JANVIER N°78
Jean-Marc Roberts
Jacky Berroyer
Delphine Gaud
TNP
Ottomo Yoshihide
Pierre Michon
Dee Dee Ramone
FEVRIER N°79
Rude Boy
Beth Gibbons
Laurent Vercelletto
Jean Lacornerie
Philippe Blanchard
MARS N°80
Richard Morgiève
Katerine
Asian Dub Foundation
Pedro Rosa Mendes
Gwenaël Morin
Jean-Marc Adolphe
Brigitte Giraud
Fabrice Neaud
AVRIL N°81
Pierre-LaurentAimard
Les Diaboliques
Naftule's Dream
Les Burning Heads
En attendant la Biélorussie
Mats Ek
Noam Chomsky,Edward S. Herman
Hervé Tanquerelle
MAI N°82
Jean-Luc Cipière, ATTAC
Maguy Marin
Les Hurleurs
JUIN N°83/84
Enki Bilal
John Zorn
SEPTEMBRE N°85
Intermittents
Christian Schiaretti
L'Ensatt
Enzo Cormann
Compagnie Käfig
Don Delillo
Jim Murple Memorial
Eric Aldéa
Katsuhiro Otomo
Alain Mabanckou, Yambo Ouologuem
OCTOBRE N°86
Gnawa Diffusion
Tanger
Kid 606
Régine Chopinot
Olivier Rey
Colum McCann
Chili, Luis Sepulveda
NOVEMBRE N°87
Philippe Squarzoni
Avatarium
P Dror Endeweld
Mekech Mouchkin
Varlam Chalamov |
|

|
|
Jim
Murple Memorial
|
En
mémoire de Jim Murple qu'ils disent. Murple, obscur musicien
jamaïcain mort dans la déchéance. Ils sont Parisiens
(et non Jamaïcains comme beaucoup voudraient le penser) et fiers
de cette musique qui vient des tripes, ce son roots qu'ils distillent
sans compter et avec ferveur. Cette fameuse pulsation qui se base
sur le contretemps, cette respiration syncopée propre aux vieux
Jamaïcains (Skatalites, Tanamo, Hinds, Maytals
). Le Jim
Murple s'est spécialisé dans un genre un peu désuet
à l'époque (96) qui finalement, aujourd'hui, a gagné
ses lettres de noblesse. Trois albums plus tard (Let's spend some
love est sorti en avril dernier chez Pias), les Parisiens récoltent
enfin le bénéfice d'années de galères,
de désillusions et de douleur. Le groupe a dû accepter
la perte de son contrebassiste, Fabrice Lombardo, musicien inspiré
et âme du groupe, disparu en janvier. Album dédié
à son souvenir et ils ont choisi de défendre envers
et contre tout leur musique
pour lui. "Toute cette douleur,
ces expériences qu'on a vécues
on sait pourquoi
on est là et les gens le ressentent aussi. Dans le groupe il
n'y avait pas que Fabrice, on est un ensemble. On a décidé
de continuer pour lui, pour nous."
Cinq musiciens devenus sept au fil du temps guidés par une
passion commune, celle des "musiques noires des sixties américaines
et Caraïbes. On a commencé par des reprises de standards
américains des 60's. Des chanteurs inconnus tels Justin Hinds,
les Maytals, Erik Morris; des reprises de jazz aussi, toujours proposées
avec cette pulsation. Le style Murple ? Un son authentique avec des
résonances (effet prises de son live), puis cette fameuse pulsation.
Autour d'une orchestration, d'une voix aussi (celle de Nanou), on
va chercher un répertoire, le morceau qui va amener la danse.
A savoir une vraie envie de bouger". Aujourd'hui, leur registre
skanke entre reprises et compositions personnelles, soit quelque 100
morceaux prêts à l'emploi. Autre dada du groupe, la scène,
privilège sacré et mission consacrée. "Je
vois la musique comme un moyen de s'évader. Un artiste te propose
pendant 1h ou 2h un autre monde dans lequel tu oublies le tien. Il
y a un feeling à communiquer. Pour cela, il faut savoir garder
sa sincérité, se mettre sur la corde raide. Quand tu
sors des sentiers battus, lorsque tu joues un morceau que tu n'as
pas joué depuis longtemps, tu dois essayer d'y aller avec tes
tripes". Jim Murple sur scène, ça vit, ça
joue à fond
et le public s'y laisse prendre. "Tu
donnes, tu reçois. Puis tu emmènes tout ce monde avec
toi. Ce qu'on propose c'est un bal. Avec une orchestration vraiment
originale : contrebasse, batterie et des guitares, puis une section
cuivres. Un peu comme dans les orchestres cubains ! Cela donne un
côté physique et rentre-dedans de notre musique".
Un peu à l'image de ces vieux groupes jamaïcains, la contrebasse
est reine dans la musique de Murple : elle "joue un rôle
à part entière et emmène tout le monde. C'est
vraiment un état d'esprit et un mental, cela exige une connaissance
parfaite de la musique". En fait, chacun est à sa place
dans cette formation et s'emboîte parfaitement dans une suite
logique. Tout devient simple et évident.
Un groupe authentique et sincère, qui avoue humblement ses
faiblesses. Qui admet volontiers refuser les compromis. "En tous
cas, le jour où l'on ne pourra plus offrir un concert sincère,
on arrêtera. On se bat vraiment pour faire vivre notre musique.
Ne pas proposer quelque chose de figé". Qui se défend
son idée d'une musique partage. "Jouer seul cela ne m'intéresse
pas. Je vois plutôt cela dans un état d'esprit d'émulation
et partage
C'est un système de communication". Mais
un groupe exigeant aussi dans sa quête de la "cohérence
du son et de la parfaite connaissance de cette musique" qu'ils
promeuvent. Le Murple band a des goûts bien arrêtés
: plutôt porté vers les musiques orchestrées et
instrumentales. L'électro, les djs ou les duos synthétiques
: très peu pour eux, on s'en doute. "C'est pathétique
de voir que la musique devient individualiste au possible. On t'envoie
des sons à te faire péter la tête qui masquent
la misère artistique et sentimentale par du matériel.
Ces gens-là sont complètement dans le moule de ce monde
dans lequel on essaie de nous faire aller. Ils cautionnent la technologie,
tout ce qui va faire que l'humanité va à vau-l'eau;
ils remettent en question notre histoire éternelle". Pas
tendre, le garçon !
Le groupe, chez les Murple, est avant tout un collectif. Tout le monde
est au même niveau. Seule exigence : "connaître le
répertoire et s'impliquer dans l'histoire". Pour aller
de l'avant, quelques règles strictes et le tour est joué
: la scène ? "Etre concentré, ne pas se répandre.
Une énergie, ce n'est pas un puits sans fond. il faut savoir
la gérer sinon tu vas droit dans le mur". Un bon concert
? Une bonne dose d'humilité, de la générosité
et cette envie de distiller quelques instants de bonheur. "C'est
voir les gens s'évader. Quand on te dit que c'est du bonheur.
On n'a pas de velléité d'inventer un genre nouveau.
On est juste des artisans consciencieux." (Propos recueillis
auprès de Romain)
Anne
Huguet
|
|
|