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Alors
que depuis une dizaine d'année la musique klezmer fait une
significative réapparition dans notre paysage musical, force
est de constater que les idées reçues concernant la
musique juive d'origine ashkénaze venue - pour faire beaucoup
trop vite - de l'Europe de l'Est et balkanique ont la vie dure. Certes,
les têtes de pont de ce renouveau musical et culturel ne sont
pas dénués d'intérêt mais les Klezmatics,
Matt Dario et autre David Krakauer ne semblent laisser que peu de
place à toute une scène vivifiante et très active
qui dépasse de loin le microcosme des musiciens issus du downtown
new-yorkais, même s'il en reste l'épicentre (en effet,
Paul Brody s'est installé à Berlin, Psanim sont belges,
Cracow Klezmer Band polonais et les extraordinaires bien que très
traditionnels Davka sont eux californiens). Et puis d'abord, jeune
homme, pouvez-vous me dire ce qu'est le klezmer ? A l'image de Tim
Sparks, venu le mois dernier au [kafé myzik] nous réjouir
avec sa guitare classique et nous distiller des compositions issues
du répertoire de Naftule Brandwein, de sucreries ottomanes,
de vieux blues-rags des années 20 et qui assure qu'il joue
du delta-blues-finger-picking-swamp-klezmer sous influence brésilienne,
donner un nom aux choses devient impossible et heureusement salvateur
: John Zorn et son Masada se rattache autant au style balkanique qu'à
l'harmolodie colemanienne, Rabbinical School Drop Outs (littéralement
: les exclus/virés de l'école de rabbins) jouent à
cache-cache avec le space-jazz de Sun Ra et que dire de Hassidic New
Wave qui reprennent les Dead Kennedys sur leur désopilant Giuliani
über alles ? Ce retour aux racines de la musique juive est un
acte d'amour mais dans le même temps il génère
tant d'inventivité, de trouvailles et de détournements
en tout genre qu'il ne peut pas être
l'expression artistique de positions idéologiques et politiques
rétrogrades et dangereuses qui posent aujourd'hui tant de problèmes
au Proche Orient. D'ailleurs, le fait que Zorn ait dénommé
par Radical Jewish Culture la collection de son label Tzadik dédié
à cette musique est une provocation de plus : la radicalité
se trouve dans la modernité et non pas dans le conservatisme
de la tradition et parmi ses disques se trouve par exemple le premier
album de Kletka Red, un disque de percussions industrielles du très
sombre Z'ev
et le fabuleux The Alter Rebbe's nigun d'Oren Ambarchi
et Robbie Avenaim (alias le groupe néo-zélandais Phlegm)
qui constitue l'un des disques les plus bruyants et interpellant de
Tzadik. Si le klezmer plonge ses racines dans de vieilles inspirations
musicales, il reste avant tout une musique vivante sujette à
toutes les interprétations.
C'est donc ainsi que le public actuel découvre Burt Bacharach
et Naftule Brandwein qui retrouvent désormais le statut de
grands compositeurs de musique populaire car il s'agit bien là
d'une constante de cette musique (qu'elle soit issue d'une tradition
historique ou du renouveau actuel) : de par ses aspects lyriques,
son côté festif, ses ambiances poignantes, son sens de
la dérision et parfois même de l'absurde, le klezmer
est une musique populaire, c'est-à-dire une musique à
écouter, à rire et à s'émouvoir ensemble.
Tirant son nom de celui du célèbre compositeur polonais,
Naftule's Dream est l'un des représentants les plus actifs
et les plus réjouissants de cette "scène",
leurs disques (une toute petite poignée) laissant entrevoir
un mélange sans nom de klezmer, jazz, rock (façon Knitting
Factory avec l'apport d'une guitare plutôt abrasive), folklore
de l'Est (ah! cette rythmique jouée au tuba) qui permettent
de penser que la réputation scénique de youplala énervé
du groupe n'est pas usurpée. Cette formation est des plus complètes
avec une clarinette et un trombone qui se répondent
à merveille, une guitare très électrique et un
accordéon jouant les trouble-fête et donc cette drôle
de rythmique au tuba et à la batterie (tenue par Eric Rosenthal
qui accompagne également Paul Brody) tout en rapidité
et en souplesse. D'ailleurs le touche-à-tout Bill Laswell ne
s'y est pas trompé puisqu'il produit leurs albums édités
sur
l'inévitable label Tzadik, albums qui regroupent aussi bien
des compositions personnelles que des reprises de classiques ou des
arrangements sur les Gnossiennes d'Eric Satie.
Guillaume.
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