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Maguy
Marin a créé Les Applaudissements ne se mangent pas
en septembre 2002, lors de la Biennale de la Danse qui avait pour
thème, les Pays d'Amérique Latine. Son choix est clair
et délibéré. Il s'agit de regarder de l'autre
côté de la fête et des couleurs pour saisir et
nous asséner l'oppression et l'exploitation que ce continent
subit encore aujourd'hui. Le résultat est assourdissant !
L'espace est nu et trois murs le cernent. Des murs faits de rideaux
en plastique, aux lanières multicolores. Là, ce sont
les images de pays qui sourient, en apparence. A l'intérieur,
la chorégraphe nous donne, en bloc, la réalité
de la vie. La musique s'installe tel un souffle d'acier, pour nous
envahir d'une torpeur lancinante. Les danseurs apparaissent, vêtus
comme ces gens de la rue, ordinaires. Ils forment un groupe, des groupes
qui marchent vite et s'emparent de l'espace. L'illusion d'une liberté
de mouvements, l'amplitude de la danse sont très vite brisées
par des torses qui se cognent, des individus happés derrière
les rideaux et qui disparaissent, des corps qui s'effondrent au sol,
des corps qui jamais ne communiquent. La chorégraphie se plombe
dans un cycle répétitif - apparition/disparition - soutenue
par une musique qui propulse des boucles de violence insoutenable
et dont l'issue n'apparaît nulle part, si ce n'est dans la mort.
Et sortir, c'est mourir. Un corps est projeté hors du groupe,
il devient seul, il lui reste à survivre. Pression du groupe,
des flics, des tortionnaires, d'une idée dominante, celle d'un
pouvoir qui écrase et manipule. Ici, l'individu n'existe pas.
Les danseurs tournent en rond, jamais ils n'avancent. Même assis
par terre, ils avancent à reculons. Des corps déboulent
en roulant sur le sol. Par vagues, la musique est au son des mitraillettes.
Un corps est ramassé puis jeté. Debout, les corps jouent
sur le poids et l'équilibre, la fuite et la chute. Autour,
la musique fuse et bombarde. La pièce est réellement
intéressante et déstabilisante, mais malgré tout
et au bout d'une demi-heure, la chorégraphie a atteint ses
limites. Il n'est plus possible de dire autre chose que la violence
et l'homme muselé. C'est à ce moment-là que la
musique domine et écrase définitivement la danse. Elle
devient insupportable, non pas dans l'émotion mais par son
incapacité à sortir de son système d'enfermement.
Elle nous éjecte du spectacle et nous prive de notre regard
sur les corps qui sont là devant nous. Est-ce volontaire ?
Est-ce que cela signifie que ce qui se déroule sous nos yeux
ne nous concerne pas parce que nous n'y sommes pas ? parce que nous
ne pouvons y entrer ? que la seule chose évidente, ce sont
ces rideaux aux couleurs flamboyantes ? que ces pays tournent sur
eux-mêmes ? que l'ouverture n'est possible qu'après les
déchirements ? La danse ne nous parle plus, elle est murée
dans la répétition et l'obsession, et la musique nous
arrache ce droit de respirer...
Martine
Pullara |