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C'était
en mai '81, c'était l'album de nos quinze ans. Mitterrand marchait
seul (sic) la rose à la main direction le Panthéon, Les
Stray Cats chantaient Runaway boys, Scorcese sortait Ragging Bull sur
les écrans pendant que nous, adolescents instables des âges
farouches, tentions d'apprendre par cur en cours d'anglais quelques
chansons du Clash extraites des albums London calling ou Sandinista
!, avec interrogation écrite à la fin du trimestre
sur la portée symbolique de paroles telles que "I wasn't
born so much as I fell out."
Le bon temps ou presque, ou bien ? Alors que nous marchions sur les
traces du mouvement punk de nos aînés en jouant les apprentis
Rude Boys, tombant bientôt les guitares pour reprendre en nage
dans des caves humides, quelques hymnes à la révolte juvénile
dont celui-ci : "Police & thieves are in the streets, scaring
the nation with their guns & alienation
"
Armegideon times. Décembre 2002, flics et truands sont toujours
dans la rue, terrorisant encore (et encore) la population, via une avalanche
non maîtrisée de faits divers sur-médiatisés
et l'on sait ce que cela a pu donner en terme de vote lorsque la France
a peur. Working for the clampdown. La rudesse de l'hiver aura au moins
permis d'oublier un tant soit peu ce dernier printemps pourri, sous
le signe de l'Hexagone. Et nous voilà zigzagant dans les traverses
des grands magasins à remplir notre chariot de rien et surtout
de n'importe quoi.
C'est
le moment qu'a choisi la radio pour annoncer froidement la mort de quelqu'un
que j'avais l'impression de connaître comme un père : sans
même prévenir, Joe Strummer s'en est allé rejoindre
le territoire des ombres à l'âge de 50 ans. Le choc est
pour le moins cinglant. "I'm all lost in the supermarket, I can
no longer shop happily
" jamais cette chanson du Clash n'avait
résonné aussi juste entre les oreilles. Bad news travel
fast, sur mon (insup)portable tombent les messages d'ami(e)s des quatre
coins du pays; tous ont la tête à l'envers, déboussolés
par cette triste nouvelle et par une année qui ferait mieux d'en
finir au plus vite. Rentrer chez soi, allumer un café, boire
une cigarette, ranimer la platine, écouter Jimmy Jazz, laisser
le temps agir
One more time. Entre éveil des consciences
politiques et décloisonnement des styles de musiques (rock, reggae,
punk, dub, funk
), The Clash aura aiguillé des générations
entières de jeunes blancs-becs désuvrés dans
notre genre, la voix éraillée de Joe comme seule amie
sur la route. Mais le Clash nous aura aussi fait danser et tourbillonner
sur nous-mêmes, dans la joie et la plénitude d'instants
gravés au firmament de la punky reggae party. Avec sa dent cassée
et son tee-shirt Brigade Rosse, Strummer avait dès '77 montré
la voie de la transcendance scénique, suant et déchirant
sa guitare avec l'énergie du punk et/ou du désespoir.
Une fièvre communicative couplée d'une foi tenace en une
certaine éthique, à la fois rebelle et constructive; on
ne compte plus aujourd'hui ses descendants spirituels de par le monde,
reprenant le flambeau du Combat Rock. Ainsi donc il ne sert à
rien de conjuguer le bon temps au passé; aujourd'hui comme demain,
le souvenir du Clash saura nous revigorer de l'intérieur contre
vents et marées, aussi noires soient-elles.
So long Joe. Up in heaven.
Projection du film Rude Boy, samedi 8 février à 20h au
TSF , 131, rue Sébastien Gryphe (04 72 72 98 84)
Laurent
Zine
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