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Mekech
Mouchkin
(y'a pas de problème)
2003
est l'Année de l'Algérie en France. Les deux chorégraphes,
Kader Attou et Mourad Merzouki, se retrouvent autour de Mekech Mouchkin,
une création avec 8 jeunes danseurs algérois. Le spectacle
donne à cette jeunesse abandonnée par son pays, l'espoir
de s'en sortir et de réaliser ses rêves. Tout au long
du projet, il y a l'euphorie des rencontres, le bonheur de danser.
Aujourd'hui, les visas sont difficiles à obtenir, le directeur
du Théâtre National Algérien, personnage clé
dans cette aventure, a été viré, l'Année
de l'Algérie disparaît et avec elle nombre d'engagements
pris... Au milieu de tout ça, des hommes y ont cru et se sont
battus, comme Gilles Rondot, scénographe et directeur de la
compagnie Accrorap. Y'a pas de problème ? |
Ils ont grandi ensemble dans la même banlieue, ils se sont formés
au sport, à l'Ecole des Arts du Cirque puis ils ont découvert
le hip-hop. En 1989, ils fondent Accrorap mais se séparent
en 1996. Kader Attou poursuit Accrorap et Mourad Merzouki crée
la compagnie Käfig. Ils s'imposent parmi les représentants
les plus importants du hip-hop français mais prônent
des positions radicalement différentes sur le sens de leur
travail. Kader est toujours dans cette recherche des valeurs fondatrices
du hip-hop, la non-violence, le respect de soi et de l'autre. Il veut
une danse engagée qui parle des peuples en souffrance, de l'Algérie,
son pays. Le hip-hop est pour lui un langage universel qui doit tenir
compte de la particularité sociale ou politique des peuples
le pratiquant. Il veut aussi un hip-hop sous le signe des rencontres
culturelles comme ce fut le cas avec Anokha, sa dernière création
qui allait majestueusement vers la danse indienne. Mourad travaille
sur le style, l'esthétisme de la danse et le jeu chorégraphique.
Pas de message, juste le plaisir de danser. Tout les oppose, mais
ils se retrouvent pour créer Mekech Mouchkin, un spectacle
où ils dansent eux-mêmes avec à leurs côtés,
8 danseurs algériens sélectionnés et formés
en ateliers entre la France et Alger. Le spectacle est structuré
en deux parties, avec deux écritures différentes. La
pièce de Mourad Merzouki Récréation, est légère,
joyeuse et ludique. Douar, celle de Kader Attou parle de son rapport
à l'Algérie; il a beaucoup discuté avec les danseurs
d'Alger pour faire apparaître des questions, des doutes qu'il
met en scène. Son propos est celui de l'ennui, du désuvrement,
de l'absence d'avenir, de l'exil, tout ce que vivent les jeunes Algérois
au quotidien. Alors que Mourad contourne les problèmes et crée
une danse résolument positive, Kader affirme les choses telles
qu'elles sont pour essayer de faire avancer son pays... Depuis le
mois de mai le spectacle tourne, en France jusqu'en décembre,
puis en Algérie... et après ? Gilles Rondot qui porte
ce projet avec Kader Attou depuis 2 ans parle d'une expérience
difficile, à l'issue incertaine !
Comment les jeunes danseurs algérois vivent-ils cette
expérience, depuis les ateliers, la création, les retours
en Algérie et la reprise de la tournée, cet automne
?
Ils la vivent d'une manière positive parce qu'ils sont heureux
de danser, de rencontrer le public, mais aussi avec beaucoup de difficultés
et d'angoisses sur leur devenir. Ils ont vécu 4 mois euphoriques
avec nous en France. Et cet été, le retour à
Alger fut terrible. Ils se sont retrouvés dans l'ennui, l'absence
de perspectives, de soutiens et cela les désespérait.
En ce moment ils reviennent pour la tournée, alors ils vont
mieux. Pour nous, c'est un problème car il y a un devoir moral.
Nous voulons continuer cette aventure, mais les relations avec le
Consulat en France sont très tendues. Nous avons demandé
des visas pour un an, on nous les a accordés pour 3 mois seulement
et le renouvellement est loin d'être acquis. Et puis on est
en train de nous faire comprendre que l'Année de l'Algérie
est finie, alors
La danse est inexistante en Algérie et l'objectif final
de votre projet était la création d'une compagnie de
hip-hop sur Alger ?
Effectivement il n'y a rien, il n'y a pas de compagnie. Il y a juste
un hip-hop qui se pratique de façon autodidacte, un peu sauvage
comme c'était le cas en France dans les années 80. Beaucoup
de jeunes ont abandonné l'école, ils ne font rien, sont
au chômage ou vivent de petits boulots. Le hip-hop, c'est une
façon de s'occuper. Créer une compagnie, oui, c'était
l'objectif théorique mais c'est très difficile et il
semble bien que l'Année de l'Algérie n'ait été
qu'une parenthèse. Notre partenaire principal qui était
le directeur du Théâtre National Algérien et sur
lequel nous avions misé beaucoup d'espoirs, a été
limogé par le gouvernement. Il avait, selon le Ministère
de la Culture, une politique culturelle trop ouverte et nous, nous
pensions vraiment bâtir un grand projet à partir de ce
lieu. Son remplaçant est un simple fonctionnaire, vous imaginez
la suite
Quel sens a cet engagement dans le parcours de la compagnie Accrorap
?
Cela vient d'une part, des recherches personnelles de Kader par rapport
à ses origines et qu'il a commencé il y a longtemps.
Il est important pour lui de poursuivre son dialogue intime avec l'Algérie.
Et puis il y a mon intérêt personnel, je suis directeur
de la compagnie et j'avais envie de m'intéresser plus directement
à la question politique, aux non-dits qu'il y a entre la France
et l'Algérie, comprendre aussi la situation actuelle, réfléchir
aux causes de la violence et tout cela en rencontrant les gens sur
place.
Cette question du politique passait obligatoirement par le hip-hop
ou c'est un des moyens de l'aborder ?
C'est un des moyens de l'aborder. Travailler sur le hip-hop avec des
jeunes, c'est l'occasion d'aller dans les familles, d'élargir
les rencontres. C'est un moyen de donner la parole à des jeunes
gens et c'est là que se trouve la grande différence
entre les 2 pièces. Mourad n'a pas voulu s'intéresser
à la question algérienne, il a juste voulu aider les
jeunes à se perfectionner dans le hip-hop et améliorer
leur technique. Nous, au sein d'Accrorap, nous avons voulu poser un
certain nombre de questions, dont celle fondamentale de l'immigration;
Il y a aussi le fait que la France ne peut pas continuer à
avoir une double attitude, d'un côté fermer les frontières
et de l'autre ne rien faire pour aider l'Algérie. C'est incompatible,
soit on aide l'Algérie, soit on ouvre les frontières.
On va vers la pire des situations, on est en train de fabriquer, encore,
du désespoir....
Martine
Pullara
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