, Éditions Métaillié,
114 pages
Chili, 11 septembre 1973. La Démocratie assassinée sous
la direction d'Eduardo Castillo, Éditions le Serpent A Plumes/Arte,
250 pages
Bruno
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